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1864 – Amour et trahisons en temps de guerre (Partie 3)

1864 – Amour et trahisons en temps de guerre (Partie 3)
Vivien Lejeune

Après Sarah-Sofie Boussnina, qui incarnait la jeunesse contemporaine du Danemark, c’est à présent au tour du comédien Jens Sætter-Lassen (Peter) de nous plonger directement au cœur de l’action de 1864. Entre amour, désillusions et guerre de tranchées, son personnage est sans aucun doute celui qui évolue le plus tout au long de ces huit épisodes… au-delà d’être celui auquel le téléspectateur ne manquera certainement pas de s’attacher le plus.

Né en 1986, Jens Sætter-Lassen n’a, pour l’heure, tourné qu’au Danemark. En dehors d’œuvres encore totalement inconnues en France, on a néanmoins pu le voir dans la saison 3 de Borgen – Une femme au pouvoir. Passionné de théâtre, il a même participé à une adaptation du Tartuffe en 2012 au Grønnegårds Teatret… D’ici deux ans, il tiendra le rôle-titre de la série The King (Kongen af Danmark), dont les premières affiches et le slogan accrocheur emprunté au Hamlet de William Shakespeare (« Something is rotten in the state of Denmark / Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danmarkont« ) ont déjà été dévoilés avant même que ne débute le tournage.

Cet entretien a été réalisé dans le cadre du 55ème Festival de Télévision de Monte-Carlo

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Pensez-vous qu’une mini-série comme 1864 continue d’être importante dans le paysage télévisuel mondial à l’heure actuelle ?

Bien sûr que je pense qu’il s’agit d’une histoire importante. Absolument n’importe qui peut y trouver un point d’encrage et s’identifier aux personnages. 1864 peut peut-être sembler loin mais les problèmes auxquels tous ces gens ont dû faire face, tous leurs sentiments, sont exactement les mêmes à notre époque. Et plus encore en tant que Danois, cette partie de l’Histoire résonne tout particulièrement. Ce type de programme me parait donc capital pour que le peuple du Danemark n’oublie pas d’où il vient.

Comment avez-vous été impliqué dans le projet ?

J’ai été contacté par des responsables du casting, au Danemark, qui m’ont demandé de venir auditionner. Malheureusement, Ole Bornedal ne pouvait être présent… Mais il est venu au rendez-vous suivant. Après quoi, nous nous sommes revus, avons répété quelques scènes entre nous… Le processus a été assez long car Peter est un personnage plutôt complexe, mais on pouvait sentir à quel point Ole était investi.

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Que pouvez-vous nous dire à propos de la façon dont vous vous êtes approprié le rôle de Peter ?

J’ai lu le livre de Tom Buk-Swientys car, bien qu’il s’en détache, Ole y a tout de même puisé le principal de son inspiration. Les lettres des soldats à leurs familles m’ont particulièrement touché. C’est à ce moment-là que j’ai ressenti que cette distance dans le temps n’existait pas vraiment. Un soldat contemporain écrirait très certainement la même lettre aujourd’hui. La peur de la mort n’a pas changé. Je me suis bien entendu renseigné un peu sur la période… et il ne me restait plus qu’à apprendre mon texte (rires). J’étais déjà assez familier avec ces évènements car mon père est un grand passionné d’Histoire, mais pas de façon assez spécifique dans l’optique de prendre ainsi part à une telle reconstitution. Il m’a fallu creuser un peu… relever de petits détails… C’est un pan de notre culture tellement important. A l’échelle Européenne aussi d’ailleurs. On peut très clairement comprendre et voir, en quelques sortes, les fils invisibles qui ont conduit cette guerre à celle de 14-18. C’est suite à 1864 que l’Allemagne a trouvé suffisamment de confiance en elle pour partir à l’assaut de l’Europe… Mais une guerre, grande ou petite, n’est jamais véritablement différente d’une autre. Les jeunes soldats éprouvent les mêmes craintes et sentiments des deux côtés.

Tous passent ainsi de l’insouciance et la désillusion… Comment l’avez-vous vécu en tant qu’acteur ?

Ils ne savaient rien sur rien. Pour eux, c’était comme partir pour le grand voyage de leur vie. Ils voyaient la guerre comme quelque chose d’épique, romantique même. Puis la réalité les a frappés en plein visage. Je crois que le secret pour mieux leur rendre justice dans mon interprétation est de faire en sorte de rester le plus simple possible. Bien sûr, c’est difficile… Il faut essayer de se concentrer sur chaque scène comme s’il n’existait que celle-là. Avant le tournage, vous vous plongez dans le scénario. Vous assimilez le plus d’information possible pour rentrer dans l’histoire. Mais une fois que vous y êtes, il faut vous focaliser uniquement sur l’instant présent. C’est quelque chose d’assez compliqué à expliquer… Je ne vais pas puiser dans des évènements ou des émotions issus de ma propre existence. Je me mets juste à la place du personnage. Alors, oui, j’ai un frère également dans la vraie vie. Et je peux imaginer sans peine la douleur que j’éprouverais si je risquais de le perdre… De même, Jakob [Oftebro. Interprète de Laust, le frère de Peter – Ndlr] et moi sommes devenus très proches. Alors, je me projette simplement en Peter et essaie d’imaginer ce qu’il a pu éprouver.

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Quel a été le plus gros défi à relever pour vous ?

Je pense qu’il s’agit de sa complexité… cette dualité qui le tenaille. Au début, il n’est qu’un jeune homme. Encore un enfant, presque. Et ensuite… Imaginez un instant… Comment ressortir indemne après avoir vécu de telles épreuves ? Je voulais vraiment en faire quelqu’un de vrai. Il n’était donc pas question qu’il se transforme en une machine de guerre. Il fallait que chaque couche du personnage reste palpable à chaque instant… Qu’il reste un être humain même s’il peut se croire mort à l’intérieur. Le tournage a duré environ huit mois. Et, comme toujours au cinéma ou à la télévision, il était impossible de tourner dans l’ordre. De fait, je passais ainsi d’une émotion à une autre… Chaque jour.

Et cela correspond bien à la signature d’Ole Bornedal… Il peut passer de la poésie pure à l’atrocité la plus crue en une fraction de seconde…

Ça a été formidable d’être Peter. Il me semble assez rare, en tant que comédien, d’avoir la chance d’accompagner ainsi son personnage à travers le temps et son parcours. Ole est tout simplement le meilleur réalisateur avec qui il m’ait été donné de travailler… Il est brillant. J’ai pris ce projet comme un cadeau. Un rêve devenu réalité. Et c’est addictif… Moi qui viens essentiellement du théâtre, j’ai maintenant envie de tourner dans plus de productions de ce type. J’ai des envies de films. Mais, pour l’heure, j’ai signé pour une nouvelle série au Danemark, que nous allons filmer l’année prochaine.

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Que pouvez-vous nous dire sur le tournage en lui-même ?

Je n’ai absolument rien tourné en studios. Toutes les scènes de guerre ont été faites à Prague. Ils ont construit les tranchées dans des champs… C’était vraiment spectaculaire. Je n’oublierai jamais mon premier jour, en arrivant sur place (rires) ! Je n’avais jamais rien connu de tel. C’était comme être dans une machine à remonter le temps. Toute la République Tchèque était recouverte de neige alors que nous étions en avril, avec un plein soleil (rires)… A travers champs… Dans la forêt… Tout était blanc ! C’était fou…

N’est-il pas déroutant pour un acteur de travailler avec des maquillages et des effets purement numériques, intégralement réalisés en post-production ?

En fait, je n’ai pas vraiment eu à m’en préoccuper. Les décors étaient spectaculaires et nous aidaient vraiment à avoir l’impression d’y être… Quand vous voyez 600 figurants vous hurler dessus, vous avez tendance à y croire (rires) ! Je n’avais pas besoin qu’on vienne m’appliquer du faux sang sur le visage ou sur le costume pour y croire davantage. En revanche, c’était génial de pouvoir découvrir le rendu final une fois le montage terminé… Les effets numériques sont tout autant spectaculaires. L’épisode 7 est tout simplement incroyable !

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Que pensez-vous de la portée internationale de 1864 ?

Le plus surprenant, c’est que l’engouement autour de la série vient essentiellement d’en dehors du Danemark. Nous sommes allés faire une tournée de promotion à Londres, par exemple, et nous pouvions tous vraiment ressentir l’enthousiasme partagé autour des œuvres danoises et de 1864 en particulier. Je pense que cette histoire peut véritablement contribuer à ouvrir les portes internationales à nos productions. Personnellement, j’adorerais pourvoir travailler en Europe… Et aux Etats-Unis aussi, si ça se présentait.

(Propos recueillis et traduits par Vivien LEJEUNE)

Retrouvez, dès demain, la fin de notre dossier consacré à 1864 avec l’interview du scénariste/réalisateur Ole Bornedal…

Retrouvez la première partie de notre dossier 1864 – Amour et trahisons en temps de guerre

Retrouvez la deuxième partie de notre dossier 1864 – Amour et trahisons en temps de guerre