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mars 5th, 2013

Va-t-on s’amuser avec La Croisière de TF1?

LA CROISIERE

Après des séries comme Camping Paradis et Vive la colo, TF1 semble décidée à poursuivre sa politique de séries populaires, familiales et divertissantes dans sa case du lundi soir. Avec sa nouvelle série La croisière, elle semble prête à remonter le temps et se replonger au coeur des années 80, à la grande époque de La croisière s’amuse. Le public aura-t-il raison de se présenter à l’embarquement de cette croisière?

Quand 5 000 passagers, avec leurs lots de « casseroles » et de mensonges, leurs problèmes d’amour et de boulot en tout genre, embarquent sur un paquebot dirigé par un personnel de bord aussi impliqué que décalé, il en résulte une croisière pas comme les autres ! Le commandant rêve du plancher des vaches ; sa seconde découvre la vie ; la directrice de croisière, impératrice du bonheur et de l’harmonie, mène la vie dure à son ex-mari le chef barman ; le médecin de bord est dénué du moindre sens psychologique ; le chef de la sécurité se prend pour un héros de série américaine et le charmant jeune curé fait office de psy à l’heure de la confession… Non, la Méditerranée n’aura vraiment rien d’un long fleuve tranquille !


La croisière, nouvelle série du TF1 pour sa case du lundi soir (la case de Camping Paradis, Joséphine ange gardien, Vive la colo, Doc Martin,…), est une série dont vous allez forcément entendre parler d’ici à sa diffusion (dès le 11 mars sur TF1) et à mon avis pas en bien de la part des mes collègues journalistes. Il faut dire qu’elle est l’archétype de la série made in TF1 mais aussi de tout ce que nos cousins américains ne font plus en matière de séries depuis le milieu des années 80.

Pourtant, il y a de l’ambition sur cette série. Adaptée du film du même nom sorti en 2010, c’est la même scénariste Jeanne Le Guillou qui oeuvre à la fois sur le film et sur la série, un gage de continuité; la série est tournée en « décors naturels » c’est-à-dire sur un véritable bateau de croisière, et au milieu de vrais passagers, en vacances. Un tel dispositif complique bien entendu la tâche de l’équipe de tournage qui doit s’adapter aux conditions de circulation du bateau: « Sur un bateau de croisière, transportant 5 000 personnes, les imprévus sont constants et prennent une ampleur particulière. En plein tournage, il arrivait que le bateau pivote inopinément de 90°. L’axe de lumière devenait alors totalement inapproprié ! Les rafales de vent sur les ponts, la musique en continu, le bruit des moteurs, les vibrations et les milliers de personnes à bord sont autant d’éléments perturbateurs. Nous avons dû retravailler environ la moitié des scènes en postsynchronisation » (Pascal Lahmani, réalisateur de la série).

Mais incontestablement, le tournage sur un tel monstre des mers offre à la série un côté grandiose et évite les écueils qu’un tournage en studio, avec un bateau mal reconstitué et dépourvu de passagers en nombre important, aurait apporté à la série.
De même, du côté des acteurs, un grand soin a été apporté au casting principal de la série en confiant les rôles principaux à de très bons acteurs: Christophe Malavoy en capitaine de bateau (« Participer à La Croisière était aussi l’occasion de me rapprocher de la  comédie, un univers que j’affectionne particulièrement et dans lequel je me sens à l’aise« ); la superbe Lola Dewaere en directrice de la croisière (« Ces semaines de tournage étaient très agréables. Je me suis nourrie de l’expérience des autres comédiens« ) ou encore Yann Sundberg, vu dans l’excellente Flics sur TF1.

Côté production, on retrouve également du beau monde puisque Lincoln TV et Christine de Bourbon Busset (responsable de l’excellente Pigalle la nuit pour Canal+ ou de la superbe série pour France 2, Les beaux mecs) sont à l’oeuvre.
C’est dire que tout était réuni pour offrir une bonne série aux téléspectateurs. Je parle au passé car malheureusement, il ne faut pas longtemps pour se rendre compte que la série, malgré toutes ces qualités, offre le triste spectacle d’une série tout sauf moderne et bien ficelée.

La problème de cette Croisière est que tout y est très attendu, prévisible. Et pour cause, on y retrouve exactement les mêmes mécanismes que ceux que l’on pouvait voir sur La croisière s’amuse dans les années 80. Ainsi, la mécanisme de chaque épisode repose quasiment sur la même formule: une ou des personnes arrive(nt) sur le bâteau avec un soucis à régler (généralement un problème relationnel avec une autre personne) et c’est sur le bâteau que ce problème va bien entendu se résoudre grâce au concours des gentils membres de l’équipage qui ne manqueront pas de mettre régulièrement leur grain de sel dans la vie des passagers. C’est la formule que l’on avait sur La croisière s’amuse ou sur une autre production Aaron Spelling, L’île fantastique.
Comme dans la série des années 80, La croisière est un bon moyen de réunir un grand nombre de guests (talentueux il faut bien le reconnaître, comme Marianne James, Matilda May ou encore Philippe Lavil) et/ou de faire intervenir les comédiens made in TF1.
La ressemblance avec la série de Spelling est à ce point frappante qu’on la retrouve même jusque dans le nom du bâteau (Pacific Princess dans la première/Prince des mers ici). Et comme dans la série des années 80, cette série est pleine de bons sentiments, qui font certes du bien en ces temps difficiles mais qui donne du coup un sérieux coup de vieux à une fiction qui n’en avait déjà pas besoin.

Avec autant de moyens à l’image, cette série rate l’accostage à cause d’un sérieux manque d’audace. La même série avec un humour grinçant, pas politiquement correct et avec des personnages assumant leur côté décalé (la capitaine qui fait pousser un potager sur la proue du bateau: à quoi cela sert si ça ne s’accompagne pas d’une vraie folie du personnage?), auraient pu donner à la série un tout autre visage.
Et c’est peut-être ça le problème principale de la série: elle est la démonstration parfaite que quand on calque aux séries télé un modèle propre au cinéma (indéniablement, la série est bien réalisée, propre), on se plante car on néglige l’aspect le plus important d’une série: l’histoire.
Dans le livre The revolution was televised (Alan Sepinwall), parlant des pionniers des séries du câble dans les années 90 (Tom Fontana par exemple), Carolyn Strauss (une des responsables de HBO) disait: « Ils savaient comment écrire des histoires pour la télé, connaissaient les règles à garder en matière de séries et celles dont ils pouvaient s’affranchir ». Dans ce cas précis (mais comme dans beaucoup d’autres à la télévision française), c’est un comportement qui manque cruellement dans l’élaboration de nos propres séries: savoir écrire pour une série télé.

Ceci dit, la série reste un programme familiale correct qui devrait séduire petits et grands devant leur télé 3 lundis soirs durant.
Mais attention à TF1 qui semble s’enfermer dans un modèle de séries extrêmement casse gueule et un peu trop calquées les uns sur les autres. Pas certain que le public, gavé aux séries américaines, continue très longtemps de lui accorder sa confiance (on l’a vu avec les audiences très fluctuantes de la saison 3 de Doc Martin).
Et il serait tellement plaisant de voir nos chaînes cesser de coller à des modèles étrangers pour écrire des séries. Soyons originaux! Osons des programmes à la fois novateurs et familiaux! Donnons à nos séries une identité propre, ce qui évitera d’en faire des copies de séries déjà existantes (et pas obligatoirement les meilleurs modèles d’ailleurs).

Crédits Photos: Lincoln TV/TF1/AT-Production/ MMXII
Source: Dossier Presse TF1





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