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[Interview] Paco Cabezas : “Je suis venu sur Penny Dreadful comme un enfant, enchanté d’être là»

[Interview] Paco Cabezas : “Je suis venu sur Penny Dreadful comme un enfant, enchanté d’être là»
Fanny Lombard Allegra

En deux saisons aussi diaboliques que remarquables, Penny Dreadful a conquis son public. Portée par un casting impeccable (au premier rang duquel une extraordinaire Eva Greene) et une esthétique soignée, elle s’est imposée en mélangeant personnages de la littérature victorienne classique et grands mythes de l’horreur qu’elle fait évoluer dans une Londres gothique à souhait. La noirceur, l’intensité et la qualité de l’écriture ont fait le reste. C’est dire si le retour de la série, annoncé pour le mois de Mai, est attendu avec impatience… Nouveau venu dans l’aventure, le scénariste et réalisateur Paco Cabezas est un fan de la première heure. Remarqué au cinéma pour le thriller Aparacidos / The Appeared, Neon Flesh (qu’il a écrits et réalisés) ou encore Tokarev, c’est donc avec beaucoup d’enthousiasme qu’il s’est glissé derrière la caméra pour 4 nouveaux épisodes.  Le tournage achevé, il a accepté de répondre aux questions de Season One, et de nous en dire un peu plus sur son travail et sur cette troisième saison…

Season One: Au cours de votre carrière, vous avez écrit et réalisé vos propres films. Sur Penny Dreadful en revanche, vous intervenez sur une série préexistante, et qui possède par conséquent son propre ton et sa propre atmosphère. Comment avez-vous rejoint la série, et comment vous êtes-vous adapté à son univers si particulier ?

Pacos Cabezas: Et bien d’abord, le showrunner John Logan et Showtime m’ont appelé parce qu’ils avaient vu Neon Flesh et l’avaient adoré ; avant ça, j’avais fait un film d’horreur qui s’appelle The Appeared, qu’ils avaient également vu, et je pense que la confrontation des deux films leur a donné  l’intuition que j’étais peut-être le bon choix pour faire le job. Je pense que ce qu’ils ont compris, c’est que j’aime beaucoup travailler avec les acteurs, que j’obtiens d’eux d’excellentes prestations,  que je sais raconter une histoire à travers la caméra, et en plus des éléments propres à l’horreur et au gothique, c’était les deux principaux éléments qu’ils recherchaient chez un réalisateur. Et puis, je suis un fan depuis le premier épisode, et en m’entretenant avec eux j’ai tout de suite dit combien j’aimais la série parce qu’au final, elle parle d’une famille dysfonctionnelle de monstres, et il y a beaucoup de cela dans mes films.

Season One: Jusqu’à présent, vous avez surtout travaillé pour le cinéma. A la télévision, on dit qu’il y a généralement moins de temps pour tourner, des délais à respecter, un planning strict pour chaque épisode… D’après votre expérience de réalisateur de cinéma et de télévision, quelles sont les différences que vous mettriez en avant ? Comment affectent-elles votre travail ?

P.C: Je pense que la manière dont fonctionne le cinéma aujourd’hui, c’est un cliché. Je viens du cinéma indépendant où chaque minute, chaque dollar ou chaque euro compte ; ici c‘était pareil et je n’ai pas vu de différence. En fait sur Penny Dreadful, j’ai même eu plus de temps pour répéter et travailler avec les acteurs, grâce à John Logan et aux producteurs qui comprennent combien il est important que l’interprétation soit en phase avec le scénario. Honnêtement, j’ai eu davantage de temps sur la série que je n’en ai eu sur d’autres films.

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Season One: Au cours des 10 ou 15 dernières années, les séries télévisées sont devenues plus ambitieuses et plus créatives, certaines soutenant même la comparaison avec des productions cinématographiques. On évoque même parfois un nouvel âge d’or de la télévision. Que pensez-vous de cette évolution? Pensez-vous que les deux supports sont rivaux, ou y a-t-il une complémentarité, par exemple dans la manière dont ils s’influencent l’un l’autre ?

P.C: Je pense que la différence principale, c’est qu’à la télévision le showrunner est le roi et c’est génial. La plupart du temps, le showrunner est un auteur, qui écrit la série, qui comprend la série, qui a une certaine sensibilité et la chaîne comprend que c’est vraiment, vraiment important. Au cinéma, malheureusement, on passe à la production sans réellement se soucier du scénario parce qu’il y a tellement d’argent en jeu qu’on pense que tout doit tourner autour de ce que veulent les stars – ou de ce qu’un des grands patrons du studio pense qu’elles veulent. Mais au final, le public s’attache de façon émotionnelle à une histoire et aux personnages, et c’est ce que font les grands showrunners comme John Logan – apporter un soin particulier aux émotions. Heureusement, Showtime l’y encourage. Alors au final, on peut parler d’évolution mais on en revient à un cinéma où l’argent n’est pas le roi, et où le scénariste et le réalisateur peuvent travailler ensemble.

Season One: Revenons à Penny Dreadful ! Aviez-vous regardé toute la série avant d’être contacté pour réaliser des épisodes de la saison 3 ? Qu’est-ce qui vous a le plus surpris sur le plateau, et qu’est-ce que cela fait de travailler avec des acteurs aussi formidables ?

P.C: Comme je l’ai dit, j’étais déjà fan de la série quand on m’a contacté, et la première fois que j’ai visité les studios et que j’ai parlé avec les acteurs, je n’ai pas pu m’empêcher d’en profiter d’abord en tant que fan. Je pense que c’est épuisant de s’impliquer émotionnellement dans une série pendant trois ans, et donc je crois que Eva [Greene], Josh [Harnett], Tim [Timothy Dalton] et les autres acteurs ont vraiment apprécié l’énergie que j’ai insufflée, je crois qu’ils ont pu voir dans mes yeux à quel point j’étais excité à l’idée de travailler avec eux sur Penny, l’énergie que je voulais apporter. Faire un film ou une série TV repose d’abord sur l’énergie : si vous donnez, on vous donne en retour. On dirait une connerie new age mais d’une certaine manière, c’est la vérité. Je suis venu sur la série en tant que fan, comme un enfant fasciné et enchanté d’être là ; j’ai fini par réaliser quatre épisodes et je suppose que c’est parce qu’ils ont tous adoré cette énergie.

PENNY DREADFUL (Season 2)

Season One: Sans trop en dévoiler sur cette nouvelle saison, pouvez-vous nous dire ce qu’on peut attendre de ces nouveaux épisodes ?

P.C: Et oui, je ne peux pas vous dire grand-chose. Mais je peux vous assurer, en tant que fan, que j’ai été soufflé par la qualité de l’écriture et par les choses époustouflantes qui vont arriver cette saison – réaliser le dernier épisode était particulièrement fantastique, et je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer en regardant mon premier montage.

Season One: Avez-vous déjà envisagé d’écrire et de réaliser votre propre série télévisée, d’en être le showrunner et de garder la main sur l’ensemble ?

P.C: Peut-être, je ne sais pas. J’apprécie vraiment le processus collaboratif, on apprend beaucoup et il y a un vrai plaisir à travailler avec des gens créatifs. De John au directeur artistique en passant par les costumes ou le maquillage, tout le monde apporte quelque chose de fantastique, et il faut savoir rester humble et être ouvert à tout cela. En tant qu’auteur, vous êtes toujours seul, à écrire dans votre chambre, et c’est pour ça que je ne veux pas vraiment tout faire par moi-même ; je préfère le processus de collaboration.

De toute évidence, vous êtes un grand fan de cinéma, biberonné aux vidéos cassettes et aux sorties sur grand écran ; vos films sont bourrés de références… Qui citeriez-vous comme une influence majeure sur votre travail ? Comment  ces références ont-elles coïncidé avec l’univers de Penny Dreadful  ?

P.C: Scorsese, Kubrick et Sam Raimi sont probablement les trois réalisateurs qui m’ont le plus influencé. Scorsese pour la manière dont il fait bouger la caméra et pour son attrait pour des personnages tordus et vicieux, qu’il parvient à rendre sympathiques. Kubrick, c’est Kubrick, et à chaque fois qu’il aborde un genre, il le redéfinit. Et pour moi, Raimi représente tout le fun que l’on peut tirer de l’horreur et la façon dont on peut s’en amuser. Je veux que le public s’attende à… l’inattendu ! Je pense que ces trois réalisateurs incarnent parfaitement ce que j’ai voulu apporter à Penny Dreadful.

[Propos recueillis et traduits par Fanny Lombard Allegra]

Crédit photos : Hannibal Classics – Jacqueline Sekula / Showtime.

Penny Dreadful – Saison 3 – 1er mai 2019 sur Showtime.