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Il était une fois…Veronica Mars (2/3): Veronica Mars saison 2

Il était une fois…Veronica Mars (2/3): Veronica Mars saison 2
Charlotte Calignac

La saison 2 de Veronica Mars est la première saison que j’ai jamais suivie en live, en visualisant les épisodes le lendemain de leur diffusion et en supportant d’insoutenables hiatus à Noël, en février et parfois à d’autres moments. C’est donc la première fois que j’ai pu imaginer ce qui allait se produire d’un épisode à l’autre, ou littéralement « digérer » un épisode. Et cette saison 2, il faut la digérer parce qu’elle fait un peu l’effet d’une grosse claque dans la figure.

La saison 2 s’inscrit comme la suite on ne peut plus logique de la saison 1 dont elle gère les conséquences de façon assez exemplaire. Pour une série procédurière avec « l’affaire de la semaine », un réel effort a été mis en place pour analyser et explorer des thématiques sur plusieurs épisodes, contribuant au maintient d’un univers très crédible. Les personnages principaux ont des axes qui culminent à la fin de la saison et qui sont satisfaisant.

À part à deux moments où l’on sent que les scénaristes n’avaient pas anticipé l’impact émotionnel de leurs scènes, tout fonctionne très bien. Pour la petite histoire, ces moments sont l’engueulade de Keith envers Veronica dans le 2.10 car elle lui a menti sur son implication pour aider Duncan à fuir avec sa fille et celui où Kendall arrive juste après la déclaration de Veronica à Logan à la toute fin du 2.20, deux scènes très poignantes qui n’ont aucune conséquences par la suite. Rob Thomas avouera avoir sous-estimé l’impact de l’alchimie des acteurs par rapport à l’écriture et pensait ces scènes moins dramatiques qu’elles n’ont été. Au moment de la post-production des épisodes, les scénarii des épisodes suivants étaient déjà écrits et validés.

Cette réussite sur le plan scénaristique est d’autant plus impressionnante que la chaîne, pour booster les audiences, impose deux nouveaux personnages à la série : Christina Carpenter, deuxième alumni de Buffy (que Rob Thomas adore) pour appâter le chaland, voire attirer un public (masculin) plus âgé, et Tessa Thompson probablement pour des raisons de quotas. Globalement, les scénaristes construisent correctement leurs personnages pour les faire appartenir à l’univers de façon convaincante.

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Cette saison 2 n’a pas fonctionné en termes d’audience pour une raison simple : il a été difficile de fidéliser de nouveaux téléspectateurs, en sachant que l’Américain moyen ne regarde qu’un épisode sur quatre d’une série . Autant dire que pour suivre cette saison, il valait mieux être là chaque semaine car elle était vraiment alambiquée et comptait sur l’intelligence des spectateurs.

Sur vingt-deux heures, Veronica doit gérer ses amours, un accident de bus, les conséquences du jugement d’Aaron Echolls pour le meurtre de Lilly Kane, son amitié avec Wallace, ainsi qu’un tas d’autres affaires qui la touchent de plus loin mais qui se dessinent sur plusieurs épisodes. C’est l’occasion de donner de vraies storylines à Logan et Weevil qui se croisent, ou une autre à Duncan (même s’il part par la suite), et l’ensemble très fourni peut décourager quelqu’un qui ne connaît pas l’univers ni les personnages. Quelqu’un qui ne peut, du coup, pas apprécier les apparitions de guests.

Personnellement, j’ai adoré la saison 2 parce qu’elle récompensait la fidélité. D’une semaine à l’autre, on voyait les conséquences de l’épisode précédent, on collectait les indices sur l’accident du bus, on reliait des arcs narratifs qui avaient l’air parfaitement indépendants et qui finalement ne l’étaient pas tant que ça. C’était très bien joué, et du coup absolument impossible de deviner la résolution avant qu’elle ne soit écrite sous nos yeux.

Et pour être très sincère, je n’y ai pas cru jusqu’à ce que Cassidy Casablancas se retrouve debout sur le toit à murmurer « Why not? That’s what I thought. » à Logan tandis que Veronica sanglote en arrière-plan. C’était difficile à croire, et un bel exemple de la façon dont Rob Thomas prévoyait ses saisons. Il avait dit avoir prévu sa saison 2 au moment où l’épisode 1.20 était en cours d’écriture. L’épisode 1.20, c’est celui dans lequel Cassidy « Beaver » Casablancas apparaît pour la première fois. Je dis bravo.

L’idée de faire d’un personnage récurrent, très apprécié par les fans, un meurtrier violeur abusé était non seulement couillu mais très bien pensé. Kyle Gallner était fantastique dans ce rôle de jeune homme fragile, brisé et cruel à la fois.

Par contre, j’ai un problème avec un détail d’importance dans cette révélation, c’est le « retcon » (la continuité rétroactive) de la soirée chez Shelly. En saison 1, Cassidy avait dit à Veronica que Dick et Luke l’avaient laissée seule avec lui pour qu’il perde sa virginité tandis qu’elle était inconsciente. En saison 2, Veronica apprend que Woody et elle ont la même MST et que le lien entre eux, c’est Cassidy. Elle comprend donc que ce dernier a menti en saison 1 et qu’il l’a bel et bien violée.

Et là, je n’ai jamais trouvé d’explication de Rob Thomas en interview sur ce sujet. Mais à mon sens, Cassidy était déjà un meurtrier de masse, un manipulateur prêt à tout. Ce n’était pas la peine de rajouter par dessus la violence d’un nouveau partenaire le soir où Veronica et Duncan ont couché ensemble pour la première fois. Veronica avait « fait la paix » avec cette soirée sordide, satisfaite par les réponses de Duncan. Pourquoi rajouter Cassidy à la soirée ? D’autant que ça remet en question la nuit. Comment Veronica a-t-elle pu être inconsciente pendant que Cassidy la violait, puis parfaitement consentante et éveillée un tout petit peu plus tard lorsque Duncan arrive ? Même drogué, il ne s’est pas rendu compte que Veronica saignait ? Ce choix scénaristique, parfaitement dispensable, me reste encore à l’heure actuelle en travers de la gorge. C’est de la violence pour de la violence et compte tenu du sujet, ce n’était pas la peine de faire du glauque gratuit.

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D’autant que le refus de la série à montrer de la violence était tout à son honneur. Car le peu de fois où il y en a eu du coup, cela faisait l’effet d’un électrochoc. Quand Veronica se retrouve sur une table de billard, essayant de s’enfuir avec son bon vieux taser, quand Weevil fait torturer Logan afin d’être sûr qu’il n’a pas tué Felix, ou quand Lucky entame une reproduction de Bowling for Columbine — The Neptune Version, on tremble pour les personnages et on comprend pourquoi ils réagissent aussi viscéralement.

J’ai beaucoup aimé aussi le cynisme appuyé de la série qui manie le « happy ending » avec beaucoup d’amertume. Aaron Echolls est le nouveau O.J Simpson qui s’en sort parce qu’il a de bons avocats qui parviennent à détruire la défense de Veronica ; cette dernière ne peut aller à Stanford où elle est acceptée parce qu’elle ne va pas à son dernier exam pour voir le meurtrier de Lilly derrière les barreaux. Il n’y a pas de justice dans le monde de Veronica Mars, pas même pour Felix Tombs dont le meurtrier n’est jamais arrêté. Dans un teen drama, c’est assez rare. Les auteurs privilégient généralement le réel happy ending, ou le drame pur et simple. Pas une sorte d’amertume à l’arrière-goût de réalité.

Tout n’est pas à garder en saison 2, mais la façon dont le mystère général a été construit, permettant de rencontrer d’une façon ou d’une autre chaque victime, d’apprendre des détails sur eux au détour d’un épisode qui n’est pas directement lié au mystère à proprement dit, est quelque chose qui changeait de la dynamique de la saison 1 et qui lui a beaucoup réussi.

Comme en saison 1, mon petit top 5 des épisodes de la saison 2 !

S2E01 — Normal is the Watchword : parce qu’il est un excellent épisode de reprise avec de très bons one-liners, une bonne introduction des nouveaux personnages et un jeu sympathique avec l’audience sur ses attentes.

S2E13 — Ain’t No Mountain High Enough : car Logan joue de tout son charme sur une pauvre victime adorable, car Veronica est hilarante lorsqu’elle se sent attaquée et qu’on entrevoit enfin un peu d’humanité chez Jackie, car Cassidy et Mac sortent officiellement ensemble et que c’est aussi la première fois qu’on voit à quel point Cassidy peut faire peur.

S2E17 — Plan B : parce que cet épisode est l’un des plus cyniques donnés à voir. Que Logan gagne le concours sur une citation vaseuse, que le maire annule les interviews médiatiques quand il réalise qui il a sélectionné. Je passe sur la scène de danse entre Logan et Veronica, le top du top c’est le montage final sur une musique pop et l’image de Logan « tuant » Thumper sans le savoir et la confession de Weevil sur les rires naïfs des enfants qui causeront sa perte.

S2E20 — Look Who’s Stalking : je ne vais pas mentir c’est uniquement pour le plus total fan service du bal de promo où il y a un ascenseur de l’espace, que Veronica a sa revanche et parce que « Noone writes songs about the ones that come easy ». Damn. I repeat : damn.

S2E22 — Not Pictured : parce que neuf ans plus tard, je pense que c’est toujours le meilleur season finale que j’aie jamais vu. Que les échos faits au season premiere entre Logan et Veronica sont visuellement réussis, que l’épisode n’est qu’une suite de contrecoups qui en font une montagne russe émotionnelle et que c’est pour des épisodes comme ceux-là que j’aime la télévision.

Mention honorables aux épisodes S2E07 (pour l’aspect flippant des familles de Neptune très réussi), S2E10 (pour la douleur de Logan qui commet du coup l’erreur qui libérera son père), et au S2E18 (pour les flashbacks et les rêves très chouettes).

La saison 2 est donc une belle réussite. Si vous voulez garder une bonne image de Veronica Mars, arrêtez-vous après le S2E22, et ignorez ce qui se passe lorsque Keith ouvre la valise. Partez du principe que c’est plein de cookies et que Veronica part en vacances peinarde.
De rien.

Quant au mystère du dernier article, c’était Weevil, le frère de Jesse dans Sauvez Willy 2 !

Crédits: Warner

Retrouvez Il était une fois…Veronica Mars (1/3): Veronica Mars saison 1