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10 raisons de (re)poser ses valises à Twin Peaks

10 raisons de (re)poser ses valises à Twin Peaks
Alexandre LETREN

Comme on vient d’apprendre qu’un sublime coffret Blu-Ray de Twin Peaks allait sortir en juillet aux Etats-Unis, l’occasion était trop belle de se replonger dans cette sublime série signée David Lynch et de vous confier 10 raisons de redécouvrir ou tout simplement découvrir cette série. Chaque voyage dans cette série, dans cette ville, est unique et vous laissera un sentiment si particulier. En aucun cas ce qui suit n’est un classement. Tout simplement parce que tous les arguments se valent et ont tous le même but: vous donner envie de retourner à Twin Peaks, au Double R, à l’Hotel du Grand Nord,…

badalamentiPour son incroyable bande originale. Il s’appelle Angelo Badalamenti. Il travaille régulièrement avec David Lynch et lui a composé spécialement pour la série une bande originale absolument splendide. Certainement l’une des plus belles de toute l’histoire de la télévision. Chacun des thèmes de la série a une identité propre mais tous provoquent la même sensation: celle de vous envelopper, de vous hypnotiser, de vous troubler. A elle seule, la musique de la série justifie votre installation à Twin Peaks car elle sait vous attraper pour ne plus vous lâcher. Le thème principal de la série ainsi que celui de Laura, sont proprement bouleversant d’émotion. Je peux les entendre encore et encore, je ressent à chaque fois, chaque émotion que chaque note véhicule. Dans le thème de Laura qui suit une certaine montée en puissance, au climax, on a presque envie de pleurer car on y ressent tout le drame dont est victime Laura Palmer. Un must.

Pour son générique hors du temps. Si vous découvrez la série aujourd’hui, le générique va certainement vous décontenancer. Par sa longueur, son contenu, son rythme. Déjà très différent des génériques des années 90, il est totalement anachronique avec les génériques des networks d’aujourd’hui, se rapprochant sans doute plus de ceux des séries du câble. Et pourtant, malgré ses 2’30, je le regarde à chaque épisode que je visionne comme hypnotisé à la fois par la musique mais aussi par les images. Le générique a été très bien décrypté ici même par Marine, je ne le referais pas (ici) mais c’est une petite merveille reflétant à merveille ce qu’est Twin Peaks.

Pour son bouleversant pilote. Si Twin Peaks ne sera pas toujours régulière dans ses épisodes (notamment dans la dernière partie), le pilote est une petite merveille en soi, un petit bijou d’émotions. Les scènes bouleversantes (la découverte du corps de Laura) se succèdent et s’enchaînent avec des séquences plus drôles ou surréaliste (l’arrivée à Twin Peaks de Dale Cooper ou la rencontre avec Lucy). sarah palmerMais la séquence du pilote qui glace le sang et en même temps vous donne envie de pleurer, c’est celle ou Leland et sa femme apprennent la mort de leur fille par le Shérif Truman. Un exemple d’intelligence où les mots ne prennent pas le pas sur l’émotion et où tout se joue par téléphone interposé. Leland discute avec femme qui s’inquiète de ne pas savoir où est leur fille, le voiture du Shérif arrive, Leland l’explique à sa femme, Truman arrive et se retourne vers Leland, qui comprend ce qu’il se passe. Le cri de douleur de Sarah Palmer au téléphone en fait un des points culminants de ce pilote.
Un exercice de style où l’émotion pointe à chaque instant. Je n’ai jamais ressenti à nouveau l’émotion qui m’a traversé à ce moment là.

Pour sa galerie de personnages haut en couleur. Une petite ville et ses habitants étranges. Voilà ce qu’on trouve à Twin Peaks. C’est l’une des caractéristiques de la série, élément que beaucoup de séries ont tenté reproduire avec plus ou moins de réussite (Picket Fenses a réussi, Happy Town a échoué) dans les années qui ont suivi. Qu’il s’agisse de La femme à la bûche, du Dr Jacoby, de Leland Palmer, de Lucy (la secrétaire du Shérif), et même de Dale Cooper, chaque habitant de Twin Peaks contribue par son coté décalé à faire le charme de la ville, et donc le charme de la série. Tous ne sont pas réussis mais incontestablement, c’est ce qu’on retient en premier de la série.

CooperPour Dale Cooper. D’ordinaire, et bien avant X-Files, l’agent fédéral est souvent dans les séries américaines l’empêcheur de tourner en rond. Celui qui met des bâtons dans les roues dans les enquêtes des forces de police. Mais avec Dale Cooper, on monte d’un niveau. Parlant sans arrêt dans un dictaphone avec sa secrétaire Diane dont on ne sait pas vraiment si elle existe, Dale a ses méthodes à lui pour enquêter. Utilisant les rêves et la puissance de l’esprit, il est sans nul doute un agent du FBI comme on en fait plus. Kyle MacLahlan lui a donné vie à la perfection: drôle, étonnant, sensible, c’est un personnage qui préfigure la vague des anti héros que l’on connait encore aujourd’hui. Aussi dérangé à l’intérieur que propret à l’extérieur, Dale Cooper est l’incarnation même de Twin Peaks.

lauraPour Laura Palmer. C’est le personnage clé de la série même si on la voit finalement peu à l’image. Mais son fantôme est présent à chaque instant puisque c’est par son histoire que l’on rentre dans les bas fond de la ville, que l’on découvre les plus horribles secrets de ses habitants.
Archétype de l’étudiante américaine, notamment très présente dans les séries, Laura Palmer est une jeune femme perdue, tourmentée, abusée sexuellement depuis sa plus tendre enfance par un mystérieux « Bob », elle vit depuis dans un engrenage infernal d’auto-destruction. Laura Palmer est un pure personnage de tragédie. David Lynch voulait, à l’image de certains soaps, ne jamais révéler l’identité de son assassin. Ce sont les audiences de la série qui l’y ont contraint.
Depuis, il y a du « Laura Palmer » dans beaucoup d’autres séries. Comment par exemple ne pas y penser en voyant la première saison de Murder One et sa victime, la jeune Jessica Costello?
Avec son visage angélique, Laura Palmer est un des grands personnages de la fiction télé.

Pour sa signature si particulière. La fiction télévisée contient de nombreuses signatures. Des auteurs capables d’inscrire leur identité dans chacune de leur série. David Lynch est de ces auteurs là. Homme de cinéma, il préfigure cette grande vague de cinéastes qui vont aujourd’hui travailler sur des séries. Mais alors que certains d’entre eux font sans doute plus « du cinéma à la télévision« , David Lynch s’empare des codes de la fiction télé qu’il connaît bien (le soap, le cop show) et y colle SA signature, son style visuel, son style narratif. La série devient alors un pur objet télévisuel, un ovni comme on en voit peu. Twin Peaks est à David Lynch et on y retrouve tous les éléments que l’on verra bientôt dans des films comme Lost Highway ou Mulholland Drive (qui devait être une série au départ ndlr). Avec son univers bien marqué, l’auteur est devenu indissociable de sa série, de ses acteurs. De part le travail effectué sur la série et ce qu’il y a mis, on se demande ben comment la série aurait pu durer dans le temps tant elle est étrange. C’est peut-être ça qui en fait une grande série, qu’elle n’est pas eu le temps de trop durer…Ça et le fait que 25 ans encore après sa diffusion, on a régulièrement des auteurs de télévision cherchant à faire le « nouveau Twin Peaks » sans jamais y parvenir…

lynch

Pour ses scènes chocs. Je l’ai dit, Twin Peaks est une série malheureusement très irrégulière. Si l’intrigue autour de Laura Palmer est globalement réussie, celle autour de Windom Earle l’est nettement moins. Mais la série a su proposer de grands moments dramatiques avec des scènes d’une intensité rare. On y trouve les scènes du pilote, la « dernière scène » de l’assassin de Laura, ou encore le (trop?) long passage dans les loges, ainsi que la dernière scène de la série.
Mais la scène la plus dure, la plus forte de la série concerne la mort de Maddy Ferguson. La scène est cruciale car elle révèle à tous qui a tué Laura Palmer. Mais en montrant un meurtre brutal, de sang froid en prime time à la télévision américaine, Twin Peaks frappe fort. Dérangeante, la scène marque celles et ceux qui ont vu la série.
« It is happening again » dit le Géant à Dale Cooper dans un rêve au moment même où le meurtre se commet.

Pour sa mythologie. Bien qu’imparfaite et pas maîtrisée, la mythologie mise en place dans Twin Peaks demeure passionnante. C’est parce que les forêts aux alentours semblent à ce point mystérieuses que la série (la ville) trouve toute sa grandeur. Le principe même des Loges, des doubles (maléfiques ou non), la lutte du bien et du mal, et tout le reste, sont passionnants à suivre. Même si, comme souvent, David Lynch a du mal à synthétiser, à rendre simple, à expliquer. En mélangeant tout ça avec des éléments comme le projet Blue Book propre à la mythologie des OVNIS, il perd son public, et même les fans les plus convaincus cessent de l’être. Mais le tissu même de cette mythologie, mieux cadré, avait tout pour séduire. Ceci dit, l’ultime scène de la série nous promettait des développements futurs diaboliquement efficaces…

twin peaks finale

doubleRPour Twin Peaks (la ville). Twin Peaks n’existe pas. Et pourtant, comment ne pas avoir envie d’y aller, d’y passer. De prendre un café et de la tarte au Double R, de passer une nuit ou deux à l’hôtel du Grand Nord, de croiser ici et là les fantômes de ces personnages si chers à notre cœur. Avec sa nature verdoyante, son cadre malgré tout enchanteur où la banalité d’une petite ville ordinaire croise à chaque coin de rue le mystérieux, l’envoûtant. Oui ses habitants sont tous plus étranges les uns que les autres mais pas plus par exemple qu’à IM000148.JPGWisteria Lane quelques 15 années plus tard finalement. Pour tous les éléments cités dans cet article, on a envie d’y venir, d’y revenir à Twin Peaks. En 29 épisodes, David Lynch est parvenu à faire en sorte qu’elle fasse partie de nous, qu’elle nous manque quand on ne la voit plus, que l’on y repense  à différents moments de notre vie, telle la petite ville de notre enfance où les souvenirs se mélangent dans notre tête. Merci Mr Lynch pour cet enivrant voyage…

Crédits: ABC