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Hagai Levi « Les gens croient davantage Alison » [The Affair]

Hagai Levi « Les gens croient davantage Alison » [The Affair]
Alexandre LETREN

Après une diffusion en simultanée avec les Etats-Unis sur Canal+ Séries, et avant l’arrivée de la saison 2 à l’automne, The Affair revient chaque lundi sur Canal+ durant tout l’été dès le 27 juillet. Lors du précédent Festival Séries Mania, nous rencontré le co-créateur de la série Hagai Levi de passage à Paris et avons pris le temps de discuter avec lui sur cette série qui est l’un de nos coups de cœur de cette saison.

Retrouvez notre critique du pilote ici
Retrouvez notre dossier sur la série ici

C’est étonnant de faire une série, avec une histoire et des personnages solides, à partir d’un sujet aussi simple. Comment l’avez-vous imaginée ?

C’était encore plus simple, et davantage axé sur les personnages. Quand il y a des conflits moraux, je suis présent ! Les situations qui comportent des limites, c’est ce qui m’intéresse. En un sens, l’idée c’était qu’avoir une liaison, tromper l’autre, ça se rencontre partout. De nos jours, ce n’est pas si grave. Et je voulais des personnages pour qui ce soit quelque chose de grave. Un de nos slogans, c’était « Qu’arrive-t-il quand des gens bien ont une liaison ? » – des gens qui pensent que ça ne leur arrivera jamais. Dans une des premières versions, lui était prêtre ou rabbin, afin de lui rendre les choses encore plus difficiles. En tant qu’homme, en tant que femme aussi, on a toujours des tentations mais on pense que ça ne nous arrivera pas. Mais si cela arrive, alors qu’est-ce que ça donne ? C’est une première chose. Le second point, c’est cette idée à la Rashomon, présente dès le début parce que j’ai toujours pensé que quand on raconte une liaison, on le fait généralement d’un seul point de vue. Il y a ce type qui a une famille, et il y a cette garce briseuse de ménage –  ou le contraire. Il y a cette – comment dites-vous ? – Madame Bovary : c’est Madame Bovary, elle est insatisfaite, blablabla… Elle a une liaison mais elle reste au centre de l’histoire. J’ai pensé que cette fois, ça devait être différent parc e que deux personnes sont impliquées, et je voulais montrer les deux perspectives, qui sont toutes les deux importantes. Et aussi, combler un fantasme : on veut toujours savoir ce qui se passe dans la tête de son partenaire. J’ai pensé que c’était une bonne occasion de le faire.

Pensez-vous que la série aurait été la même si vous aviez pu la faire à la télévision israélienne ?

Non, bien sûr : ça aurait été totalement différent. C’est difficile de dire comment. Je suppose que la partie terre à terre aurait été moins présente, parce que l’idée du meurtre est tellement ancrée dans la télévision américaine qu’il semblait naturel de l’amener. Je pense que cela aurait été différent en Israël car plus verrouillé, plus intime. Parce qu’Israël est un petit pays, la communauté aurait été bien plus influente. Que penseraient les gens ? Ce genre de choses. Je suppose aussi que la religion aurait été plus présente dans l’histoire. Le fait que tout le monde se connaisse et que la famille soit si importante aurait changé l’histoire, je crois.

Et la localisation dans les Hampton ?

Oui, ça en fait partie parce que c’est un petit endroit. Ce ne sont même pas les Hampton, c’est au-delà, c’est Montauk. Vous voyez où c’est : vous avez New York, puis Long Island, et c’est au bout du bout. La famille de Sarah [Sarah Treem, co-créatrice – Ndt] avait une maison de vacances là-bas, et c’est comme ça qu’elle a connu cet endroit. C’est un  vestige de l’idée de petite communauté.

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Etait-ce important d’être un duo homme / femme pour écrire cette histoire en particulier ?

Quand j’ai parlé à Sarah de l’idée pour la première fois, c’était évident que ce serait une bonne combinaison. C’est donc ce que nous avons tenté de faire dès le début. Les ébauches du premier épisode, nous les avons écrites ensemble : j’ai écrit ma partie, elle la sienne, et c’était très amusant et très intéressant. Plus tard, elle a écrit seule car je pensais que pour faire une série qui se passe aux Etats-Unis, il fallait un américain. C’est ma conviction, et vous le savez mieux que moi : la télévision est une chose très personnelle, avec un sens de la culture, des lieux, des détails… Si vous n’avez pas été dans le New Jersey, vous ne pouvez pas écrire les Sopranos ou The Wire. Il faut le vivre. Je viens d’avoir une discussion avec Matthew Wiener, sur Mad Men : il l’a vécu, en tant que Juif dans l’Amérique des années 50 / 60. C’était donc très important pour moi que Sarah écrive sur sa propre culture, sa propre expérience. J’ai surtout apporté la trame de fond, mais l’écriture, c’était elle.

Qui doit-on croire : Noah ou Alison ? Où se situe la vérité ? Est-elle quelque part entre les deux ?

Je crois, oui. Mais je ne sais pas… Les gens m’ont dit qu’ils croyaient davantage Alison. Et je me suis demandé si c’était un truc homme / femme… Je crois que les femmes ont une meilleure mémoire pour ce genre de choses, une mémoire plus détaillée et plus vivace. Les hommes se souviennent très vaguement des choses, et ils ont tendance à inventer.

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C’est aussi une façon de montrer comment on créé sa propre histoire d’amour : vous rencontrez quelqu’un, parce que ça arrive au bon moment et vous vous dites que c’est l’amour de votre vie, alors que ce n’est pas le cas pour l’autre. C’est ce que montre The Affair : vous créez votre propre histoire d’amour…

C’était ça qu’on avait en tête : tout à coup, vous découvrez que notre série parle d’amour, de ce qu’est le véritable amour. Quand vous êtes célibataire et que vous rencontrez quelqu’un, ça n’a pas vraiment d’importance si c’est le grand amour, parce que les enjeux sont faibles. Mais si vous êtes marié et que vous risquez de tout perdre, et que vous rencontrez cette jeune femme, alors vous vous dites : « Est-ce le véritable amour ? Et sinon, est-ce que je vais tout gâcher pour ça ?  Mais peut-être est-ce le grand amour, et alors je devrais tenter le coup parce que c’est un grand truc et pas une simple amourette. » Et soudain, on sent qu’en raison des circonstances, on désire le grand amour.

Ce qui a rendu la série magique à mes yeux, c’est son atmosphère. Le premier élément qui nous y emmène, c’est le générique : images et musique racontent une histoire. Comment avez-vous imaginé ce générique ? Que vouliez-vous qu’il dise de la série ?

Je n’étais pas vraiment présent à ce moment-là. C’est arrivé sur le tard, j’étais déjà reparti en Israël. Mais la musique est venue d’abord, et nous avons vraiment admiré Fiona Apple. L’idée que nous avions tournait autour du danger, qui a toujours été un thème très important dans la série. Qu’êtes-vous sur le point de perdre ? C’est ça que les héros essayent d’éviter, encore et encore, en se fuyant l’un l’autre. C’est toujours à propos de ce que l’on risque de perdre. Le danger, voilà l’atmosphère du générique.

[Propos recueillis par Alexandre Letren
Traduction Fanny Lombart Allegra]

Crédits: Showtime