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Il était une fin…Mad Men (AMC)

Il était une fin…Mad Men (AMC)
Claire Tirilly

Il est de ces séries dont la fin sera discutée, analysée, travaillée jusqu’à la fin de notre ère sérielle, de Lost à St Elsewhere, en passant par Les Sopranos. Mad Men vient d’entrer dans la danse. Retour sur la fin d’une série culte. Encore une.

Mad Men, à la base c’est ce conte d’une génération dorée, qui vit l’Amérique des grands jours, du pouvoir et de l’argent. Le récit d’un monde ultra feutré et peu connu, de ceux qui font la culture populaire cachés derrière des slogans épiques. Un monde assis sur ses principes. Et dans ce monde, il y a Don Draper. Une étoile filante, un homme à la créativité rare, qui a tout pour lui. Une femme belle à tomber, de l’argent, une famille… Et autour de lui toute une galerie de personnages iconiques de son époque.

Mais ce point de départ est sans cesse décousu et recousu au fil des 7 saisons que constitue la série. Le regard se fait autant portrait d’une époque vouée à changer que celui d’un homme qui n’accepte pas lui même d’avoir changé et de continuer constamment à le faire.

Mad Men raconte des hommes fous, visionnaires parfois, prêt à prendre de gros risques, mais aussi qui se cherchent, se découvrent. C’est aussi le récit d’un homme perdu.

Et c’est à cela que va s’attacher la fin de la série.

Après avoir claqué la porte de McCann et Coca Cola pour une fille aussi paumée que lui, Don Draper s’est retrouvé sur la route un peu par hasard, passant sans cesse de l’homme brillant et sûr de lui à l’enfant perdu.

Alors qu’il joue les cadors dans un coin perdu des Etats Unis, à pousser des records de vitesse sur une voiture insolente, et qu’il se dirige vers Los Angeles pour découvrir la suite de son péril, Don est frappé par l’annonce de la fin proche de Betty.

Betty a rarement été aussi aimable que depuis qu’elle s’aprête à mourir. Elle a accepté cette notion et a pris les décisions qui s’imposaient. Elle est posée, calme, décidée et remet les choses à leur place quand Don s’emballe pour parler de la garde des garçons après son décès. Elle est l’antithèse de Don dans cet instant. Et cela lui fait perdre pied.

L’épisode va donc regarder Don, une fois de plus, tenter de reprendre le contrôle sur sa vie, mais aussi le forcer à regarder en face, avec honnêteté pour une fois, ce qu’il en a fait. Il faudra une métaphore aussi ridicule que touchante (un peu à l’image de certaines publicités écrites par Draper) pour que l’homme dépasse ses échecs et accepte qu’il vit entre autres pour être aimé et voulu par les autres.

7 saisons pour en arriver là. 7 saisons à passer de manière presque maniaque de la réussite absolue au désespoir. 7 saisons à ne voir que son plaisir immédiat, et s’en punir. Tout ça pour être réglé en un coup de cuiller à pot dans un lieu de retraite paisible. Ce n’est pas la destination qui compte, c’est le trajet.

Le trajet dessiné par Matthew Weiner avait tout du tragique. C’était sans compter sur Don Draper lui même, qui, victime de son passé, de ses affres, de sa personnalité, retombe tout de même sur ses pattes.

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Draper a longtemps vu son usurpation d’identité comme son crime ultime, dont il a pourtant été absout par les femmes de sa vie, Peggy, Faye, Megan, Sally et même Betty. Mais ce n’était pas suffisant. En pleine crise, il est finalement accepté, presque malgré lui, par ses pairs lors de cette saison.

Il a “gâché toute sa vie”. Il a pourtant eu un impact décisif sur la carrière de Peggy, a accepté les changements sociétaux qui s’imposaient à lui, à sa manière. Il a fait de Sally une femme forte, peut-être en dépit de lui-même. Il a vécu tout ce que la vie avait à offrir, a saisi les opportunités quand elles s’offraient à lui. Don Draper est une success story.

Dans la scène finale, il est finalement en paix avec lui même, prêt à une nouvelle vie. Et puis il y a la pub de Coca Cola. Recentré, Don a probablement retrouvé sa place unique au sein de McCann, s’ouvrant sur une ère hippie et pourtant hyper commerciale.

Et que peut-on attendre d’autre d’un homme dont les échecs sont aussi puissants que les réussites? Don ne fait pas dans la juste mesure, il ne l’a jamais fait, et quand il a essayé, sa créativité, et une part de lui même, en ont pris un coup.

La fin de Mad Men, quand on y pense, est aussi géniale que prévisible. Don ne se suicide pas. Non pas qu’il n’en ait pas envie mais parce que ce n’est finalement pas son destin. Mais au delà de Draper, tout fini aussi par s’emboîter comme prévu.

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Joan a toujours été une “working girl”. Elle s’est défini par son travail, se libérant de la pression du mariage et de l’amour, assumant toujours son indépendance. Après avoir travaillé toute sa vie pour s’assurer à l’abri du besoin, tant elle que son fils, le final lui offre la chance de travailler pour le plaisir. De faire le choix en toute conscience de faire ce qui lui plait, libérée de la pression des hommes. Mad Men a toujours conçu Joan comme une femme libre. Dans cet épisode, il lui donne finalement entièrement cette liberté.

Peggy a gagné la reconnaissance qui l’attendait, et qui l’attend encore. L’épisode final lui offre des scènes magnifiques et typiquement Peggy-esques. Déterminée, un peu perdue par les possibilités qui s’offrent à elle et se découvrant finalement amoureuse, un peu malgré elle.

La relation Peggy/Don était l’un des fondements de la série, l’un et l’autre se construisant et se déconstruisant tour à tour dans cette danse. Mais ils doivent se placer dans une notion d’égalité pour avancer. Peggy doit se libérer de son mentor et l’accepter tel qu’il est: un chat qui retombe toujours sur ses pattes. En se découvrant dans une relation saine et équilibrée et finalement depuis des années (merci Stan) Peggy s’est déjà libérée et avance vers un futur brillant. Nul n’en doutait.

Après une bonne crise de la cinquantaine, il semble que la fusion avec McCann ait retiré un poids des épaules de Roger qui finit par se poser avec une femme aussi fantasque que lui, mais finalement bien calme. Evidemment.

Quand aux autres, les Pete Campbell et les Harry Crane, ils ont pris en main leurs destins en cours de route et semblent avoir transformé l’essai.

Le hasard faisant bien les choses, le dernier épisode de Happy-ish, diffusé le même soir, utilise aussi cette publicité de Coca Cola. La série met en scène un homme coincé dans sa vie, à peu près heureux et qui bosse dans la pub de nos jours. La publicité sert alors de contrepoint entre une génération cynique (les quarantenaires) et une génération optimiste (les millenials, les jeunes). Comme quoi…

Don Finale

Mad Men aura exploré brillamment les 60’s, nous aura rappelé qu’on était nous aussi bien assis sur des notions qui nous semblaient évidentes, mais que le combat n’était peut-être pas fini.

C’était bien.

Crédits: AMC