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1864 – Amour et trahisons en temps de guerre (Partie 2)

1864 – Amour et trahisons en temps de guerre (Partie 2)
Vivien Lejeune

Suite de notre dossier consacré à la mini-série 1864… Aujourd’hui, nous vous proposons de passer de l’autre côté de la caméra en compagnie du producteur, Jonas Allen, qui a eu la lourde tâche de gérer le plus gros budget de l’histoire de la télévision danoise et d’ainsi permettre au scénariste/réalisateur Ole Bornedal d’accomplir sa vision, tantôt réaliste tantôt onirique, du tragique destin des frères Jensen.

Jonas Allen fait ses premières armes en tant qu’assistant producteur sur le film Monas verden en 2001… Par la suite, il a notamment travaillé comme associé sur un épisode de la première mouture de Wallander : enquêtes criminelles avant d’enchaîner longs et moyens métrages, essentiellement au Danemark. En 2011, il devient le producteur des dix épisodes de Traque en série, par la suite adaptée aux Etats-Unis sous le titre Those Who Kill, puis enchaîne, toujours pour la télévision, avec Dicte (2013-2014) et Frikjent (2015). Actuellement, il œuvre sur deux prochaines séries : Dicte II et Modus.

Cet entretien a été réalisé dans le cadre du 55ème Festival de Télévision de Monte-Carlo.

Jonas Allen

Pouvez-vous nous parler de la genèse du projet 1864 ?

Tout a commencé avec DR (Danmarks Radio), la plus grande corporation de diffusion au Danemark, qui s’est vu octroyer une prime spéciale de la part du gouvernement danois dans le but de produire un drame historique d’envergure. A elle seule, cette contribution allait représenter quasiment la moitié du budget total du projet… Si bien qu’avec Miso Film, la compagnie pour laquelle je suis partenaire-producteur, nous avons commencé à rechercher une bonne histoire et nous nous sommes arrêtés sur le roman Slagtebænk Dybbøl qui traitait justement de la Guerre de 1864. Nous nous sommes alors retrouvés en compétition contre deux autres sociétés de production danoises avant que DR choisisse la série qui lui correspondrait le mieux. Nous avons décidé d’envoyer ce roman à Ole Bornedal qui est immédiatement revenu vers nous en nous disant : « C’est fantastique. Je ne ferai pas une adaptation stricte de ce roman… Je veux en faire ma propre histoire. J’ai aimé ce livre mais j’ai encore plus aimé son contexte historique. Je vais donc repenser le projet à ma façon« . J’ai trouvé sa démarche vraiment très intéressante et nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises afin de monter le dossier… Qui a finalement eu les faveurs des gens de DR. Après quoi, Ole a écrit un synopsis d’une vingtaine de pages qui comprenait déjà l’essence de ce que la série est devenue aujourd’hui. Bien entendu, étant producteur indépendant, il m’a fallu ensuite trouver les 50% de financement restant…

Mais votre métier de producteur ne se réduit pas à l’aspect uniquement financier d’une telle entreprise…

Chez Miso Film, je travaille en collaboration avec Peter Bose. Mais pour ce qui est de 1864, ma tâche première a vraiment été de développer l’intrigue avec Ole. Je lisais son travail… Faisais quelques commentaires afin qu’il puisse avoir des retours le plus tôt possible dans son processus d’écriture. Bien sûr, il m’incombait de planifier l’ensemble de la production. De l’équipe technique au casting… Il fallait tout organiser. Nous avons tourné en République Tchèque et au Danemark.

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Qu’en est-il plus précisément du casting ?

C’était une étape réellement passionnante car Ole a, très tôt, exprimé son désir de trouver de nouveaux jeunes comédiens talentueux. Généralement, en télévision, nous nous tournons plutôt vers des acteurs connus et expérimentés étant plus proches de la trentaine et de la quarantaine, que l’on a l’habitude de voir au cinéma… Ici, la majorité de nos principaux comédiens ont à peine dépassé leurs 20 ans. La perspective de voir travailler ensemble cette nouvelle génération et des personnalités respectées telles que Sidse Babett Knudsen ou Nicolas Bro était particulièrement réjouissante. Nous savions dès le départ que certains d’entre eux joueraient dans la série… Il ne nous restait plus qu’à dénicher les plus jeunes.

Combien de temps avez-vous travaillé à l’élaboration de 1864 ?

Du premier jour où nous avons téléphoné à Ole jusqu’au soir de l’avant-première, je crois que nous y avons consacré trois ans et demi… Le tournage à lui seul a nécessité environ 120 jours, ce qui est assez énorme. Généralement, au Danemark, nous travaillons sur la base de journées de huit heures… Ici, nous sommes passés à un rythme de douze heures par jour. En un sens, vous pouvez donc ajouter environ quatre heures de plus chaque jour… Ce qui ramènerait le temps de tournage à environ 180 jours classiques. Cela représente le double de temps que pour Those Who Kill ou Dicte, par exemple. Et encore… nous avons gagné pas mal de temps en optant pour des effets spéciaux numériques en post-production. Ainsi, pas besoin d’attendre sur le plateau que l’on refasse un raccord maquillage, ou un impact de balle.

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Du montage à la musique, en passant par les effets spéciaux dont vous parliez à l’instant, à quelles autres branches créatives avez-vous été impliqué ?

Je n’ai rien à voir avec le choix de Marco Beltrami pour la musique. Lui et Ole ont l’habitude de travailler ensemble. C’était donc entendu dès le départ. Pour ce qui est du montage, en revanche, j’ai été particulièrement présent. Huit épisodes d’une heure chacun exigent énormément de temps… Après chaque première version que m’envoyait Ole, je revenais vers lui avec mes impressions et commentaires, comme nous procédions déjà pendant l’écriture des scripts. Nous travaillions en bonne alchimie et cette étape de montage, en particulier, a été vraiment très agréable et enrichissante.

En parlant du scénario, était-il essentiel pour vous que l’intrigue se déroule ainsi en deux histoires parallèles, l’une contemporaine et l’autre historique ?

Tout à fait. Et ça tenait tout spécialement à cœur à Ole. Dès qu’il a commencé à s’intéresser à cette histoire, il a su qu’elle nécessitait ces deux niveaux de lecture. J’ai adoré cette idée et je l’ai soutenu tout au long du processus car je pense que traiter de ce genre de drame ne doit pas se limiter à simplement regarder vers le passé. Ici, on peut directement s’identifier à Claudia et au vieux Baron et mieux se plonger dans l’Histoire à travers leurs yeux. Cette approche intensifie beaucoup l’impact pour le téléspectateur… Il y a moins de distance avec ce que l’on regarde. On partage quelque chose avec eux. Leur intérêt permet de renforcer l’identification que l’on peut ensuite ressentir avec les personnages évoluant en 1864… Tout devient plus tangible.

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Quel regard portez-vous sur la partie historique de votre série ?

Au-delà du la seule fiction historique, 1864 devait être conduite par ses personnages. Tout repose sur ces jeunes soldats poussés à aller faire la guerre. Un conflit initié par le gouvernement danois. Ils ont brisé le traité de paix et savaient parfaitement que les combats seraient dévastateurs… Mais tout le monde était encore sous l’euphorie de la victoire contre les Prussiens datant seulement de dix ans plus tôt. Les politiciens savaient parfaitement que le pays était à court d’armes, de ressources… Et que cette nouvelle guerre courait vers un bain de sang. Le plus intéressant dans ce conflit est donc le fait que c’est nous-même qui l’avons déclenché, en tant que nation. Et l’humiliation qui en a découlé. Derrière ces faits, derrière ce contexte, il fallait s’intéresser aux âmes de ces jeunes gens. C’était là l’important. Trouver la vérité des personnages. De leurs histoires. Ole voulait que l’on puisse réellement s’imaginer ce que ça pouvait être que de vivre ainsi dans les tranchées…

Avez-vous travaillé avec des historiens ?

Nous avons d’abord effectué des recherches par nous-mêmes, puis nous avons fait appel à l’auteur du roman dont nous nous étions inspiré à l’origine, Tom Buk-Swient, car son livre est beaucoup plus factuel que fictionnel. Il a collectionné des centaines de lettres écrites par les soldats. Pour nous, cela représentait donc un excellent moyen de remonter le temps à travers les yeux, les mots, de ceux qui avaient vraiment vécu cette guerre, tout en s’intéressant aussi aux sorts de leurs petites-amies, femmes, enfants, parents… Nous avions tout ce qu’il fallait pour garder constamment à l’esprit le point de vue réel de ces événements.

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Au final, et en votre qualité de producteur, comment était-ce d’avoir sur vos épaules le poids du plus gros budget alloué à ce jour pour une série télévisée au Danemark ?

En premier lieu, vous devez gérer vraiment beaucoup de monde… D’habitude, lorsque vous tournez une série au Danemark, l’équipe est finalement assez réduite et facilement contrôlable. Les gens sont très compétents, ont l’habitude de travailler, connaissent leurs tâches respectives, et vous pouvez leur faire confiance. Si bien qu’une équipe moyenne se cantonne à environ 40 ou 45 individus… Sur une mini-série de l’ampleur de 1864, nous avoisinions plutôt les 150. Un nombre auquel il faut bien sûr ajouter non seulement l’ensemble des comédiens mais aussi les figurants ! Imaginez des dizaines et des dizaines de figurants fonçant les uns sur les autres en uniformes… Tout vous paraît soudain démesuré. LA grande question est alors : mais comment vais-je y arriver ? Comment planifier ce que l’on tourne réellement ? Ce qui sera ajouté en post-production par la suite ? Combien de jours seront nécessaires ? A quoi ressembleront les plannings de chacun ?… Mais une fois que tout cela est décidé et organisé, vous pouvez respirer. Vous savez que ça va bien se passer. Bien sûr, certaines journées de tournage impliquant un très grand nombre de personnes étaient plus stressantes que d’autres… Mais en même temps, en tout cas selon moi, dès que nous avons commencé les prises, tout est redevenu comme avant. Comme si nous tournions quelque chose de plus petit. Car, définitive, la mécanique reste scrupuleusement la même. Elle prend juste… beaucoup plus de temps (rires) !

(Propos recueillis et traduits par Vivien LEJEUNE)

Retrouvez, dès demain, la suite de notre dossier consacré à 1864 avec l’interview de Jens Sætter-Lassen, l’interprète de Peter…

Retrouvez la première partie de notre dossier 1864 – Amour et trahisons en temps de guerre