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mars 9th, 2013

La violence dans les séries: l’art imite la vie qui imite l’art..

The WD (Une)

Décriée depuis des années, la violence à la télévision trouve un nouveau terrain de jeu dans les séries TV. Ne  brûlons pas trop vite nos écrans, les tentatives d’explications ne sont pas loin. Des règles imposées par HBO dans les années 90 aux dernières nouveautés de la saison, retour sur un phénomène récurrent.

NDLR : L’article contient un spoiler sur la saison 1 de Game of Thrones

A l’instar du cinéma et des jeux vidéos, la télévision est le troisième média continuellement pointé du doigt lorsqu’une tuerie a lieu, le plus souvent aux USA comme la triste actualité de ces derniers mois l’a prouvé. La raison invoquée ? Sa violence et son influence sur la jeune génération. Ce n’est pas un débat nouveau, c’est même pratiquement un marronnier journalistique.

Si on ne peut nier que les séries TV contemporaines sont plus violentes qu’autrefois, il apparaît un peu simpliste de les accuser des dérives de la société. Parce qu’après tout, c’est peut-être l’inverse qui se passe. En tant que miroir de la société, la série pourrait ne faire que s’en inspirer plutôt que de souffler l’idée d’un massacre à des jeunes gens livrés à eux-mêmes et qui sont culturellement liés aux armes à feu. Cette hypothèse est-elle plus tirée par les cheveux que la première ?

Il ne me semble pas mais ce n’est pas l’objet de cet article. Il s’agit ici de comprendre en quoi la télévision actuelle nous apparaît plus violente. L’est-elle vraiment, s’adapte-t-elle à son époque ou notre perception est-elle biaisée par des artifices ?

Ce week-end, je regardais un épisode de Banshee, la nouvelle série de Cinémax. Fort de mon passé et de mon présent de cinéphile et sériephile, je suis habituée à la violence à l’écran et j’en suis rarement ébranlée. Et pourtant, depuis ses débuts, la violence brute de décoffrage de la production d’Alan Ball me heurte. C’est l’une des rares fois où je me demande si cela est bien justifié. Bien sûr, nous sommes sur le câble ce qui permet bien des choses. Le héros est un truand, ex-taulard, devenu shérif de la ville de Banshee sur un coup de chance, un gars peu fréquentable qui ne se fait comprendre que par l’intimidation et les raclées qu’il sait donner. Il n’est pas non plus aidé par son environnement et la présence d’un malfrat local qui contrôle la ville. Alors bien sûr, il a des ennemis et un passé chargé mais a-t-il pour autant raison de fracasser le crâne d’un boxer qui a violé une fille, de tuer de sang-froid une bande de motards qui terrorise la ville… Chez Lucas, ce n’est pas la raison qui prime mais le besoin. Il doit castagner, c’est un exutoire. Dans ses interactions sociales, il est clairement plus proche de l’animal que de l’humain à cause de son passé. Est-ce que cela justifie pour autant l’extrême violence dont il fait preuve ? On va dire « pourquoi pas ». Est-ce que les deux créateurs et scénaristes de la série s’en servent comme prétexte pour s’offrir des scènes parfois assez insoutenables ? Oui et c’est sans doute cela le plus gênant. Que les héros soient violents est normal compte tenu de leur passif ou activité mais il n’y avait pas besoin d’aller si loin dans la démonstration. C’est avant tout l’occasion d’apposer une étiquette à la série et force est de constater que ça marche. Banshee est une bonne série, très proche dans son exécution du film de gangsters qui est d’ores et déjà assurée d’avoir une seconde saison.

La violence des séries s’explique par leur contexte. Dans les années 90, HBO en avait fait sa marque de fabrique avec The Sopranos et surtout OZ. En l’absence de censure, tout y était permis et il ne fallait pas s’attendre à autre chose venant de séries sur le quotidien d’une prison qui recèle les pires criminels (dès le pilote, l’un des personnages est immolé par le feu par un co-détenu) et sur une famille de mafieux. HBO avait repoussé le champ des possibles. Depuis la chaîne s’est considérablement calmée au point de refuser de s’impliquer dans The Walking Dead car elle pensait que le show serait trop violent et gore. Même si elle avait vu juste, voilà qui est un peu fort de café quand on regarde True Blood et Game of Thrones, les productions chouchoutes de la chaîne qui n’y vont pas avec le dos de la cuillère question hémoglobine. Mais il est vrai qu’à leur façon, elles sont plus soft que la série de zombies de AMC.

Et tout cela n’est que question de choix de mise en scène. Lorsque les deux créateurs de Game of Thrones décident de suivre l’œuvre originale et de couper la tête de Ned Stark, l’exécution est d’une finesse totale. Une lame s’abat sur un cou dans un bruit horrible mais sans une seule giclée de sang. Nous sommes bien loin des scènes plein cadre durant lesquelles Rick, Andrea et les autres explosent la tête d’un zombie ce qui, au final, inspire plus de dégoût que de peur.

Mais là encore, ce n’est peut-être pas une coïncidence si la violence de TWD va crescendo avec son audience qui bat des records. Peut-être tout simplement que la violence et le gore plaisent au public.

D’un autre côté, des séries comme True Blood ou Spartacus sur Starz donnent à dessein dans la surenchère. Les morts de vampires qui explosent en mare de sang dans la première s’inscrivent dans l’esprit ridicule et décalé de la série. Grandement inspiré par 300, Spartacus a fait de ses massacres plein de ralentis et d’hémoglobine sa marque de fabrique. C’est par ce biais que Starz a su se démarquer et s’imposer dans le paysage des chaînes du câble.

Enfin la violence n’est pas forcément physique. Elle peut être bien plus insidieuse que cela et se confondre avec l’angoisse et la peur.
The Following, la nouvelle série de Kevin Williamson avec Kevin Bacon en est une bonne illustration. Il y a bien sûr les meurtres perpétrés par les disciples de ce tueur en série charismatique, Joe Carroll mais la véritable violence exercée par le bonhomme réside dans sa façon de tourmenter l’agent du FBI qui l’a attrapé par deux fois. Carroll est un joueur narcissique qui a monté un plan parfait de l’intérieur de sa prison. Brillant théoricien, il connaît aussi très bien son adversaire qu’il a déjà affaibli une première fois physiquement en le poignardant. Désormais il s’attaque à son mental et s’insinue dans sa tête. A chaque épisode, il gagne un peu plus de terrain.

Comme le souligne le magazine Entertainment Weekly dans un article consacré cette semaine à la place des armes à la télévision, plusieurs projets de la saison 2013/2014 tiennent plus de Dexter que de La Petite maison dans la prairie. Pour la simple et bonne raison que le public est demandeur. Rien que d’ici cet été, Cult, Bates Motel et Hannibal vont répondre aux attentes des téléspectateurs.

Même s’il semble très facile de lui jeter la pierre, la télévision américaine vit avec son temps. A l’image de la littérature ou du cinéma, il y a des dérives. C’est facile et tentant de faire plaisir aux annonceurs parmi lesquels le puissant lobby des armes US. Et les téléspectateurs que nous sommes sont loin d’être innocents dans l’affaire. Si nous sommes complices c’est que nous le voulons bien. Rien n’est plus facile que d’éteindre la télé. Pourquoi donc une telle attirance ? Parce que comme la télévision, nous sommes les produits de notre époque !

Dossier réalisé par Cécile Pinaud
Journaliste, pigiste et auteur de « Femme en séries« 

Crédits Photos: The Walking Dead © AMC/ Banshee © Your Face Goes Here Entertainment/ Game of Thrones  © Home Box Office (HBO)/ The Following © Warner Bros Television





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