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B&B: Rencontre avec Ridge Forrester (Thorsten Kaye)

B&B: Rencontre avec Ridge Forrester (Thorsten Kaye)
Alexandre LETREN

Amour gloire et beauté (The Bold and the beautiful en VO) est certainement l’un des soaps américains les plus populaires non seulement en France, mais aussi dans le monde entier. Depuis plus de 25 années, qu’ils se nomment Forrester, Marone, Spencer ou encore Spectra, ils se livrent une concurrence de tous les instants pour être les numéros un dans la mode.
En exclusivité, Season One a pu s’entretenir avec quelques uns des comédiens principaux de la série pour évoquer bien entendu leur rôle, mais aussi ce genre si spécifique qu’est le soap opera. Nous démarrons cette semaine avec un personnage emblématique de la série, Ridge Forrester mais en discutant avec celui qui a eu la lourde tâche en 2013 de reprendre le rôle détenu depuis le début par Ron Moss: Thorsten Kaye.

En 2013, vous reprenez le rôle de Ridge Forrester. Avez-vous eu peur de reprendre ce rôle que Ron Moss incarnait depuis le début?

Oui, c’est toujours une chose à laquelle on pense quand on reprend le rôle de quelqu’un d’autre mais ne pouvant pas être comme lui, j’ai donc pris mes distances avec le rôle. Ron Moss est parti de lui même de la série, il n’a pas été renvoyé et le personnage était important pour la série alors ils avaient besoin de quelqu’un d’autre pour le jouer. C’est aussi simple que ça.

Dans les daytime soaps, ça arrive souvent que des acteurs différents interprète le même personnage. Est-ce que ça veut dire que vous proposez un nouveau Ridge, différent ?

C’est exactement comme pour un auteur, quand quelqu’un vous demande d’écrire, vous venez avec vos outils, votre compréhension du monde, et votre façon d’écrire. C’est pareil pour nous les acteurs : vous arrivez avec vos expériences et votre vision des choses et vous n’essayez pas d’imiter ce qui a été fait auparavant. Je pense que vous essayez de comprendre qui cette personne est, ce que ce rôle représente, et vous devez vous l’approprier. C’est la raison pour laquelle nous regardons toujours Hamlet, 400 ans plus tard : parce qu’on veut voir comment cette nouvelle personne interprète une histoire qui ne change pas.

En quoi votre Ridge est différent de celui de Ronn Moss ?

Oh, d’abord, il est bien plus beau que moi ! (rires). Je regarde la série pour savoir qui est qui, ce qu’ils font, et pour comprendre la façon de penser de ce gars, les raisons pour lesquelles il est avec toutes ces femmes et pour essayer de comprendre quel est la prochaine étape pour ce personnage.

Vous avez déclaré dans une interview que vous avez un physique à faire de la radio…

Vous avez sûrement remarqué que j’ai un humour basé sur l’autodérision, et quand vous jouez dans une série qui s’appelle « Amour, Gloire et Beauté », ça demande beaucoup de cran de penser qu’on puisse ne serait-ce que figurer dans cette série. J’essaie de me moquer un peu de ça, il y a tellement de gens beaux ici, vous regardez la série et voyez à quoi tout le monde ressemble et je ne pense pas que je rentre particulièrement dans cette catégorie, mais bon. Ça ne relève pas de moi, c’est plutôt mes patrons qui décident [si j’y ai ma place].

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Est-ce que votre expérience dans le théâtre vous a aidé lorsque vous avez commencé à travailler dans les soaps opera (puisque vous avez évidemment beaucoup de textes à apprendre comme au théâtre)? 

C’est une question intéressante ! J’ai travaillé pour Hilberry Repertory Company pendant longtemps, nous jouions 7 pièces de théâtre différentes en même temps, donc il fallait apprendre à retenir vite, mais on apprend surtout à retenir les idées générales parce que dans le cas contraire si tu oublies le moindre mot, toute ton processus de pensée s’arrête et tu ne peux pas poursuivre. Je pense que l’une des plus grosses différences entre le théâtre et ce qu’on fait [dans le soap opera] pour moi, si c’est bien votre question, c’est qu’au théâtre au moins vous savez comment la pièce se termine et vous pouvez comprendre le chemin du personnage en tant qu’acteur, et comprendre l’arc narratif ainsi que votre propre rôle dans la pièce. Le soap opera est une histoire sans fin, du moins c’est ce que nous espérons tous. À partir de là, vous ne savez pas où vous allez, ou ce que vous faites ni quelles sont vos chances de manipuler vos téléspectateurs. C’est très différent, et plus limité.

Si je ne me trompe pas, vous avez joué dans One Life to Live (On Ne Vit Qu’Une Fois), Port Charles, et maintenant Amour, Gloire et Beauté : qu’aimez-vous dans le soap opera ?

La partie fun, c’est que c’est un travail qui est en continue, et je préfère avoir un travail et l’exécuter ; vous avez l’opportunité dans les soap de la journée de continuer à raconter une histoire encore et encore. Toutes ces histoires racontent des histoires différentes, donc tous les jours vous vous renouvelez, vous avez cette opportunité, et même si ça ne fonctionne pas vous pouvez avoir une chance ailleurs dans un autre soap. J’ai deux enfants et une femme merveilleuse, et avec ces séries, je peux rentrer tôt à la maison, c’est une excellente façon d’élever ses enfants. Si je commençais à faire des séries du soir et des films, je ne serais pas aussi souvent à la maison.

AMC Kaye

Votre carrière est très intéressante parce que vous avez commencé au théâtre, puis vous êtes allé sur le soap de journée et en même temps en prime time, puis finalement vous êtes revenu sur les daytimes soaps avec « Amour, Gloire et Beauté ». Est-ce que c’était difficile en tant qu’acteur qui jouait dans des soaps d’arriver sur des séries diffusées en prime ?

Non. Il y a de réelles différences entre être un acteur en Europe et aux Etats-Unis. Aux Etats-Unis, les gens disent « oh, il est une star des soaps », « c’est une star de film », « c’est un acteur de théâtre », en France ou en Angleterre vous êtes simplement un acteur. Nous courons après le travail, nous nous vendons et nous sommes engagés pour faire certaines choses. Je ne fais aucune discrimination contre quoi que ce soit, c’est plus difficile d’une certaine façon parce qu’on a peu de temps pour faire ce dont on a besoin et quand on a besoin de le mettre en place. J’aime vraiment être un acteur je me moque un peu de ce que je fais, ou de l’heure à laquelle je tourne, ou de la mise en scène, ou de jouer dehors, à l’intérieur… Je m’en moque, tout ce qui m’importe, c’est de raconter des histoires.

Vous n’avez pas souffert de discrimination ? Parce qu’en France nous avons des soaps aussi (cf Plus belle la vie) et c’est vraiment difficile pour les jeunes acteurs qui y jouent d’accéder à des séries de prime time. Vous n’avez jamais eu de difficultés à basculer de l’un à l’autre ?

Non, je pense que c’est possible aux Etats-Unis, mais d’un côté je ne suis plus vraiment un « jeune acteur », je n’entre plus dans cette catégorie. Mais finalement, c’est amusant parce que le plus difficile pour un acteur serait de travailler dans une série diffusée en journée : il faut apprendre tous ces dialogues en grosse quantité et le faire vite — et sans être négatif envers les séries types soap, ce sont des séries qui se jouent très vite, c’est encore plus rapide pour les scénaristes et parfois on loupe des choses, mais il faut sans arrêt essayer de faire mieux et s’améliorer chaque jour. C’est l’une des choses les plus difficiles au jour le jour, et finalement je dirais que n’importe qui ayant réussi à tourner un soap parviendrait à jouer dans une série de prime, mais je ne suis pas sûre que l’inverse fonctionne.

Je suis d’accord, c’est vraiment difficile.

C’est difficile, car c’est si rapide ! Vous savez que vous avez deux ou trois caméras qui tournent en même temps, il faut que vous soyez sûr d’avoir retenu les dialogues de tout le monde… c’est un médium très technique. Vous avez des techniques en tant qu’acteur, vous espérez apprendre auprès de très bons acteurs et vous prenez à de bons acteurs des techniques pour vous améliorer vous-même. En tant qu’acteur de soap, il y a énormément de choses auxquelles vous devez faire attention.

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Dernièrement, je parlais avec Karla Mosley qui me confiait que la différence entre les séries quotidiennes et les séries de prime time, c’est le temps: vous avez du temps pour travailler sur des séries de prime time, et c’est plus difficile en journée…

Je ne sais pas si c’est plus difficile, mais je pense que c’est différent il faut réfléchir plus rapidement, et vous n’avez pas autant de temps pour être créatif … Disons que c’est plus organique de le faire plus rapidement, les situations sont amusantes, et vous avez une scène qui n’a pas l’air aussi réel que dans les autres séries mais même quand on essaie d’imiter ces séries nous n’y arrivons pas. Et peut-être qu’on ne devrait pas, on n’arrive pas à faire de jolies explosions, nous sommes meilleurs sur ce qui arrive après l’explosion, et c’est d’ailleurs ce que l’on fait : on fait de l’émotion, l’impact sur les gens, c’est ce que nous prenons le temps de raconter dans ces histoires. L’explosion elle-même, c’est plus quelque chose d’une série de prime time.

Compte tenu de votre expérience dans les soap opera, j’aimerais avoir votre opinion sur la crise des soaps opera qui remonte à quelques années maintenant, quand on a annulé La Force du Destin (All my Children) et Haine et Passion (Guiding Light), mais Amour, Gloire et Beauté non. Comment l’expliquez-vous ?

Je pense que l’attrait d’Amour, Gloire et Beauté réside dans le fait que c’est sûrement le seul soap qui se déroule dans une ville réelle, et pas une fictive. C’est à Los Angeles, c’est sur l’industrie de la mode, des choses qui intéressent les marchés internationaux. Ils veulent des gens beaux dans des endroits beaux, et ça fonctionne à Los Angeles. Si ça se passait à Denver ou Albuquerque, ça ne voudrait rien dire. Mais quelqu’un dit « Los Angeles », et vous avez tout de suite une idée de quoi cela relève, même à l’international. Je pense personnellement que La Force du Destin et Haine et Passion ont été annulées parce que les jeux et émissions coûtent moins cher à produire et que, en partie dans notre société, les gens aiment voir des personnes échouer. Mais je pense que la réelle chute est venue avec OJ Simpson, qui a été relayé sur les télévisions : son jugement et son affaire a pris le dessus sur les horaires de diffusion pendant presque un an et je pense que c’est comme quand vous partez vivre dans un pays et que vous avez un problème d’alcool mais que ce pays vous enlève tout accès à l’alcool, après une année vous rentrez et vous vous dites que vous n’en avez plus besoin. C’est ce qui s’est passé : les gens ont réalisé que pendant 2 heures ils pouvaient faire autre chose, et qu’ils préféraient faire autre chose. Quand les séries sont revenues ils avaient perdu tout intérêt pour elles.

Ridge and Caroline

Et bien entendu, Amour, Gloire et Beauté réussit très bien dans les autres pays du monde, ce qui peut être une autre explication.

Oui, bien sûr, comme je le disais ça a du sens pour les gens, et j’espère que l’intérêt existera toujours pour des gens jeunes, ou plus vieux, et qu’ils voudront toujours savoir ce qui leur arrive.

2015 a été une année très importante pour Amour, Gloire et Beauté et je pense qu’il y a eu beaucoup d’excellentes storylines : êtes-vous d’accord avec ça ?

Oui, complètement. C’est toujours fantastique de faire partie de quelque chose de novateur, même si je ne sais pas si c’est le mot juste, mais ils font des histoires où des hommes plus vieux sont avec des femmes plus jeunes et bien sûr je trouve que la storyline sur le transgenre était merveilleuse, j’espère qu’ils pourront continuer comme ça, qu’ils trouveront d’autres nouvelles idées, un peu comme faisait Dick Wolf dans ses séries quand il incluait dans l’histoire des choses qu’il avait lues dans les journaux. Et Brad [Bell, le showrunner actuel] est très intelligent, je suis sûr qu’il va trouver des moyens de poursuivre ce qu’il a entrepris.

Justement, quelles sont les spécificités de Bradley Bell en tant que scénariste et producteur? Comment il travail avec ses acteurs ?

C’est un scénariste très intéressant et, en tant qu’acteur vous vous engagez plus ou moins à ne pas donner votre opinion, mais pour que ça fonctionne, on oublie parfois ce pour quoi on est là. Je ne suis pas scénariste, je suis un soldat dans cette aventure et mon travail est de faire fonctionner l’ensemble et de ne pas douter des scénaristes. Notre but c’est de rendre l’ensemble humain et de vous amuser et de créer des moments de complicité entre les acteurs mais en ce qui concerne l’histoire c’est hors de nos mains.

Quelques mots sur une série que j’adorais : SMASH à laquelle vous avez participé. Quels sont vos souvenirs de la série, du tournage ?

J’aurais vraiment aimé que la série dure plus longtemps. Anjelica Huston est une amie, et rien que la voir, et d’avoir été en sa présence était quelque chose de fantastique. Pas uniquement parce qu’elle est une personne incroyablement sexy et fantastique mais pour la façon dont elle prenait quelque chose et le rendait réel… En fait, rien qu’en regardant, en travaillant avec quelqu’un qui a gagné un oscar, et se rendre compte des raisons pour lesquelles c’est à ce point mérité, vous font aspirer à être toujours meilleurs vous aussi.

Smash

Et Smash vous a rappelé vos années au théâtre ?

Oui, j’aimerai toujours Broadway, et vous pouvez deviner à ma voix que je peux à peine parler [ndlr : il est très enroué pendant l’interview] donc encore moins chanter. Mais j’ai toujours aimé les comédies musicales, même quand j’étais enfant, aller au théâtre et les voir… Quand vous êtes acteur ou auteur vous écrivez quelque chose et vous vous dites « wow, wow, je l’aurais fait d’une autre façon, je l’aurais fait comme ça », et quand je regarde une comédie musicale, comme je ne peux rien faire là-dedans, je parviens à me laisser complètement immerger, ce que j’ai toujours adoré, c’est une si belle façon de s’échapper, de s’asseoir deux petites heures et de regarder des gens faire de la magie.

Vous aimeriez retourner au théâtre ?

Oui mais je pense que c’est un peu tard maintenant pour moi, j’adore raconter une histoire avec un début, un milieu et une fin et avoir l’opportunité d’emmener des spectateurs avec moi le temps d’un spectacle.

[Propos recueillis par Alexandre Letren
Traduction par Charlotte Calignac]

Crédits: CBS/ABC/NBC

Merci à David Gregg pour avoir permis à cette interview de se faire