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French Quarter

janvier 21st, 2013

Avant Les Revenants il y avait…Xanadu

xanadu

A l’origine de la série Les Revenants, dont le lancement a cartonné sur Canal+, on trouve une société de productions habituellement tournée vers le cinéma et qui décide de se lancer dans les séries télé: Haut et Court. Avant de produire la première série fantastique de Canal+, Haut et Court s’illustra en lançant une série pour Arte au concept et à l’atmosphère très particulière: Xanadu. Retour sur cette première incursion d’une société de productions talentueuse dans le monde des séries télévisées.

Depuis 35 ans dans l’entreprise Xanadu, pornographie et famille cohabitent dans le même lieu sans jamais se télescoper : au rez-de-chaussée du manoir, l’entreprise de production de films X, et dans les étages la famille Valadine. Mais alors qu’on célèbre la mémoire d’Elise Jess, porno star fulgurante des années 1980 et épouse du patriarche Alex Valadine, un accident tragique change la donne. La page libertaire se tourne, Xanadu peine à prendre le virage du XXIème siècle et la famille ne dissimule plus ses fêlures. Alex laissera-t-il enfin ses enfants prendre le relais ?

Xanadu était la première incursion de la société Haut et Court dans la production de séries télé. Un sujet sulfureux que celui ci (le monde du porno) destiné à la case du samedi soir, très « référencée » en la matière (même si c’est plus tard dans la soirée qu’est diffusé le fameux Journal du Hard) et le tout pour la chaîne qui d’ordinaire ne donne pas trop dans ce genre de sujet à savoir Arte. C’est donc peu dire que le projet porte en lui tous les germes pour éveiller l’intérêt.

L’idée première de cette série est somme toute assez simple: « Je ne voulais pas faire une série sur le porno. Je voulais faire une série sur une star du porno des années 80, son amour avec un producteur, et les conséquences de cet amour » (Séverine Bosschem, Scénariste et créatrice de la série)
« Xanadu dévoile l’intimité d’une famille atypique à la recherche de son équilibre dans le milieu du X, révélateur d’une époque où l’étalage du sexe et la vulgarisation des corps envahissent la scène artistique dans tous les domaines » (François Sauvagnargues, Directeur de la fiction d’Arte à l’époque de la série). Si on voulait décrire la série de manière simpliste, on dirait que c’est comme Dallas mais dans le monde du porno. Un soap sombre en somme.  Et la force de cette série c’est qu’en un seul épisode, elle plante le décors, pose les bases visuelles de la série.
En résumé, dès le premier épisode, Xanadu créé un univers…dans lequel on rentre ou pas. Et c’est peut-être là le soucis numéro un de la série: à force de demander au téléspectateur de venir à elle sans jamais faire un pas dans sa direction, la série se coupe dès le début d’une grande partie de son public. Non seulement on doit accepter l’univers qui nous est proposé (« Xanadu c’est un labyrinthe où l’on se perd, où on se sait jamais vraiment où l’on se trouve » Séverine Bosschem), mais en plus, il y a un effort assez important à fournir pour s’attacher aux personnages, pourtant point central d’une série. Si l’on excepte le personnage de Varvana Valladine (jouée par la sublime Nora Arnezeder), aucun des personnages de la série n’éveille réellement la sympathie. L’intérêt oui. La sympathie non. Si l’on ajoute à ça qu’il n’y a que très peu d’espace de respiration dans cette série, quasiment aucun espace de « joie », de lumière » (« Je ne suis pas une grande optimiste« , S.Bosschem) et que quoi qu’il advienne, le sexe n’est jamais montré d’une manière agréable, on comprend facilement que le voyage dans l’univers de Xanadu peut se révéler éprouvant.

Et pourtant, à plus d’un titre, Xanadu est une série intéressante à plus d’un titre. Une série qui permet de comprendre un peu mieux le travail que Haut et Court a sublimé dans Les Revenants: créer des séries à univers fort, à identité visuelle immédiatement reconnaissable.
Une qualité qui permet de donner naissance aux séries comme on les aime. Dans le cas de Xanadu, cela relève plus de l’expérimentation.
Et comme tout expérience, parfois cela ne revèle pas concluant. Xanadu tente d’ailleurs à ce titre beaucoup de choses, osées, intéressantes mais oublie parfois de les mener à leur terme. L’un des exemples les plus manifeste est la fin du premier épisode: fort, violent, imprévisible…mais pourquoi à ce moment là? Pourquoi ne rien en faire après? Pourquoi ne pas l’avoir gardé pour la fin de la saison? Idem pour les délires de Laurent Valladine (Julien Boisselier). Outre qu’ils font furieusement penser aux échappées de Dale Cooper dans la Loge Rouge (Twin Peaks), ils sont beaucoup trop répétés pour être efficaces et ne servent que très peu l’histoire.
En revanche, on peut saluer le travail effectué par Podz (sorte de showrunner sur la série avec Séverine Bosschem et réalisateur des épisodes 1 à 4), la sublime bande originale de la série composée par Get Well Soon (autre marque de fabrique désormais de Haut et Court puisque la BO de Mogwaï sur Les Revenants est juste sublime), tout le travail visuel, et la volonté de créer une série différente.
On regrette juste que la série n’ait pas su montrer plus de détachement par rapport à l’univers du porno, comme l’avaient fait des séries comme Hard ou Q.I.

Xanadu est une série imparfaite, une série laboratoire mais qui a non seulement le mérite d’exister, mais qui se devait d’exister.
Elle a permis à une nouvelle société de production d’émerger dans l’univers des séries (même si Haut et Court existait déjà dans l’univers du cinéma bien entendu), une société qui compte aujourd’hui grâce au succès artistique et semble-t-il public/critique de Les Revenants.
Il est encourageant qu’une chaîne comme Arte ait laissé sa chance à ce type de programme d’exister car, même si la série est globalement ratée, son existence a permis d’envisager la mise en chantier de séries en France sous un autre angle. Et même si je trouve à la série beaucoup de défauts, je suis content de m’être baladé dans son univers, de le découvrir épisode après épisode. Je sais que bon nombre de mes confrères n’ont pas aimé Xanadu, et je les comprends. Mais pour ma part, je suis content de l’avoir découverte car elle restera une série qui fait réagir (plutôt que de laisser indifférent) et c’est un prototype de séries intéressant.

Source: Arte
Crédits Photos: © Benoît Linder – Arte





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