Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

Pas de commentaires

Invitation au voyage…dans le générique de Sense8

Invitation au voyage…dans le générique de Sense8
Christophe Brico

Si l’on se réfère à la définition communément admise, le générique d’une série télé est tout simplement la partie où l’on indique le titre, les noms des acteurs et des divers collaborateurs. Bref, un simple objet technique destiné à aligner une série de noms et pourtant… Pourtant ils sont bien plus que ça, particulièrement dans les séries télés dont ils font sans aucun doute partie intégrante. Ils sont la “page de présentation de la série”, une sorte de concentré de celle-ci et de son ambiance. Mais ils sont aussi bien souvent des objets d’art et parfois même des objets cultes pour les fans. Arrivée cahin-caha vers le public et depuis série à “sensation” de 2015, Sense8 est un show qui se démarque à plus d’un titre. Si dans la forme le générique reste assez conventionnel, il porte la plupart des thèmes du shows dès cette première minute cinquante d’ouverture.

Retrouvez notre dossier sur la série ici

Cela commence par un écran titre indiquant “Sense8”. Contrairement à de nombreux shows, le titre n’est pas la conclusion du générique mais son introduction. L’entrée dans l’univers si particulier de la série est clairement indiqué dès le départ.

Thème au piano en ouverture, et l’aube sur San Francisco. Ce sont les premières images qui nous sont offertes : Les 9 endroits dans lesquels la série se déroule simultanément. San Francisco, Chicago, L’Islande, Londres, Berlin, Mumbai, Mexico City et Nairobi. Images urbaines, presque touristiques qui mettent en évidence le premier thème fort de la série. En effet, Sense8 est une série du cosmopolitisme, du monde-village.

Alors qu’une guitare électrique fait sont apparition dans le thème musical, une première image de nature apparaît. Une cascade, une image qui semble anonyme. Mais juste après les villes, théâtre d’opération de cette histoire, c’est le premier élément d’un autre thème fort de la série : la relation nature/culture. Avec une nature, dans ce générique, souvent puissante. Puis alors que la guitare monte crescendo, une image étrange apparaît : Un panneau lumineux indiquant “Twin Peaks”. Hommage ? Sans doute. Sense8, comme Twin Peaks sont des séries qui utilisent le fantastique pour porter un discours plus large, plus fondamental. Mais surtout ce plan est intéressant car, en arrière plan du panneau lumineux “Twin Peaks”, on peut voir un drapeau arc-en-ciel (L’expression “Rainbow flag” est plus courante), emblème désormais universelle des gays, et plus généralement de ce que l’on labellise sous l’acronyme LGBT. Et nous voila avec un des autres thèmes forts de la série, sans doute un de ceux qui a fait couler beaucoup d’encre : le rapport au genre, à la sexualité, et avec cela à la société. Dans cet unique plan, on a ensemble deux symboles forts, une icône de l’originalité narrative télévisuelle, et une icône définitivement contemporaine.

sense8

S’en suit toute une série d’images qui alternent nature et culture, les divers lieux dans lesquels se déroulera l’histoire de cette première saison. A ce stade, il est important de dire un mot de ceux qui sont derrière la musique (très réussie) de ce générique. Tom Tykwer et Johnny Klimek signent le score de la série, et donc du générique. Si Tykwer, désormais compagnon de longue date des Wacho (The Wachowskis, Andy et Lana, co-créateurs du show avec J. Michael Straczinsky), ayant co-réalisé avec eux Cloud Atlas, Klimek, lui est le partenaire musical de Tykwer depuis plus longtemps encore. Pour être complet, ils forment avec Reinhold Hell un trio de compositeurs nommé Pale 3. Le générique de Sense8, mêlant arrangement symphonique et quelques instruments plus “électriques”, tonalités majeures et mineures, est à l’image de la série, harmonisant à la fois le grandiose, presque épique, avec l’intime.

A peu près au milieu de cette séquence d’ouverture, un plan montrant un quai de métro sur lequel on peut lire “Mind the gap”. Si au premier degré on traduirait par “Attention à la marche”, dans le cadre de Sense8, on peut imaginer un sens plus large qui nous amène à passer le pas des conventions pour entrer dans ce monde particulier, et plus généralement s’ouvrir l’esprit.

Si la seconde partie du générique accélère le rythme, mais reste sur les mêmes thématiques, nature et culture, identité et genre, avec de nombreuses scènes de danse et de fête, une façon de célébrer cela. jusqu’à un ultime panneau, quasiment en fin de générique qui indique “Kindness is sexy”. La gentillesse est sexy. Peut-être une des morales de cette histoire.

Afin de boucler la boucle, ce générique se conclut sur un crépuscule, au même endroit que l’aube qui était à l’ouverture. A l’instar de la série, le générique de Sense8 met en évidence les thèmes majeurs qui parcourent les 12 épisodes de cette première saison, sans, à aucun moment, rentrer dans cette histoire personnes connectées de manière un peu surnaturelle. Dans la série, cet aspect fantastique est essentiellement un moyen de développer d’autres thèmes, plus fondamentaux, plus charnels. Ces thèmes sont la colonne vertébrale du générique de la série.

Crédits: Netflix