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2 Commentaires

Invitation au voyage…dans le générique de Sons of Anarchy

Invitation au voyage…dans le générique de Sons of Anarchy
Fanny Lombard Allegra

Si l’on se réfère à la définition communément admise, le générique d’une série télé est tout simplement la partie où l’on indique le titre, les noms des acteurs et des divers collaborateurs. Bref, un simple objet technique destiné à aligner une série de noms et pourtant… Pourtant ils sont bien plus que ça, particulièrement dans les séries télés dont ils font sans aucun doute partie intégrante. Ils sont la “page de présentation de la série”, une sorte de concentré de celle-ci et de son ambiance. Mais ils sont aussi bien souvent des objets d’art et parfois même des objets cultes pour les fans. Celui de Sons of Anarchy en est le parfait exemple. A l’occasion des derniers tours de roue des bikers sur Série Club, Season One revient sur ce générique adoré par les inconditionnels de la série et qui nous plonge directement dans un univers de flingues, de cuir et de bitume, au son d’un rock bluesy typiquement américain.

Rappelons brièvement le sujet de Sons of Anarchy. La série retrace les aventures d’un club de motards, basé en Californie dans la petite ville de Charming. Le clan, aussi craint que respecté, est prêt à tout pour maintenir sa mainmise sur la région et vivre selon ses principes de liberté et sa propre loi ; trafic d’armes, corruption et règlements de compte sanglants avec des gangs rivaux sont le quotidien de nos motards. Au sein du club, les tensions et les luttes internes sont exacerbées par le contexte familial : Jax (Charlie Hunnam), le fils du fondateur de SAMCRO, s’oppose à Clay (Ron Pearlman), président du club et second mari de sa mère, Gemma (Katey Sagal). Idéaliste viscéralement attaché au MC, Jax est progressivement rattrapé par la violence qui déchire les Sons of Anarchy.

Le générique en lui-même a peu varié au fil de saisons, s’adaptant néanmoins aux changements de casting imposés par la mort de certains personnages principaux. Signalons également qu’une version irlandaise du thème musical a ouvert plusieurs épisodes de la saison 3, dont l’action se déroulait à Belfast.

Chaque épisode débute par des scènes d’ouverture, parfois longues d’une dizaine de minutes, et un fondu-enchaîné amène au générique. Sur quelques accords de guitare apparait une bande de motards dans le lointain, roulant face caméra ; puis vient une succession de séquences où un élément d’une image décentrée glisse sur l’arrière-plan noir pour former le nom des acteurs : des tatouages, la lame d’un couteau, le canon d’un fusil-mitrailleur, les cordes d’une guitare, le compteur de vitesse d’une moto, le patch d’un blouson de cuir, des bagues portées par une main d’homme, les grilles d’une cellule de prison… Ces images sont entrecoupées de brèves scènes dans des teintes passées qui montrent un drapeau américain claquant au vent, des clichés de la guerre du Vietnam, le panneau d’entrée de la ville de Charming. Enfin, sur un dos masculin surgit un tatouage représentant à la fois le logo de la série et l’emblème du club : la faucheuse grimaçante, tenant dans sa main le A de Anarchie, surmontée du titre ; le tatouage se brouille pour inscrire le nom du créateur du show, Kurt Sutter.

Les images s’enchaînent avec fluidité et, en à peine 35 secondes, elles parviennent à évoquer aussi bien l’ambiance et l’univers de la série que les grandes caractéristiques de ses personnages ou l’arrière-plan dramaturgique. Pris dans leur ensemble, les éléments visuels dessinent en premier lieu le cadre et la thématique de Sons of Anarchy : des blousons de cuir, les patches d’un club, des tatouages, des grosses motos, des armes, les grilles d’une cellule, le A de Anarchy qui se détache de la carrosserie d’une Harley : on est bien dans un gang de bikers, un monde de criminels où règne la violence, avec tous les codes propres à cet univers – plus Hell’s Angels que Harley du cœur.

Ces séquences sont entrecoupées d’images jaunies qui, telles de vielles photos, illustrent le passé et les origines de Samcro. Le drapeau américain, les photos et le panneau de la ville de Charming situent la série moins géographiquement que dans l’inconscient collectif : on est en plein dans le mythe du motard américain, rebelle épris de liberté et ivre de grands espaces. Les photos des soldats et le tatouage de Clay renvoient directement à la guerre du Vietnam : nous apprendrons au cours de la série que les membres fondateurs et en particulier John Teller sont des vétérans qui ont créé le club à leur retour sur le sol américain. Un cas de figure courant dans la réalité, où de nombreux MCs sont ainsi nés de la rencontre d’anciens soldats ayant servi au Vietnam – à l’instar des célèbres Bandidos ; dans la fiction, la référence évoque forcément le grand classique du cinéma Easy Rider, road movie que les Sons of Anarchy rejoignent dans l’idéologie, du moins en théorie : le motard lâché sur les grandes routes aspire à la liberté et se place en rupture avec l’autorité institutionnelle – tout spécialement après la boucherie que fut cette fichue guerre dans les années 60, qui apparaissait comme dénuée de sens – mais au sein d’une communauté soudée qui partage ses idéaux. La route commune, le voyage en groupe dans l’immensité du territoire américain donnent une direction, une signification à leur vie. Une incarnation de la liberté, de l’indépendance et de la rébellion qui traduit l’idée romantique de l’anarchie, délestée de son sens de revendication politique et sociale, et prise moins dans son acception nihiliste que dans sa dimension de refus de se soumettre à un état vécu comme liberticide.

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Prises séparément, ces images sont toutes liées à un protagoniste de la série, dont elles nous esquissent un portrait sommaire tenant dans une caractéristique symbolique, sans même montrer son visage. A tout seigneur, tout honneur : Jax Teller est représenté par le tatouage qu’il porte sur l’avant-bras droit, où figure la tombe de son père, le fondateur du club ; une image forte qui incarne la façon dont le héros est profondément attaché à l’héritage que lui a laissé John Teller et à la façon dont il va, tout au long de la série, tenter de se construire en fonction de cet idéal.

Vient ensuite Gemma, elle aussi rattachée au tatouage qu’elle porte sur le sein gauche – un corbeau, l’un des symboles du club ; placé sur le cœur et effleuré par une main féminine, il évoque à la fois le lien intense qui l’unit à Samcro, et le mélange de force et de douceur qui en font une figure maternelle pour les membres du club. Les autres illustrations sont à l’avenant : Tig, sergent d’armes, actionne un fusil mitrailleur ; Chibs, l’écossais au visage tailladé (et dont le surnom signifie d’ailleurs « couteau » en argot écossais) joue du poignard; Tara est définie par un tatouage de rose entourée de barbelés – symbole d’amour et de souffrance – mais elle le porte dans le dos, caché au regard des autres.

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Le personnage de Piney, vieux compagnon d’armes de John Teller, est représenté par le patch « First nine » marquant son rôle fondateur. Ce sont encore des tatouages qui servent à illustrer le personnage d’Happy ; pour le coup, ce sont vraiment ceux qu’arbore David LaBrava, par ailleurs membre des Hell’s Angels dans la vraie vie. En revanche, le motif tribal que Juice s’est fait tatouer sur le côté du crâne est inspiré d’un des tatouages de Kurt Sutter ; le créateur de la série n’a jamais caché s’être en grande partie identifié au personnage. Quant à Clay, on le voit fumer un cigare tandis que se détache de son épaule un tatouage typique de ceux portés par les vétérans de la guerre du Vietnam – drapeau américain au premier plan.

Enfin, le générique se referme comme il avait commencé, en se focalisant sur un des tatouages de Jax Teller, mais cette fois dans le processus inverse : l’encre ne quitte pas la peau pour s’inscrire dans le décor, mais elle surgit ex-nihilo pour se graver dans la chair du héros. A la fois logo de la série et symbole de Samcro, la faucheuse brandissant le A de Anarchy marque son appartenance au club, mais elle souligne surtout que celui-ci fait partie de son identité de manière viscérale : être membre des Sons of Anarchy, c’est quelque chose qui est en Jax, un phénomène intrinsèque auquel il ne peut pas échapper. Le tatouage n’en est qu’une démonstration physique, mais indélébile et irrévocable. La faucheuse, en tant que personnification de la mort, est l’ultime symbole de cette fatalité et de l’inéluctabilité du destin. Une mort omniprésente dans la série, de celle de John Teller qui marque la genèse d’un des axes principaux de l’intrigue générale, à celles qui frappent le club au cours de l’ensemble des 7 saisons, en passant évidemment par celles provoquées par le club et par Jax lui-même. Le porteur de la faucheuse est donc aussi un porteur de mort – comme un écho à la promotion de l’ultime saison, qui montrait le crâne affleurant sous le visage du héros.

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Tout au long de ses 7 années d’existence, Sons of Anarchy a accordé un soin tout particulier à sa bande-son, essentiellement composée de rock : le métal (Monster Magnet, Alice Cooper) et le punk (Social Distortion) côtoyant le blues (Boo Boo Davis), ou la folk (The Black Keys). De nombreuses reprises, généralement excellentes, lui ont également permis de se démarquer : on pense par exemple à Gimme Shelter des Rolling Stones dans la saison 2 ou à House Of The Rising Sun en clôture de la saison 4. L’importance de la musique se retrouve évidemment dès le générique, composé spécifiquement pour la série. Intitulé This Life, le morceau est l’œuvre de Dave Kushner (des Velvet Revolver) et de Bob Thiele pour la musique, tandis que Kurt Sutter et Curtis Stigers en ont écrit les paroles. Ce dernier en est également l’interprète, aux côtés des Forest Rangers, groupe que l’on retrouve régulièrement dans la bande originale de la série. Il existe par ailleurs une version longue du titre, disponible sur CD et en téléchargement.

La chanson reprend les mêmes axes que ceux développés par le visuel : le thème musical, avec ses accents de rock-blues mâtiné de country, est un morceau typique de southern rock, quelque part entre les Lynyrd Skynyrd et The Black Crowes. Sans tomber dans l’explication de textes, on soulignera les allusions et références à la moto, au corbeau, et à l’idée de fatalité, à laquelle les personnages sont obligés de faire face. Cependant, les paroles insistent aussi sur la dimension solitaire d’une existence qu’elles présentent comme une lutte de tous les instants, perdue par avance mais pourtant nécessaire. (« Riding through this world all alone / God takes your soul, you’re on your own »). Cette idée est radicalement différente de celle que l’on se fait du gang de bikers, famille de hors-la-loi marginale et soudée ; en soulignant cette divergence, la chanson met en lumière un aspect présent à l’image mais qui passe inaperçu au premier abord : les différents personnages nous sont présentés de façon individuelle, dans des images liées uniquement par une ambiance et des codes communs – mais sans aucun élément tangible pour les rattacher entre elles. L’alliance entre son et image permet ainsi de comprendre qu’au final, et aussi profondément attaché à Samcro et impliqué dans le club soit-il, chaque membre est seul dans la vie et doit assumer sa propre destinée.

Evidemment, on objectera qu’il est facile d’interpréter un générique a posteriori, une fois que l’on a vu l’intégralité de la série. Ce n’est pas faux – mais c’est aussi ce qui permet d’apprécier la force de la séquence qui ouvre chacun des épisodes de Sons of Anarchy. Au bout de 7 années, le générique en question reste fidèle à l’esprit de la série, et il traduit à merveille tout ce que Kurt Sutter a cherché à y exprimer en quelques 92 épisodes. En aval, This Life et les images qui y sont associées permettent d’entrer de plain-pied dans son univers en jetant les bases de sa mythologie et de sa thématique ; en amont, c’est la série qui éclaire le générique en permettant d’y plaquer l’évolution des personnages et de leur situation. C’est en cela que le générique de Sons of Anarchy est une vraie réussite : parce qu’il fait totalement corps avec la série, dont il signe les prémices autant que le prolongement.

Sons of anarchy – Série créée par Kurt Sutter.

7 saisons – Disponibles en DVD (Saison 7 à paraître.)

Saison 3 actuellement diffusée sur M6, le Samedi vers 1H00.

Crédits photos : FX

  • Francois

    Super article sur SoA j’ai beaucoup aimé l’analyse du générique est top très bien décortiquer et c’est vrai que la bande son de la série à toujours été très bonne et m’a fait découvrir des musiques que je ne connaissais pas comme celle de the white buffalo que j’apprécie énormément et que j’écoute toujours .Merci pour cet article au top

  • http://latogeetleglaive.blogspot.fr/ Fanny Lombard Allegra

    Merci beaucoup ! Bon, je ne cache pas que je suis une fan – de la série et de sa bande originale. Sutter reconnaîtra les siens 😉