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mars 9th, 2013

La grossesse dans tous ses états

Bones+©+T..

En même temps que l’arrivée croissante de nouvelles héroïnes à la tête des séries TV, des thématiques féminines sont de plus en plus traitées par les scénaristes à l’image de la grossesse et de tout ce qu’elle peut sous-tendre. Comment ces 9 mois qui changent une vie sont-ils abordés à la fois pour les personnages et pour les comédiennes ? Quid de la question de l’avortement et des grossesses adolescentes ? Voici quelques éléments de réponse.

Lorsque l’on parle de grossesse et de séries TV, notre premier réflexe de sériephile est de penser aux actrices qui a un moment de leur carrière décident, comme n’importe quelle femme lambda d’avoir un enfant, question d’épanouissement personnel et d’horloge biologique. Et en la matière, la télévision américaine doit beaucoup à cette pionnière que fut Lucille Ball. A commencer par l’acception des grossesses des comédiennes. Elle sera ainsi la première créatrice à inclure son propre heureux événement (le second en fait) dans I Love Lucy à une époque où la chose n’était clairement pas tolérée. Lucille Ball est enceinte ? Lucy, son personnage le sera également, n’en déplaise aux machos d’Hollywood qui ont déjà bien du mal à se faire à l’idée que la femme n’est plus derrière son fourneau mais devant (et derrière) une caméra. D’ailleurs, en dehors d’Aaron Spelling qui, dans les années 90, vira Hunter Tylo, à peine engagée sur Melrose Place parce qu’elle tomba enceinte et perdit le procès qu’elle lui intenta, aucun producteur n’osa se mettre en travers de cette évolution logique.
Au fil des ans, vie privée des actrices et destin de leurs personnages s’entremêlent joyeusement. Le tout pour les scénaristes étant de parvenir à rendre crédible le changement physique qui s’opère. Plusieurs choix s’offrent alors à eux.

Si la série et le contexte s’y prêtent, ils peuvent choisir d’inclure la grossesse dans le show. Non seulement c’est le plus facile mais cela peut rendre le personnage encore plus intéressant.
Les exemples sont légion de Phoebe (Lisa Kudrow) dans Friends qui se retrouve mère porteuse pour son frère à Sydney Bristow, enceinte de son grand amour Vaughn dans Alias en passant par Tina (Laurel Holloman) dans The L Word.
Mais l’une des intégrations les plus intelligentes aura lieu dans Star Trek : Deep Space Nine. Au début de la saison 4, Nana Visitor qui incarne Kira Nerys, une ancienne résistante qui n’a rien de la mère de famille annonce aux producteurs qu’elle est enceinte de son compagnon et co-star Alexander Siddig (qui joue le rôle du Dr Bashir). A partir de là, les scénaristes concoctent un plan qui ne manque pas d’humour. Lors d’un voyage de reconnaissance, le personnage est dans une navette en compagnie de Miles et Keiko O’Brien qui porte le second enfant du couple. Lorsqu’un accident survient, Keiko est blessée et la vie du bébé est en danger. La technologie de Star Trek le permettant, le Dr Bashir (ironie !) implante le fœtus dans le corps de Kira qui fait office de mère porteuse. Non seulement, la situation n’avait rien de ridicule mais cela a permis de développer une intrigue personnelle plus complexe autour de l’héroïne.

Malheureusement, l’intégration d’une grossesse de comédienne n’est pas toujours bien négociée. Dernier exemple en date, Bones. Quand Emily Deschanel se déclare enceinte, l’équipe s’arrache les cheveux. Parce que le personnage de Temperance a beau avoir évolué, elle est loin de pouvoir rendre crédible un tel événement. Pris de cours, le créateur Hart Hanson bricole une fin de saison bâclée avec une scène finale qui met Booth devant le fait accompli : « Ah, au fait, j’ai oublié de te dire, je suis enceinte et c’est toi le père ! ». L’annonce est à la fois ridicule et frustrante dans la mesure où la série joue depuis toujours sur l’alchimie et les sentiments romantique de ses héros. Et pour les spectateurs, manquer ce moment où la relation bascule et devient physique est rageante ! Et ne parlons même pas de l’accouchement en lui-même qui fut épique !
D’autre fois, le destin s’en mêle. En 1991, Katey Sagal de Married… with children (Mariés, deux enfants) attend un bébé ce qui est très simple à intégrer dans la série pour cette mère de famille. Malheureusement, au bout du 7ème mois, l’actrice fait une fausse couche. Les scénaristes décident alors de faire de la grossesse annoncée depuis des mois un rêve d’Al, le mari, histoire de ne pas infliger à Sagal une épreuve encore plus traumatisante.

Second choix de l’équipe : faire comme si la comédienne n’était pas enceinte et cacher ses rondeurs par tous les subterfuges possibles. Parfois, ça ne se voit pratiquement pas comme dans la saison 2 d’Homeland où Claire Danes, même enceinte de 8 mois continuait sans souci à courser un terroriste.

Plus difficile en revanche de cacher le ventre très rebondi par des jumelles de Marcia Cross dans Desperate Housewives ou l’imposante carrure d’Amanda Righetti dans The Mentalist. Aussi, dès qu’il est possible de mettre un objet dans le champ pour cacher « l’objet du déli », les réalisateurs ne se privent et ça en devient même amusant.
Dans les années 90, Chris Carter, créateur de The X Files poussera le vice jusqu’à montrer une Dana Scully possiblement enceinte à cause des aliens via une courte scène d’anthologie et se servira de ça pour expliquer la stérilité du personnage.
Certains sont moins joueurs et imaginatifs et se contentent de laisser l’héroïne assise comme ce fut le cas de Sarah Shahi dans la saison 2 de Life.

Dans le milieu des sitcoms où l’humour est roi par définition, la tradition est d’assumer ce qui se passe et d’en rire. Ainsi, dans The Nanny (Une Nounou d’enfer), les tentatives de la production pour cacher la très imposante Lauren Lane tournent à la farce. CC devient boulimique à cause du futur mariage de son cher Maxwell avec Fran. Même chose dans How I Met Your Mother qui va être confrontée à deux grossesses la même saison pour Alyson Hannigan et Cobie Smulders. Et là, c’est festival avec concours de hot-dog pour l’une, gros sacs imposants pour l’autre et de nombreux clins d’œil pour les fans.

Dans un registre plus sérieux, en tant que miroir de la société, la série TV se doit aussi d’évoquer sur le fond la grossesse et ses corollaires.
Qui dit bébé, dit avant tout séries médicales. Les femmes enceintes font très souvent l’objet d’un des cas de la semaine que la finalité soit heureuse ou dramatique. Si ER (Urgences) eut son heure de gloire en la matière, la championne toute catégorie est Shonda Rhimes, d’abord dans Grey’s Anatomy et par extension dans feue Private Practice puisque le personnage d’Addison (Kate Walsh) est une obstétricienne de génie.
La créatrice, connue d’habitude pour son ouverture d’esprit (surtout que dans le même temps, dans Grey’s Anatomy, Cristina se fait avorter sans en parler à son mari), va montrer, par la voix de la spécialiste en natalité Naomi Bennett (Audra McDonald), meilleure amie de l’héroïne, un visage des plus conservateurs. Nombreux seront les épisodes qui traitent de façon assez nauséabonde la question de la maternité, de l’avortement. Naomi est une pro-life qui perd rapidement de vue qu’elle est avant tout médecin et que ses croyances personnelles n’ont pas à interférer avec les choix de ses patient(e)s. Lorsque sa propre fille de 15 ans va tomber enceinte, la jeune femme va sur-réagir et pratiquement la rejeter avant de revenir à des sentiments plus nobles. En soi, les nombreux débats que Naomi va provoquer au sein du cabinet et qui trouvent un écho différent chez Addison et Violet (qui ont eu recours à l’avortement) ne sont pas dénués d’intérêt. Les scénaristes étaient possiblement bien intentionnés mais ils ont loupé le coche et ont laissé l’avis de Naomi prendre le pas sur le reste et ce, à plusieurs reprises. Alors la chose est certes étonnante venant de Shonda Rhimes mais le phénomène s’étend peu ou proue à toutes les séries américaines (il y a heureusement quelques exceptions comme l’excellente Friday Night Lights). Comprenez que l’IVG n’y est pas toléré, surtout lorsqu’il est question d’adolescente. Il est bien évoqué, parfois proposé mais par un phénomène étrange, les héroïnes en viennent finalement à garder l’enfant ou dans le cas le plus extrême, le faire adopter. Pas une série teen n’aura échappé à ce passage obligé parmi lesquelles on peut citer Glee, 90210, One Tree Hill et celle qui en fit carrément son sujet The Secret Life of the American Teenager (La Vie secrète d’une ado ordinaire).

Série grand public destinée à une cible pourtant féminine, Desperate Housewives est l’archétype du show républicain dans lequel l’idée même de l’avortement ne sera jamais sérieusement évoquée. Lynette se plaint constamment que Tom lui fasse trop d’enfants mais un moyen de contraception ou une IVG sont hors de question, Gaby tombe malencontreusement enceinte, elle fait une fausse couche…

Même les séries du câble les plus sulfureuses n’osent pas franchir le pas et s’abritent derrière des prétextes scénaristiques.
Dans American Horror Story : Asylum, Lana (Sarah Paulson), enfermée dans un asile et enceinte suite au viol d’un psychopathe tentent de s’avorter avec un cintre. La pauvre doit bien perdre 1 litre de sang mais ira au terme de sa grossesse pour pouvoir affronter son fils dans le final. La morale est sauve, une fois de plus. Quoi qu’il arrive, l’enfant naît !

Une chose est sûre la femme enceinte des séries TV n’a pas fini de faire parler d’elle !

Dossier réalisé par Cécile Pinaud
Journaliste, pigiste Auteur de « Femmes en séries, toutes les héroïnes de séries TV américaines« 

Crédits Photos: Bones et How I met your mother (Twentieth Century Fox)/Desperate Housewives (ABC Studios)/The secret life of the american teenger (ABC Family)/





2 Comments


  1. Deadwood

    Article intéressant.
    Est-ce Cécile qui a rédigé l’article ou Alexandre?
    Je m’explique car sous le titre de l’article on voit « written by alexandre letren » et a la fin de l’article « dossier réalisé par cécile pinaud ».

    Merci par avance pour vos éclaircissements.


  2. Si je précise « Dossier réalisé par cécile » c’est que Cécile qui écrit l’article
    C’est juste que c’est moi qui ait accès à la plate forme d’édition



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