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Complications : Médecin au bord de la crise de nerfs

Complications : Médecin au bord de la crise de nerfs
Fanny Lombard Allegra

C’est un peu avant la vague des lancements de l’été qu’a débuté la diffusion de Complications, une série qui a peut-être rencontré moins d’échos que d’autres. Créée par Matt Nix, déjà derrière Burn Notice, elle compte pourtant au casting Jason O’Mara, bien connu des sériephiles pour ses rôles dans la version U.S. de Life On Mars et plus récemment Terra Nova, et la Gossip Girl Jessica Szohr. Alors que la saison 1 vient de s’achever outre-Atlantique, et en attendant une improbable diffusion française, Season One se penche sur les mésaventures de ces deux héros : la série nous a-t-elle rendus tachycardes, ou notre électro-encéphalogramme est-il demeuré désespérément plat ?

Médecin urgentiste à Atlanta, John Ellison (Jason O’Mara) traverse un quartier sensible lorsqu’il se retrouve au cœur d’une fusillade entre gangs latino et afro-américain. Il se précipite au secours d’un enfant noir touché par une balle perdue et, instinctivement, se saisit d’une arme abandonnée au sol pour abattre le tireur. Tandis que le garçon est transporté à l’hôpital dans un état critique, John ignore encore qu’il a mis le doigt dans un engrenage fatal… Il est rapidement contacté par le père qui, depuis la prison où il est détenu, exige qu’il protège son fils. Avec l’aide de Gretchen (Jessica Szohr), une infirmière rebelle à l’autorité, le médecin cède aux menaces et falsifie les dossiers pour mettre l’enfant à l’abri. Dès lors, pris entre les deux bandes rivales, forcé d’être le complice des uns et craignant des représailles des autres, soupçonné par la police et sous la pression de sa hiérarchie, John perd pied. Déjà fragilisé par la mort récente de sa fille, décédée d’un cancer,  et par la crise que traverse son couple, il s’enfonce dans la violence sans parvenir à reprendre le contrôle des événements.

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Le canevas s’appuie sur un ressort classique, maintes fois exploité dans la fiction et en particulier dans les séries TV : un homme ordinaire voit sa vie basculer en une fraction de seconde et se laisse entraîner dans une spirale de violence dans laquelle il s’enfonce un peu plus profondément à chaque fois qu’il tente d’en sortir. Ici, le malheureux héros est donc joué par Jason O’Mara, qui offre une interprétation correcte bien que limitée et pas totalement convaincante. Il ne parvient jamais tout à fait à insuffler à son personnage la profondeur nécessaire ni à montrer avec finesse les conflits intérieurs qui l’habitent. A sa décharge, il doit composer avec un matériau ténu : le docteur Ellison est en-lui-même un personnage vu et revu, dont la construction reste superficielle et entachée de zones d’ombres qui empêchent de saisir pleinement son caractère ou ses motivations, et donc de s’attacher à lui. Alors que son sentiment de culpabilité et d’impuissance suite au décès de sa fille est largement développé, sa relation ambigüe avec son père – pourtant intrigante et potentiellement riche– est à peine effleurée. Il faut dire aussi que la réalisation, souvent grossière, n’aide pas à crédibiliser le personnage : Matt Nix use et abuse des ralentis et des flashbacks, alourdissant une intrigue déjà passablement chargée.

En second rôle, Jessica Szohr n’est pas mieux servie. En théorie, le personnage de Gretchen a tout pour plaire : jolie infirmière tatouée et lesbienne, réfractaire à l’autorité, c’est une rebelle, une dure à cuire, une grande gu… qui fume comme un pompier, trafique des médicaments, mais surtout une femme entière, dévouée à ses patients et prête à tout pour leur venir en aide – y compris à frauder les assurances et à faire le coup de poing. Bref, le genre de marginale que le public adore ! Mais ici, ça ne fonctionne pas très bien : sans arrière-plan psychologique, le personnage frôle souvent l’hystérie et finit par agacer par ses vociférations permanentes. A côté, les autres protagonistes restent un peu faiblards et assurent le service minimum en tant que présences nécessaires à la progression de l’histoire – comme l’épouse de John (Beth Riesgraf) ou l’inspecteur de police (Brent Sexton The Killing, Justified et Deadwood entre autres) qui aime à lorgner du côté du lieutenant Colombo (« Encore une petite chose, Docteur Ellison… ») Mais le pire est tout de même à chercher du côté des membres des gangs (parmi lesquels Chris Chalk vu également dans Justified mais aussi dans Gotham), caricaturaux au possible et donc peu intéressants : ils apparaissent au final comme un simple ressort scénaristique, en tant qu’antagonistes opposés au héros, sans même que soit évoquée la dynamique et les rivalités au sein des bandes – une thématique cohérente et qui aurait enrichi et affiné le récit.

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C’est finalement le problème de Complications, Matt Nix ayant choisi de privilégier l’action au détriment de la psychologie de ses personnages. Globalement, le rythme est haletant et la série ne s’accorde – et ne nous accorde – aucun répit : fusillades, explosions, courses poursuites, bagarres, accidents de voiture, passages à tabac, urgences médicales… Tout y est ! Une action omniprésente, sans temps mort pour creuser les personnages : tel était aussi le pari de la mini-série britannique Prey (2014), récemment rediffusée sur ARTE. Mais la production de ITV tenait beaucoup mieux la route, d’une part parce que les agissements du héros (John Simm) dessinaient son caractère, d’autre part parce que l’intrigue était intelligemment resserrée autour d’un seul axe narratif. Or, Complications s’avère trop, euh, compliquée ! D’autres trames viennent inutilement s’agglomérer à l’histoire principale (violences conjugales, dépendance à la drogue, abus sexuels sur mineur…) sans qu’il n’existe aucun lien tangible, qui donnerait un sens à l’ensemble. Sans compter que les rebondissements sont assez prévisibles – devant l’écran, le spectateur ne peut s’empêcher de s’écrier : « Ça, c’est une mauvaise idée ! »

On sent confusément que Matt Nix tente de nous dire quelque chose sur les liens entre misère sociale, exclusion et criminalité, et qu’il voudrait l’exprimer par le biais d’une métaphore selon laquelle la société serait rongée par la violence comme le corps humain par un cancer ; les allusions répétées et le générique (qui illustre l’analogie en mêlant images urbaines et médicales, superposant par exemple réseau routier et système sanguin), le font suffisamment comprendre , avec une ostentation efficace.  Hélas, le scénario est trop éparpillé pour parvenir à une synthèse intelligible, et le thème est trop diffus pour être exploitable en profondeur.

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Dans le même registre, John Ellison pourrait être un personnage intéressant, en dépit d’enjeux très convenus : il est un médecin dont la vocation est de sauver des vies, mais il a tué un homme ; bien que directement menacé, il trouve dans cette situation un exutoire à la colère et à la rage qu’il contient depuis la mort de sa fille ; il répare son sentiment d’impuissance à la sauver en protégeant le petit garçon victime de la fusillade… Autant de problématiques expédiées de façon superficielle et récurrente, de sorte que le personnage tourne un peu en rond. Sa possible évolution se heurte en permanence à l’action, sans que la violence extérieure et les conflits internes ne trouvent de véritable point d’achoppement.  On suit cependant son histoire avec intérêt parce que l’homme jouit du capital sympathie de son interprète, à défaut de susciter l’empathie.

Dans une moindre mesure,  son parcours évoque ceux des héros de Dexter, Sons of Anarchy, The Shield ou Breaking Bad – tous des personnages plongés dans une escalade de violence à laquelle ils tentent d’échapper, essayant de rétablir la situation par des actes désespérés qui ne font que les y pousser davantage. La différence majeure réside dans le fait qu’à l’origine, Dexter Morgan, Jax Teller, Vic Mackey et Walter White ont fait ce choix en toute conscience ; en revanche, John Ellison subit les événements quasiment jusqu’à la fin, et nous est présenté comme une victime des circonstances. En cela, Complications avait quelque chose d’original à développer, mais elle n’a fait que frôler le sujet.

S’il lui manque une vision d’ensemble susceptible d’étayer un propos trop dilué dans l’action, Complications n’en demeure pas moins une série musclée et prenante. Au vue du scénario de départ, on était en droit d’en espérer davantage, mais en dépit de ces défauts, elle reste suffisamment addictive pour que l’on ait envie de voir la suite. Sans pour autant nourrir d’illusions quant à sa profondeur intrinsèque, on trouve dans Complications une bonne série estivale. Mais justement : cela suffira-t-il pour qu’elle passe l’été ?

Complications –  série en 10 épisodes de 45’.

Diffusée sur USA Network – Pas de diffusion prévue en France à ce jour

Crédit photos : USA Network.

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