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La dernière campagne (France 2): Une fable sur le manque du pouvoir

Alexandre LETREN

La review

LE TELEFILM
8
LE SCENARIO
7.5
LE CASTING
8
LA REALISATION
7
7.6

BRILLANT

Après le film La conquête, nouvelle incursion dans une campagne présidentielle. Après celle de 2007, place à celle de 2012. Nicolas Sarkozy affronte François Hollande. Et, en coulisses, un homme se prend à rêver qu’il va y jouer un rôle de premier plan. Cet homme c’est Jacques Chirac. Dans cette fiction réalisée par Bernard Stora, on entre de plein pied dans les arcanes du pouvoir. Pour le meilleur? Ou pour le pire?

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15 décembre 2011. Devant un  parterre ébahi, la sanction tombe : Jacques Chirac est condamné par le tribunal  correctionnel de Paris à deux ans de prison avec sursis. Jamais, dans l’histoire  de la République, un ancien président n’avait subi un tel affront. Le soir-même,  le bureau de Jacques Chirac publie un communiqué. Le vieil homme renonce à faire  appel. Il n’a plus la force de combattre. Mis hors jeu par l’âge et la maladie,  Jacques Chirac va-t-il se laisser engloutir par le temps qui passe ? Non, car il  existe une parenthèse enchantée : le sommeil, porteur de rêve, qui efface l’âge,  ranime le désir, ressuscite l’avenir.
Convoquant le rêve, le grand fauve  politique va s’inviter dans la campagne présidentielle. Tissant patiemment les  fils de la réalité pour en faire la toile de ses rêves, Jacques Chirac s’immisce  dans la joute qui oppose Nicolas Sarkozy et François Hollande. Chacun des deux a  une certaine idée de la France. Laquelle va finalement s’imposer ?

Bernard Le Coq en Jacques Chirac. Patrick Braoudé en François Hollande. Thierry Frémont en Nicolas Sarkozy. Voilà le casting plus que royal de cette nouvelle fiction politique proposée par France 2. Et disons le de suite: une très grand réussite. Bien écrite, bien réalisée et bien interprétée. Et ponctuée par une série de dialogues d’une justesse incroyable.

« Le petit aussi il a envie d’être aimé. Mais comme il ne manque pas une occasion de se rendre odieux, ça compense »
(Jacques Chirac par Bernard Le Coq)

Ce téléfilm, Bernard Stora en a eu l’idée dès 2010 en lisant dans Le Monde « Jacques Chirac, le roman d’un procès« . Une fable autour du procès imaginaire de l’ancien chef de l’Etat.
L’idée a donc germé de faire un film dans la même veine, mais centrée sur la campagne de 2012, où Jacques Chirac s’imagine en conseiller « occulte » de François Hollande, dans le but de faire perdre Nicolas Sarkozy.

« Jacques Chrirac ne souhaite pas tant le succès de François Hollande qu’il espère ardemment l’échec de Nicolas Sarkozy »
(Bernard Stora, réalisateur et co-scénariste)

Pour y parvenir, l’ancien Président va conseiller le candidat Hollande. Enfin le conseiller est un bien grand mot. La réalité est toute autre. En fait le Chirac de ce téléfilm veut avoir l’importance qu’il n’a certainement plus. Et c’est lors de ses rêves qu’il rend visite à Hollande et le conseille (que ce soit sur le style à adopter pendant que sur l’idée de la taxation à 75% des plus hauts revenus).
Ses rêves sont filmés d’une manière très onirique (passant dans les rôles à des décors quasiment de dessins animés). Jacques Chirac est ici extrêmement touchant: homme usé par des années d’exercice du pouvoir et qui, dans le même temps, ne parvient pas à s’en détacher. Un homme seul, passant de longue soirée chez lui à regarder la télé avec son chien, rêvant d’une vie qu’il n’aura plus et ayant envie de jouer, une dernière fois, un rôle dans l’Histoire.

jacques chirac

« Qu’est ce que je vais faire maintenant? Je me demande si je n’aurais pas préféré que Nicolas soit réélu. Nicolas vainqueur, je gagnais 5 ans. 5 ans à espérer qu’il soit battu la prochaine fois. Ca me donnait un but. »
(Jacques Chirac par Bernard Le Coq)

Face à lui, deux hommes. François Hollande très souvent présenté comme seul (sauf lors de sa visite des locaux de campagne) et Nicolas Sarkozy, toujours entouré mais finalement bien seul, lâché de toute part par ses plus proches collaborateurs à mesure qu’il adopte la méthode Buisson.
Voilà tout l’enjeu de cette fiction: montrer que l’exercice du pouvoir n’apporte que solitude, quel que soit le niveau auquel vous l’exercez. Car ces trois hommes sont 3 étapes du pouvoir: la conquête du pouvoir (François Hollande), l’exercice et la conservation du pouvoir (Nicolas Sarkozy) et la perte du pouvoir, avoir été et n’être plus qu’au travers de son titre de « Mr Le Président » (Jacques Chirac). Trois hommes campés par 3 comédiens brillants au possible. Qu’il s’agisse de Patrick Braoudé, impressionnant de ressemblance avec Hollande ou de Thierry Frémont qui a su épouser la gestuelle de Nicolas Sarkozy (même si parfois, on frôle un peu la caricature).

« Il y a quelque chose de très familier entre lui et moi. Un curieuse osmose s’opère »
(Bernard Le Coq)

Mais la mention spéciale revient à Bernard Le Coq, magistral dans ce rôle qu’il reprend pour la seconde fois après La Conquête. Il sait donner à Jacques Chirac toute l’émotion dont on a besoin pour ressentir la situation de très grande solitude et de détresse aussi par moment dans laquelle il se trouve. Les intonations de voix, la gestuelle de la bouche, la façon de se mouvoir,…tout a été travaillé de manière très précise. Il est tout simplement remarquable.
Après, on peut regretter que chacun des personnages soit un peu enfermé dans l’image et la caricature que l’on a d’eux à ce moment là: Chirac en vieillard gentil mais gâteux, Hollande sympa mais sans réelle force politique (même si des lignes de dialogue le montre s’amusant des clichés qui circulent sur son compte), et Sarkozy en requin implacable, prêt à tout pour gagner. Un peu comme si, même quand on n’est pas dans ses phases de rêves, on voyait toute cette histoire par les yeux de Jacques Chirac.

sarko frémont

« Je joue ma peau moi. C’est la guerre, tu m’entends? La guerre »
(Nicolas Sarkozy par Thierry Frémont)

D’un point de vue formel, le téléfilm épouse un peu la forme d’un docu fiction. Les déplacements politiques des candidats, leurs discours et interviews sont illustrés par des images d’archives tandis que les moments « off » (la grande majorité) le sont par la fiction. Ainsi on peut facilement mesurer l’impact de ce qui est décidé en privé avec les communiquants sur les discours et sur la campagne.
Comme la taxe à 75% que Chirac souffle à Hollande ou la prise en compte de la stratégie de Buisson par Sarkozy. Même traitement pour le fameux « Moi Président » du débat de l’entre-deux tours mais cette fois-ci, cela fonctionne nettement moins bien. Le trait est un peu trop grossier. Comme si on avait voulu le placer là à tout prix.
De même, si le téléfilm joue à fond la ressemblance avec les « Présidents », ce n’est pas le cas pour les hommes qui les entourent. Sauf lorsqu’ils sont nommés, il est bien difficile de les identifier.
En revanche, parmi les proches de ces hommes politiques, saluons la très belle performance de Martine Chevallier, plus vraie que nature dans le rôle de Bernadette Chirac.

« En s’endormant, Jacques Chirac convoque le rêve qui lui permet d’échapper aux dures réalités de l’âge et de retrouver magiquement le pouvoir dont il a joui. »
(Bernard Stora, réalisateur et co-scénariste)

Très grande réussite que ce téléfilm qui renouvelle bien la fiction politique en lui donnant une autre dimension. Tout est réussi dans cette fiction et tout est de très grande volée.
Vous devriez passer un aussi bon moment que moi à le regarder. Il redonne aux hommes politiques une dimension humaine. Pas infaillibles mais humains justement. En ces temps du « tous pourris », ça n’est pas désagréable
.

Source: France 2
Crédits: © GUSTINE Gilles/FTV/ Joseph Delahaye