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Un Commentaire

Esprits Criminels : banalisation ou dénonciation du crime ?

Esprits Criminels : banalisation ou dénonciation du crime ?
Alexandra Maffei

Le plus souvent, lorsque j’aborde Esprits Criminels avec d’autres personnes, il y a deux réactions qui reviennent. La première, c’est qu’il s’agit de l’une des seules, voire LA seule série policière que la personne regarde. En effet, les gens en ont assez de ces séries policières qui se ressemblent toutes et se répètent sans cesse, comme Les Experts par exemple. Esprits criminels sort du lot à ce niveau-là, puisqu’elle est la seule série policière à avoir un côté intellectuel prononcé et réaliste. Je ne suis pas en train de dire qu’Esprits Criminels soit une série réaliste à tous points de vue, seulement elle l’est plus que beaucoup de séries policières présentes sur le marché actuellement. Mais cette série provoque chez d’autres personnes une certaine gêne car elle se base sur des faits, des tueurs et des crimes réels. Où est le respect pour les victimes dans tout cela ? Et comment se positionner face à ce qui semble être devenu une banalisation du crime et de la violence à la télévision ?

Tout d’abord, dans quelle mesure la série Esprits Criminels est-elle basée sur des faits réels ? Où s’arrête le réel pour laisser place à la fiction et quel est le but de tout cela ? Il faut savoir que l’unité que forment les différents personnages est basée sur une unité existante, nommée BAU aux Etats-Unis (Behavioral Analysis Unit ou en français Unité d’Analyse Comportementale) qui aide les autorités à arrêter les criminels en dressant un profil de ces derniers, permettant ainsi de les appréhender. Le BAU a été crée par le profiler John Douglas, dont les personnages Jason Gideon (saison 1 à saison 3) et David Rossi (saison 4 à maintenant) sont largement inspirés. Beaucoup d’épisodes traitent par ailleurs de cas ayant réellement fait l’objet d’investigations par le BAU. Il existe sur Internet des sites sur lesquels on peut trouver les cas relatés dans la série, où les fans font des parallèles entre les faits divers récents et certains épisodes. Bien sûr, les noms des criminels et de leurs victimes sont modifiés, et l’on pourrait penser que certaines des horreurs relatées ont été exagérées pour servir le but premier d’une série télévisée : le divertissement. Malheureusement, cela n’est pas le cas. Selon le producteur exécutif Ed Bernero, les faits ont même dû être dédramatisés pour ne pas choquer les téléspectateurs, car la réalité est bien pire que ce qui est montré dans la série. Si l’on veut continuer à parler de faits réels, le nombre de téléspectateurs ne cesse d’augmenter aux Etats-Unis. Alors pourquoi ? Est-ce parce que les gens sont empreints d’une certaine fascination morbide ? Leur petite vie bien tranquille ne leur suffit pas, alors ils s’abreuvent de toutes les horreurs présentes à la télévision ? Pour certaines personnes, probablement. Le besoin d’éprouver des sensations fortes, de sortir de la routine est très présent. Quant à la fascination morbide, il faut reconnaître qu’en tant qu’êtres humains, nos peurs nous fascinent en même temps qu’elles nous effraient.

cm1Personnellement, lorsque je regarde Esprits Criminels, je m’attends à apprendre des choses. En effet, le personnage du Dr Spencer Reid (Matthew Gray Gubler) est à lui seul un centre d’intérêt important, car doté d’un QI de 187 et donc d’une capacité et d’une rapidité de réflexion absolument hors du commun. Ce que j’aime également dans cette série, c’est qu’il y a un certain côté intellectuel dans le raisonnement de l’équipe au complet, mais aussi sur la manière dont les cas sont gérés. Le contrôle des médias, mené par l’agent Jennifer Jareau (A.J Cook) est très intéressant : ne pas donner de surnom aux criminel car cela leur donne encore plus d’importance aux yeux du public, ne pas dévoiler certains détails de l’enquête peut permettre de compromettre un suspect qui en dirait trop, etc. Ce sont des choses auxquelles le téléspectateur n’aurait jamais pensé, et qui pourtant paraissent logiques une fois énoncées et justifiées.

Cette façon d’aborder les choses rend justement le crime moins banal que l’approche « procédurale » des autres séries policières. Les victimes sont bien plus mises en avant que les criminels, car ce sont pour elles que les agents se démènent dans chaque épisode. De plus, l’on voit également le côté destructeur que cet emploi peut avoir sur les agents, qui sont chaque jour confrontés à ce que l’être humain a de plus mauvais, de plus cruel. Nous aussi, en tant que téléspectateurs, y sommes par là même confrontés. Et c’est cela qui est dérangeant en réalité : n’importe qui peut devenir un meurtrier, pour peu qu’il y ait un événement déclencheur. Dans certaines situations, nous sommes tous capables du pire. Oui, certains des criminels décrits sont psychologiquement instables ou souffrent d’une maladie mentale, mais c’est loin d’être le cas de tous. Certains sont tout simplement mauvais, où ont vécu des événements traumatisants qui les ont mené à perpétré des crimes.

cm2Les agents eux-mêmes, bien qu’au centre de la série, n’en sont pas le sujet principal, ce qui change également des autres séries policières, trop souvent rythmées par la vie sentimentale des personnages. En dix saisons, si l’on regarde bien, on sait bien peu de choses sur eux ou sur leur vie personnelle, pour la simple et bonne raison qu’ils n’en ont pas vraiment et que ce n’est de toute façon pas le sujet que veut aborder la série. Ce job les dévore littéralement, mais ils ne peuvent pas s’en passer parce qu’ils veulent arrêter le plus de criminels possibles, se rendre utiles. Les personnages sont très soudés, mais ils sont soudés par l’horreur de ce qu’ils vivent, et le fait qu’eux seuls peuvent comprendre ce que chacun endure.

Esprits Criminels dénonce le crime plus qu’elle ne le banalise, en montrant au grand public à quoi ressemble la criminalité aux Etats-Unis et comment le combattre, sans oublier que cela nous donne quelques clés pour notre propre survie. Il ne faut pas oublier que, la plupart du temps, les enfants sont kidnappés ou abusés par un proche, et que les meurtriers se cachent souvent derrière des visages que nous connaissons. Faut-il pour autant devenir paranoïaque ? Bien sûr que non, mais regarder un épisode de The Big Bang Theory (par exemple) après avoir regardé Esprits Criminels est fortement recommandé !

Crédits: CBS

  • bibousiq

    Ce qui es assez marrant avec cette série (et renforce le côté intello), est qu’à chaque fois, je me dis que ce doit bien être le 1ère série que je vois qui fasse découvrir autant de citations d’écrivains et philosophes français aux américains.