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Ballers : sex, drugs, The Rock & ball

Ballers : sex, drugs, The Rock & ball
Fanny Lombard Allegra

Devant le nombre de nouveautés lancées cet été par les chaînes, le fan de séries a parfois du mal à suivre… Alors qu’a commencé la déferlante des pilotes de la rentrée, on y voit désormais plus clair et la plupart des séries estivales sont maintenant fixées sur leur sort. Si elle n’a pas suscité un enthousiasme délirant, Ballers a connu un beau succès d’audience et a suffisamment convaincu pour que HBO commande une deuxième saison. Pour ceux qui auraient manqué le coup d’envoi, on refait le match en attendant le prochain quart temps..

Ancien joueur de football américain, Spencer Strasmore (Dwayne « The Rock » Johnson) s’est fraîchement reconverti en conseiller financier. Engagé par un patron qui compte surtout mettre à profit son carnet d’adresses, il a rejoint son ami Joe (Rob Corddry) et démarche les vedettes de la NFL pour leur proposer de faire fructifier leur patrimoine. Mais outre les investissements financiers et les négociations de contrats, Spencer doit aussi gérer le comportement de ses clients en dehors du terrain. Le tempérament explosif de Ricky Jerret (John David Washington – fils de Denzel), star des Miami Dolphins, met sa carrière en péril ; Vernon (Donovan Carter) dilapide sa fortune avec la bande de parasites qui lui sert d’amis ; Charles Greane (Omar Benson Miller), jeune retraité devenu vendeur de voitures, n’a pas encore fait le deuil du terrain… A Spencer de rattraper le coup, entre drogues, orgies sexuelles et pétages de plomb en tous genres.

Au départ, la curiosité suscitée par Ballers reposait essentiellement sur les (larges) épaules de Dwayne Johnson. En tant qu’acteur, l’ancien catcheur (qui, accessoirement, a aussi tâté du football américain…) n’avait pas forcément marqué les esprits ; mais en délaissant les films d’action et en sortant de son registre habituel, il étonne et révèle une palette de jeu plus large que celle à laquelle on pouvait s’attendre. D’accord : il n’y a pas de quoi renverser un quaterback, et sans doute cet ancien sportif en pleine reconversion n’est-il pas entièrement un rôle de composition. Mais il faut reconnaître que son interprétation nuancée lui permet d’explorer plusieurs facettes de son personnage et de jongler entre comédie et émotions. Servi par sa carrure impressionnante, il envahit littéralement l’écran et se révèle aussi à l’aise dans les confrontations physiques que dans les joutes verbales, dans lesquelles il excelle ; au contraire, il sait suggérer et se montrer touchant dans les scènes plus intimistes, notamment dans l’ambiguïté qui fait de lui une sorte de figure paternelle pour les joueurs, quand lui-même est au bord de la faillite et en difficulté dans sa vie personnelle. Certes, il en fait parfois encore un peu trop, mais son jeu apparaît finalement très naturel lorsqu’on le compare à celui de ses acolytes, qui sont presque toujours dans l’outrance. A cet égard, le duo qu’il forme avec Rob Corddry fonctionne remarquablement bien, et la disparité physique entre les deux hommes ajoute un effet comique supplémentaire.

Capitaine évident, Johnson peut compter sur des coéquipiers de choix, qui ne déçoivent à aucun moment dans leurs rôles respectifs. Vernon, qui accède au rang de star, se laisse étourdir par l’envers du décor et l’argent facile, qu’il claque à pleines liasses pour en faire profiter la moindre de ses connaissances, tandis que des photos compromettantes menacent sa carrière ;  Jerret est une superstar incontrôlable, incapable de fermer sa grande gu… ou sa braguette, qui n’a jamais surmonté d’avoir été abandonné par son père ; Charles Greane, qui s’est reconverti en vendeur de voitures sur l’insistance de sa femme, ne parvient pas à renoncer à ses ambitions sportives ;  Joe, collègue et ami de Spencer, est un fêtard excentrique particulièrement enclin aux gaffes.

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Dans cette galerie de personnages forts et caractérisés, aucun des acteurs ne démérite. Tous sont cependant cantonnés à un jeu extrêmement démonstratif, où la subtilité a rarement sa place. Surgissent toutefois quelques scènes intéressantes, plus mesurées, comme le face à face de Ricky avec son père : l’aspect dramatique demeure léger, l’interprétation sans effusion gagne en finesse. Mais la plupart du temps, le trait reste forcé, ce qui peut se comprendre si l’on considère que Ballers s’inscrit dans le registre de la comédie de situation. On flirte en permanence avec l’outrance, voire même avec le vaudeville, mais si Ballers amuse par ses réparties bien senties, ses gags rocambolesques et ses personnages hors normes, elle suscite le sourire sans jamais déclencher la franche hilarité. Ce n’est pas forcément un défaut, car le léger contraste entre comédie et drame confère davantage d’intensité aux scènes plus émouvantes sans pour autant verser dans un pathos  exubérant.

C’est peut-être là que réside le principal atout de Ballers, qui parvient à instaurer au fil des épisodes une ambiance, un ton léger et détaché, et à établir un équilibre en glissant des séquences plus touchantes au cœur d’une comédie effrénée. Les scènes s’enchaînent sans temps mort, le rythme est soutenu et alerte, à l’instar d’une bande-son enlevée et colorée, ambiance rap grand public. On délaisse rapidement le terrain, l’action sportive se limitant à quelques minutes d’entraînement, pour se focaliser sur l’envers du décor : on négocie contrats sportifs et publicitaires, on parle interviews et image publique, on traîne dans les vestiaires où éclatent les rivalités, et on assiste surtout à de nombreuses fiestas, prétextes à tous les débordements – alcool, drogues et sexe. Le sexe, justement, est évidemment très présent, mais la crudité n’est pas si dérangeante dans la mesure où elle est cohérente avec le propos. On regrettera évidemment le traitement réservé aux femmes dans la série, puisqu’elles sont peu ou prou réduites au statut de groupies en chaleur ou d’épouses énervantes… Ballers est certes une série dopée à la testostérone, mais une plus grande finesse dans la représentation des figures féminines ne nuirait certainement ni à sa crédibilité, ni à son intérêt.  La structure des épisodes est quant à elle très basique, et chaque intrigue centrée sur un personnage se voit accorder la même importance et le même espace ; si les protagonistes se croisent, le football et Strasmore restent leurs seuls dénominateurs communs. La dynamique fonctionne bien, et les dix épisodes de 30 minutes défilent sans qu’on s’en aperçoive, et sans que l’on se surprenne à guetter impatiemment le coup de sifflet final.

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Mais la légèreté de Ballers est à la fois une force et une faiblesse : si elle rend la série agréable à regarder, elle engendre aussi une légère déception – surtout quand on songe à l’ADN de la série, qui emprunte aux excellentes Friday Night Lights et Entourage. Elle a hérité un de ses producteurs (Peter Berg) et le thème du football américain de la première ; elle partage avec la seconde le duo Mark Wahlberg / Stephen Levinson aux commandes et l’idée d’appréhender son sujet depuis les coulisses, en suivant un groupe de personnages lâchés dans un monde d’excès, de strass et de paillettes. La correspondance génétique s’arrête là car, contrairement à ses aînées, Ballers se contente de lancer ses histoires sans chercher à les approfondir ou à en développer les problématiques sous-jacentes. Ainsi, si la satire du milieu sportif affleure, elle n’est que fortuite et ne résulte pas d’un mouvement délibéré. De même,  la psychologie des personnages est très succincte et les intrigues potentiellement dramatiques sont expédiées en quelques scènes, voire tuées dans l’œuf. Par exemple, la relation de couple de Jerret tourne en rond et le même schéma se répète à plusieurs reprises durant la saison; les éventuelles séquelles consécutives aux traumatismes subis par Spencer durant sa carrière occupent simplement quelques minutes quand le sujet aurait pu courir en arrière-plan sur plusieurs épisodes. Ce traitement t superficiel, allié à un humour relevant strictement du premier degré, donne à la série un ton naïf, en décalage avec ce qu’elle entend montrer. D’une certaine manière, Ballers choisit la facilité et ne surprend jamais : elle joue uniquement en défense, même lorsqu’elle feint de choquer par ses scènes de sexe ou la subversion de son langage – comme l’incident déclenché par l’emploi du mot « Niggar » (Nègre) par un Joe désespérément blanc, séquence amusante mais sans grande incidence. Il aurait suffi d’un peu d’audace, d’une pointe d’ironie et de cynisme pour lui conférer un ton irrévérencieux, sans doute plus pertinent et percutant au regard des situations mises en scène.

Faut-il pour autant sortir le carton jaune ? (Si toutefois il y a des cartons jaunes en football américain – j’avoue mon ignorance…) Non, car Ballers reste une série d’été divertissante, bien écrite et bien interprétée, avec un Dwayne Johnson meneur de jeu charismatique et convaincant. Pas de quoi remporter le Superball, mais bien assez pour une qualification.

Ballers (2015) 10 épisodes de 29 minutes.

Série diffusée en France sur OCS.

Disponible en replay jusqu’au 22 Septembre.

Crédit photos : HBO