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Un Commentaire

De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace

De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace
Alexandre LETREN

Il y a un peu plus d’un an, nous avons consacré un article au final de la saison 4 de  Profilage, vantant ses mérites et affirmant combien cela représentait un pari osé de terminer une saison de cette manière. Une saison plus tard, nous refaisons le même type d’article pour le final de la saison 5 qui est, à bien des égards, supérieur au précédent. Mais cette fois-ci, nous avions envie de décrypter ce final en compagnie des créatrices de la série, Sophie Lebarbier et Fanny Robert et de comprendre ce qui avait guidé leur choix pour cette fin de saison. Nous allons aussi vous proposer un décryptage de ce dernier épisode en compagnie de la rédaction de l’émission Season One.

Season One: Comment en êtes-vous venues à faire de tels choix et avez-vous craint que ces choix ne plaisent pas à TF1?

Sophie Lebarbier: Non nous n’avons pas eu peur. C’est l’intérêt d’être en saison 5. C’est la troisième saison que l’on construit sur le même principe. Dès qu’on a eu validé avec la responsable de la fiction Marie Guillaumond de faire du vrai feuilletonnant sur la série, on a inclut dans cette décision de construire les saisons en montée dramatique. En gros, c’est démarrer une saison en lançant des fils narratifs et les entre-croiser jusqu’à un climax. Ensuite, il y a un effet automatique qui se produit: on doit proposer un climax plus fort à chaque saison par rapport à la précédente. Bien entendu, on ne demande pas leur avis aux gens de TF1 pour imaginer nos intrigues, notamment parce que ce serait se soumettre à cet avis et aux peurs qui en découlent. Mais on bosse en toute confiance main dans la main avec la chaîne.
Il faut savoir aussi que la chaîne ne reçoit pas les dialogués des épisodes 11 et 12  en début de saison. Ils suivent la progression narrative de la saison avec nous (par exemple, quand on leur présente la version terminée des épisodes 7 et 8, ils reçoivent aussi les premières versions des 11 et 12 donc ils voient comment cela évolue).

Zone de turbulences: SPOILERS!!!!!!!

Season One: Tout de même: une héroïne schizophrène qui poignarde son partenaire pendant une crise, un personnage qui se fait défoncer la tête par un serial killer ou 12 minutes d’émeute dans une prison avec les héros coincés dedans, ce n’est pas rien.

S.L: Par exemple, nous n’aurions pas pu faire la séquence de la prison si on n’avait pas introduit le personnage d’Ezra. La prison ok mais si on a un personnage « pour nous tenir la main » et faire baisser la pression pour ne pas rendre la séquence irrespirable. C’est comme ça aussi que l’on gère nos histoires, on essaye de faire en sorte qu’elles restent supportables.

Season One: C’est tout de même une sacrée chance de pouvoir faire ça. A part sur « Falco », je ne vois pas qui pourrait faire ça aujourd’hui.

S.L: Tout à fait. Mais ça a été progressif. On est en saison 5. La première fois que TF1 nous a vraiment surpris avec le fait de nous laisser gérer nos histoires, c’est avec le final de la saison 3 (pour mémoire, Chloé se retrouve dans le coma durant une enquête et elle « poursuit » son enquête depuis son coma, dans sa tête ndlr). La grosse prise de risque de la chaîne fut à ce moment là. Tout ce qu’on fait depuis parce que ça a marché est une continuité.

Season One: Pardon d’y revenir mais à la limite, le voyage dans la tête du héros a pu être tenté ailleurs, dans d’autres séries, sous d’autres formes. Mais mettre à ce point en danger ses héros comme vous le faites ici n’a été que peu fait sur d’autres séries, y compris sur les séries américaines de networks.

S.L: C’est certains que notre final « n’est pas très network », pas très conforme à ce que l’on fait sur des « grandes chaînes ». C’est tout l’intérêt de notre travail, c’est comme ça que l’on travaille avec Fanny. On se challenge l’une l’autre. C’est Fanny (Robert) qui m’a proposé ce final-là. Il m’a fallu 5 minutes pour m’en remettre (rires) et après, tu n’as qu’une envie c’est de foncer. On est dans cette émulation et c’est un des grands ressorts de notre travail.

Season One: Concernant la décision de tuer un personnage, celui de Fred, c’est venu comment?

S.L: Ce fut terrible. C’est une des pires décisions qu’on ait eu à prendre. Mais on ne peut pas se permettre de faire sans arrêt des fausses morts, il en va de la crédibilité de nos intrigues. C’était aussi important en arrivant en saison 6 de rebattre les cartes, de venir donner un grand coup de pied dans la fourmilière de cette équipe. C’est là qu’on repense à cette phrase de comics « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités« . Maintenant, on ne va pas se mentir, une fois qu’on s’est fait plaisir sur le cliffhanger, on n’a plus qu’à nettoyer la m…. qu’on a provoqué comme on dit!!!

Season One: Concernant Chloé, ce final s’inscrit dans les conséquences du final de la saison 4 ou dans les conséquences de son face à face avec Louise dans Tempêtes?

S.L: Sa schizophrénie n’est pas liée au personnage de Louise, c’est une forme héréditaire que Chloé a. Chloé est un personnage brisé depuis ses 15 ans quand elle a cru son père responsable du meurtre de sa mère. C’est donc un personnage cassé, brisé, multiple. Les retrouvailles auraient pu recoller des morceaux mais ont créé d’autres brèches aussi. Sur une identité finalement assez éclatée, ça a créé d’autres symptômes très progressifs.

Season One: Tout le côté un plus positif du début de saison 5 était donc nécessaire pour arriver à ce final?

S.L: Oui c’est tout l’intérêt de la montée progressive de l’intrigue. Et puis, être tout le temps dans le drame, le tragique, ça empêche au bout d’un moment de le savourer. On doit donc faire de la gestion de tension. Il y avait aussi une demande de Odile Vuillemin de voir son personnage souffler un peu et pour le coup, cette demande rejoignait nos ambitions scénaristiques.

Season One: Dans ce final, les seconds rôles de la série sont aussi très bien servis.

S.L: Il n’y a plus de seconds rôles dans ce final. La notion d’équipe y prend tout son sens. On l’a vraiment construit comme ça.

Depuis l’enregistrement de cette interview, nous avons appris le départ de Odile Vuillemin de la série à l’issue de la saison 6 ici

Retrouvez à présent notre épisode bonus de Season One, décryptant le final de la saison 5 en compagnie de Fred Teper.

Et après? Quel avenir pour la série?

Le changement de ton opéré par la série en saison 5 a décontenancé certains fans de la première heure. Sur les réseaux sociaux, certains ont manifesté leur mécontentement face à la noirceur dont fait preuve la série. On a vu que la saison 2 de Falco, plus sombre, avait perdu des spectateurs en cour de route. Pour autant, il est primordial que les auteures gardent le cap. Bouger les lignes, heurter le spectateur est un « mal nécessaire » si on veut que notre fiction évolue dans le bon sens.
Savoir écouter le public mais aussi garder les commendes de son show, voilà un équilibre difficile à maintenir, Sophie Lebarbier et Fanny Robert ont prouvé qu’elles savaient le faire. Nul doute d’ailleurs que l’évolution de la série en cette saison 5 tient compte de l’annonce faite Odile Vuillemin de quitter la série. On espère donc qu’elles sauront apporter une conclusion satisfaisante et surprenante au parcours de Chloé et ainsi démontrer si certains en doutent encore qu’elles sont les maîtres à bord du navire Profilage.
En saison 7, Profilage aura un nouveau visage, un nouveau fil rouge, vraisemblablement incarné par Juliette Roudet/Adèle qui a tant de choses encore à apporter à la série. Son fil rouge, loin d’être terminé, ne manquera pas d’intérêt et on fait pleinement confiance à ces deux auteures de talent pour nous surprendre encore.

Crédits: TF1