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House of Saddam : la chute de la maison Hussein

House of Saddam : la chute de la maison Hussein
Fanny Lombard Allegra

A partir du 30 Juillet, OCS City rediffuse la mini-série House of Saddam, qui retrace le parcours du chef d’état irakien exécuté en 2006. Les quatre épisodes suivent le Raïs de sa prise de pouvoir en 1979 jusqu’à son arrestation 24 ans plus tard, en dessinant un portrait psychologique fouillé et en s’attachant à ses relations familiales. Un parti pris efficace, mais sujet à débat… Poussez la porte de la maison Saddam, à vos risques et périls.

Irak, 1979. Issu d’une famille de bédouins désargentés, Saddam Hussein (Yigal Naor) a fait carrière dans l’armée et, à force d’ambition, est devenu le vice-président du pays. Second du régime, il est hostile à la politique du président Al-Bakr, qui souhaite se rapprocher de l’Iran et envisage de signer un accord avec la Syrie. En s’appuyant sur ses alliés et sa famille, Saddam organise un coup d’état, poussant le président à la démission afin de prendre sa place. Parvenu au pouvoir, il lance aussitôt une purge parmi les opposants et les cadres de son propre parti et confisque les postes-clés, entreprises privées et contrats publics au profit de ses proches, comme le général Tarek Aziz (Makram Khoury) et plus tard ses fils Uday et Qusay (Philip Arditti et Mounir Margoum). Bientôt, soucieux de l’influence grandissante de l’Ayatollah Khomeiny sur la région, Saddam déclenche la guerre Iran / Irak avec le soutien tacite des Etats-Unis. Mais désormais seul au sommet, il est emporté par sa mégalomanie et sa paranoïa grandissante, et il perd peu à peu le sens des réalités…

Produite conjointement par HBO et la BBC, House of Saddam est une série de 4 épisodes extrêmement efficace. Chaque volet se centre sur une époque du règne de Saddam Hussein, marquée par un évènement primordial : son accession au pouvoir, la guerre contre l’Iran, la recherche d’armes de destruction massive par l’ONU, et enfin la traque et la mort du dictateur. Une histoire récente, dont les répercussions se font encore douloureusement sentir aujourd’hui et dont le traitement est donc particulièrement sensible. Diffusée pour la première fois en 2008 – soit moins de  deux ans après le procès et la pendaison de son héros – House of Saddam ne pouvait avoir le recul nécessaire pour dépeindre les événements de façon dépassionnée et objective. C’est surtout vrai en ce qui concerne les causes et les conséquences d’une guerre contre l’Irak lancée par les USA et la Grande-Bretagne, et dont on connaît le caractère polémique et controversé. De même, la nature des relations internationales entretenues par le régime avec les puissances occidentales est largement sujette à caution.

Un écueil que la série parvient à éviter, en centrant son récit sur la seule personnalité de Saddam Hussein  et sur sa mainmise sur son entourage familial. Plus que l’histoire d’un pays ou d’un régime politique, House of Saddam raconte celle d’un chef mafieux, parvenu au pouvoir par la force et s’y maintenant dans le sang, n’hésitant pas à massacrer son propre peuple et à faire assassiner ses proches dès lors que leur loyauté peut être remise en question.  Pour ce choix narratif, certains ont rapproché House of Saddam des Sopranos. La comparaison a ses limites, ne serait-ce que parce que la série de David Chase est une fiction, quand Saddam Hussein est un personnage historique bien réel. Toutefois, elle reste pertinente dans la mesure où l’on retrouve certaines problématiques et une trame narrative globalement approchante – à savoir, la prise de pouvoir d’un chef de clan, l’élimination des rivaux et ennemis potentiels présentés comme des traîtres, et la paranoïa croissante du personnage principal. Dans House of Saddam, ce dernier point s’inscrit d’ailleurs dans un double dynamique : rongé par la crainte de la trahison, Saddam Hussein fait preuve d’une violence incontrôlée envers ses proches, eux-mêmes terrorisés car se sachant toujours menacés. Ce sentiment de peur, de menace permanente est accentué par une narration qui se déroule quasi-exclusivement au sein du palais présidentiel et dans les pas de Saddam Hussein, soit dans un cadre fermé, étouffant, écrasant de luxe et de dorures mais propice à l’émergence d’une entropie claustrophobique.

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Basé – de l’aveu même des créateurs de la série – sur de nombreux témoignages d’intimes – le portrait qu’on nous offre du Raïs est forcément partial. Peu importe, car c’est pris en tant qu’archétype du tyran qu’il acquiert toute sa dimension. De ce point de vue, dans l’analyse d’un homme parvenu au sommet par la violence et dans le sang, qui verrouille le pouvoir en y plaçant ses proches comme des pions, et qui finit par sombrer dans une folie autodestructrice alimentée par un cocktail explosif de psychose et de mégalomanie, créant par là-même les conditions de sa propre chute, House of Saddam est un récit exemplaire.

En revanche, cette focalisation sur la seule personne d’Hussein  se fait au détriment de l’arrière-plan politique, tant à l’intérieur qu’à  l’international. Ainsi, les rivalités tribales et ethniques au sein de la population irakienne et au cœur même du clan Hussein sont-elles à peine esquissées, ramenées à la simple perspective de conflits familiaux. La question religieuse est également traitée de façon sommaire quand il s’agit de l’opposition entre Chiites et Sunnites, bien que la série se penche sur la manière dont Hussein a instrumentalisé la religion en se voulant descendant du prophète. Enfin, les relations internationales  et la problématique géopolitique se limitent au strict minimum : l’invasion du Koweït apparait par exemple comme un simple caprice sans visée stratégique, tandis que e double jeu des pays occidentaux est occulté par une perspective un peu trop partiale, qui donne notamment à la coalition américano-britannique le rôle de libérateurs du peuple irakien.

S’il convient de garder un œil critique sur ces points douteux, ils ne sauraient occulter les qualités d’une série passionnante, hyper crédible dans ses décors et son atmosphère, prenante de bout en bout alors même qu’on en connaît le dénouement. La scène de la capture de Saddam est d’ailleurs une réussite, totalement anxiogène et réaliste. La construction, admirablement maitrisée, offre un récit solide et sans temps mort qui repose principalement sur des personnages complexes, ambigus et subtils, remarquablement écrits et interprétés.

Les noms nous sont inconnus, mais il faut saluer Christine Stephen-Daly dans le rôle de la seconde épouse, Philip Arditti et Mounir Margoum qui jouent les fils du dictateur, ou encore Makram Khoury qui campe un excellent Tarek Aziz. A noter également la présence des Français Saïd Amadis et Simon Abkarian. Mais la série est avant tout portée par Yigal Naor, saisissant Saddam Hussein qu’il incarne au sens littéral du terme, et dont la performance monstrueuse a largement été saluée.

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Car c’est bien sur lui que repose tout l’enjeu de House of Saddam : en choisissant d’aborder le règne de Saddam Hussein en redonnant toute sa dimension humaine au personnage, la série prenait le risque de susciter l’empathie et, au-delà de les expliquer, de justifier des agissements dont elle n’occulte rien. Ce n’est pas le cas, car Yigal Naor parvient, sans jamais tomber dans la caricature, à transcender le personnage pour le maintenir au niveau de la figure symbolique du tyran, tout en lui insufflant une humanité dérangeante.

Derrière l’homme, on songe à Staline ou à Hitler dans ses derniers instants, et c’est ainsi que le personnage acquiert cette dimension archétypale : celle du despote assoiffé de pouvoir et de contrôle, monstre sanguinaire terrifié à l’idée de la chute inéluctable. Il y a quelque chose du mythe ancien chez ce Saddam-là, et c’est précisément dans la mise en scène de l’Hubris (orgueil démesuré attirant la colère des Dieux) que House of Saddam peut se permettre de résumer son histoire à celle d’un homme.

Discutable sur la forme, forcément polémique en raison de partis pris discutables, House of Saddam n’en demeure pas moins un récit édifiant : la série parvient à s’affranchir des réserves légitimes que l‘on peut émettre à son encontre, en dressant le portrait d’un Saddam Hussein symbolisant un pouvoir tyrannique devenu fou, qui dévore les siens et précipite sa propre déchéance. Sur la situation politique en général, la série manquait clairement de recul au moment de sa sortie ; aujourd’hui, elle apparait d’une actualité troublante au regard d’évènements plus récents, survenus dans les pays arabes au cours des dernières années. De Saddam Hussein à Kadhafi en passant par Moubarak : regarde les hommes tomber…

House of Saddam 4 épisodes de 52 minutes.

OCS City – à partir du Jeudi 30 Juillet à 20H40.

Disponible en replay.