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Un Commentaire

Il était une fois un showrunner: Aaron Sorkin (3/5)

Il était une fois un showrunner: Aaron Sorkin (3/5)
Christophe Brico

Si Sports Night fut la première série d’Aaron Sorkin a avoir été diffusée, c’est dès 1997 que le projet de The West Wing naît, presque par hasard. Encore aujourd’hui considéré comme un monument de la télévision, le show politique auquel tous les autres (et ils sont désormais nombreux) se comparent a su transformer la maison blanche et la politique américaine en un réel sujet de fiction.

C’est alors qu’il vient de terminer le 3ème et dernier film de son contrat avec Castlerock, Le Président & Miss Wade (The American President), que l’agent de Sorkin lui propose un meeting avec John Wells, Producteur connu pour son travail sur Urgences, alors en contrat avec le network NBC. A ce moment-là, il n’a encore jamais fait de télévision et se projette plutôt dans le théâtre ou le cinéma. Il accepte néanmoins le rendez-vous, sans aucune préparation, de son propre aveu. La veille du rendez-vous, il passe la soirée chez Akiva Goldsman (le scénariste oscarisé de Un Homme d’exception de Ron Howard), et alors qu’ils s’isolent pour fumer une cigarette, et en parlant du rendez-vous à venir avec Wells, Goldsman suggère à Sorkin de faire un show sur “The American President”. Bien lui en pris, car le lendemain, ce n’est pas seulement John Wells que Sorkin rencontre, mais également plusieurs agents et exécutifs. Reprenant la suggestion de son ami “Kivi” (c’est ainsi que l’on surnomme Akiva Goldsman), à la question “Que voulez-vous faire?”, il répond : “Une série sur l’équipe du Président à la Maison Blanche” et à John Wells de rétorquer : “Nous avons un accord”. C’est l’étincelle qui donna naissance à A La Maison Blanche. Le processus fut néanmoins long à aboutir, affaire Monica Lewinski oblige, la chaîne fut réticente à lancer le show, trouvant la conjoncture inappropriée, le ton trop “libéral” (entendez par là, “de gauche”). Finalement c’est en 1999 que The West Wing prendra son envol. L’essentiel du show sur une administration démocrate aura donc eu lieu sous une présidence républicaine !

west wing

“I’m really quite something”

Quand on regarde aujourd’hui le film de Rob Reiner, Le Président & Miss Wade, écrit par Sorkin, on se rend compte à quel point celui-ci contient les germes du show dont il sera la source. En effet, de l’aveu de Sorkin lui-même, le script du film faisait 385 pages, et moins de la moitié furent utilisées au final. Il conçu donc les premiers épisodes de The West Wing avec les restes. D’autant plus surprenant que l’on retrouve dans le film Martin Sheen, qui là interprétait le “Chief of Staff” (rôle de Leo Mc Garry interprété par John Spencer dans la série), qui incarnera pendant 7 ans le Président Bartlet. La formule est similaire à celle de Sports Night : Un workplace drama avec un ensemble cast. Seuls le contexte et la durée changent. On passe d’une émission de télévision sportive à la Maison Blanche et les grands débats politiques et de société, et de 23 à 45mn par épisodes (avec le même nombre d’épisodes par saison).

The West Wing

Le casting de la série fut également tout un processus. Si le nom de Martin Sheen arrive rapidement pour incarner le Président Bartlet, ce personnage ne devait au départ être que secondaire, l’ensemble du show étant centré sur les différents membres du staff présidentiel. John Spencer (Leo McGarry) était le premier choix de Sorkin, et bien lui en a pris. Bradley Whitford (Josh Lyman) avait déjà auditionné avec succès pour Sports Night, mais avait préféré passer l’opportunité pour un autre show qui finalement fut annulé. Il ne refera pas la même erreur avec A la Maison Blanche ! Enfin pour le personnage de Rob Lowe, l’histoire est plus intéressante puisque, initialement, Sorkin ne voulait pas d’une seconde star de cinéma dans le show pensant que cela pourrait déséquilibrer le reste du cast. Néanmoins, Lowe obtint tout de même l’audition pour le personnage de Sam Seaborn, et n’a eu besoin que d’une des trois scènes qu’il avait préparées. Sorkin fut immédiatement convaincu que non seulement l’acteur était excellent, mais surtout que cet acteur en particulier lui ouvrait toute une dimension dramatique autour du jeune intellectuel qui ne se rend pas compte à quel point il est séduisant. Rob Lowe obtint donc le rôle de Sam Seaborn, qui devait, initialement, être un peu le personnage central du show. Citons enfin dans le désordre, Richard Schiff, dans le rôle de Tobe Ziegler, Alison Janney dans celui de C.J. Cregg, Dulle Hill dans le rôle de Charlie Young, et evidemment Joshua Malina, qui n’apparaîtra qu’à partir de la saison 4, dernière saison dont Sorkin sera Showrunner.

What is the virtue of a proportional response ?

the west wing

Au fil de la série la structure de chaque épisode bougera peu. En général il y a trois histoires racontées simultanément dans chaque épisode. Une partie de l’épisode est dédiée à une histoire au long cours, qui sert de fil rouge au show, une histoire politique et une histoire plus légère. Cette structure permettra au show de ne pas être aride, mais à la fois une grande série sur la durée, durant laquelle nous serons spectateurs de turpitudes politiques de l’administration Bartlet, à la fois d’un point de vue géopolitique, que politicien. La série pourra également aborder toute une série de sujets de société, et enfin gardera un ton amusant et fun. Bien entendu, l’écriture de Sorkin, la caméra de Schlamme et son “Walk and Talk” développé sur Sports Night, et enfin la modernité de Wells seront le cocktail qui fera le succès de The West Wing. La série obtiendra 26 Emmys, dont neuf pour la seule première saison. Et si l’audience ne sera là réellement qu’à partir de la saison deux, à son pic la série réunira autour de 18 millions de téléspectateurs. Comme pour Sports Night, le titre de l’ultime épisode de la saison 1 sera “What kind of day has it been”.

santos

Aujourd’hui encore, l’héritage de la série est extrêmement présent. On citera des séries comme Scandal, House of Cards, ou encore plus récemment Madam Secretary, entre autres, qui tous doivent faire face à la comparaison. La série a également accueilli un grand nombre d’acteurs, connus ou inconnus, comme Connie Briton (Nashville), Matthew Perry (Friends), Jeff Perry & Bellamy Young (Scandal), Clark Gregg (Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D.), Jane Lynch (Glee), Zljko Ivanek (Madam Secretary), William Devane (24), ou encore John Goodman, Evan Rachel Woods pour ne citer qu’eux. Au fil de 7 saisons, The West Wing aura su maintenir une histoire qui se tient, des personnages forts et ce malgré le départ de Rob Lowe en saison 4, et le décès de John Spencer. C’est sans doute, au départ, la conjonction de multiples facteurs qui font la qualité du show. Bien entendu l’écriture efficace de Sorkin alliée à la mise en scène de Schlamme y sont sans doute pour beaucoup. Le duo a pu ici mettre en pratique les expériences de Sports Night, sans avoir la contrainte du sitcom, mais en pouvant faire usage de l’expertise du rythme que le genre induisait. De plus, Sorkin est un auteur qui a des opinions claires sur le monde et la politique et ne s’en cache pas. Dès lors, A La Maison Blanche n’est pas seulement un show “froid” sur la politique, mais aussi un pamphlet et une oeuvre pédagogique sur la plus importante des institutions américaines.

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A la fin de la saison 4, ayant à la fois du mal à tenir ses deadlines et souffrant de sévères problèmes d’addiction, Sorkin quittera le show, suivi de près part Thomas Schlamme, laissant les rênes à John Wells qui poursuivra pendant encore 3 ans, donnant à cette grande histoire une réelle (et prophétique) fin. Il faudra 4 années avant que Sorkin retourne à la télé pour ce qui sera sans doute son plus cuisant échec sur ce média. Pour autant, The West Wing reste encore aujourd’hui la pierre angulaire de son oeuvre télévisuelle, et une série à voir et revoir.

Crédits: NBC
Retrouvez Il était une fois un showrunner: Aaron Sorkin (1/5)
Retrouvez Il était une fois un showrunner: Aaron Sorkin (2/5)

Retrouvez notre émission face à face Scandal vs The West Wing ici