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La mélodie du bonheur Episode 1: Pierre Gambini et Eric Neveux

La mélodie du bonheur Episode 1: Pierre Gambini et Eric Neveux
Alexandre LETREN

On a souvent souligné ici notre intérêt pour les génériques de séries. Ces moments en début d’épisodes censés nous immerger dans ce qu’est la série. Une sorte de carte de visite en somme. La musique y joue bien entendu un rôle primordial. Il peut arriver que l’on souvienne plus de la musique d’un générique que des images qui le composent. On a donc voulu aller plus loin et évoquer celles et ceux qui font ces musiques, de générique bien sûr, mais pas seulement. On va aussi s’intéresser aux bandes originales des séries, ce qui fait qu’une série n’est pas la même sans cette présence (souvenez de l’épisode The body dans Buffy).
Pour démarrer cette nouvelle collection, nous avons rencontré deux d’entre eux: Pierre Gambini, musicien œuvrant dès la saison 4 sur Mafiosa, ainsi que Eric Neveux à qui l’on doit notamment les musiques des génériques de Un village français, Borgia ou La Commune.

Durant sa saison 4, Mafiosa fait en quelque sorte peau neuve. Pierre Leccia en reprend les commandes et offre à la série un nouveau visage et, dans le sujet qui nous intéresse, une nouvelle couleur musicale orchestré par Pierre Gambini.

Originaire de Corte en Corse, Pierre Gambini s’attache d’abord à façonner un pop rock chanté en langue corse dans les années quatre-vingt-dix avec I Cantelli. Après l’expérience de groupe, Pierre Gambini explore des voies solitaires qui le mènent d’abord à la musique de film avec Bruno Coulais pour Sempre Vivu en 2006. Vient ensuite le temps de l’album solo pour Albe Sistematiche, toujours chanté dans l’idiome de lÎle de Beauté. Pierre Gambini tombe à pic pour leur permettre de sortir de l’ambiance musicale qui s’attache habituellement à la Corse. Exit les polyphonies, et place à l’electro rock façon Pierre Gambini (Bio Site www.pierregambini.com).

Pierre-Gambini

« Je me suis retrouvé à travailler sur la série après que les gens de Mafiosa aient entendu sur France Bleue Corse des musiques que j’avais composées en auto-prod. Ils aimaient bien ce mélange de musique électro avec ce chant semblant venir du passé. Il n’était question au début que de chansons mais rapidement, ils m’ont demandé si je me sentais de réaliser la bande originale de la série. Pour l’avoir déjà fait sur des documentaires ou dans un film de Robin Renucci, l’idée m’intéressait et j’ai accepté tout de suite. On a rapidement évoqué avec Pierre Leccia des bandes son des films de Alejandro González Iñárritu et de Santaolalla à coup de guitares auxquelles j’ai apporté la musique électro« .

Ce mélange des deux univers pourrait surprendre mais c’est au contraire lui qui donne à la bande originale de la série, et à la série, cette couleur si particulière: « Plus techniquement, c’est un travail que j’essaie de faire depuis quelques années car c’est très difficile de réussir ce mélange électro-acoustique. Réussir à digérer et faire en sorte de laisser couler tout ça, de trouver des correspondances entre les deux  univers, c’est vraiment ce qui m’intéresse depuis un moment« .

Sur cette bande originale, on retrouve quelque chose que les séries étrangères font depuis longtemps mais finalement peu chez nous: la création de thèmes pour les personnages de la série. On retrouve ainsi un thème pour Sandra, Carmen, Tony ou encore Manu: « On retrouve ici l’amour que Pierre Leccia a pour Ennio Morricone. On aimait l’idée que les personnages de la série soient illustrés par des thèmes musicaux. C’est un travail plus difficile car on est sur une série de 8 épisodes avec peu de temps finalement. Il a donc fallu que je travaille beaucoup en amont, sur la base du scénario, de l’écrit. Mais c’était vraiment intéressant à faire car on évite ainsi l’écueil habituel de tomber dans de la musique d’illustration« .

De manière simpliste, musique traditionnelle= les hommes portant traditionnellement les commandes des mafias/ musique moderne, électro= le nouveau visage symbolisé par les femmes? « Les frontières ne sont pas aussi définies mais c’est vrai qu’il y a un peu cette idée-là même si on aime prendre des contre-pieds aussi comme par exemple avec le thème de Tony qu’on entend vers la fin. Pour Sandra, on retrouve le thème synthé vers la fin du générique, ce thème qui « recouvre » la musique à la guitare, à l’image de Sandra prenant le pas sur les hommes de son clan et qui le fait comme elle peut, dans un monde d’hommes. Je tiens aussi beaucoup au fait que la musique soit là pour accompagner et souligner l’évolution des personnages. On est finalement plus centré sur les personnages et ce qu’ils vivent que sur la Corse elle-même« .

(Spoilers!!!) Cette partie synthé symbolisant Sandra que l’on entend dans le générique, on la réentend à un notre moment, à la toute fin de la série quand Carmen arrive face à Sandra pour la tuer. Un moment fort. Mais cette fois-ci, ce son n’est plus assimilé à Sandra mais à Carmen puisque le thème de Sandra que l’on entend en fond depuis quelques secondes est recouvert par ce synthé dès l’arrivée de Carmen. Comme pour souligner que Carmen devient comme Sandra?
« C’est totalement ça. C’est une transmission. Sandra a transmit malgré elle quelque chose à Carmen. A l’image de tous les personnages de la série, Carmen hérite de quelque chose qu’elle ne veut pas mais dont elle est en quelque sorte prisonnière« .(Fin Spoilers!!!)

Dernier point à aborder: la question du générique. Pour la première fois en saisons 4 et 5, il y a stabilisation du générique de la série, le même sur les deux saisons et ça fonctionne vraiment très bien. Images et son se marient à la perfection: « J’ai commencé par travailler sur 3-4 idées de générique sans image. On rencontre toujours le même problème: les gens de l’image veulent la musique et ceux de la musique l’image. J’ai donc insisté pour avoir un minimum d’images, même si ce n’était pas fini, juste pour avoir une base de travail ce que j’ai eu. Et dès l’instant où j’ai eu l’image, la musique est venue. Puis ils ont terminé le montage du générique en l’adaptant à la musique que j’avais fait« .

Au final, la bande son de ces deux saisons de la série collent parfaitement au nouveau visage (virage) que prend la série en saison 4. Le travail de Pierre Gambini est l’élément parfait qui manquait à Mafiosa. Dommage donc que la série ait attendu pour se trouver enfin. Quant à Pierre Gambini, c’est un artiste à surveiller de très près par la suite. Il réussit le parfait alliage du moderne et du traditionnel sans trahir aucun des deux, ce qui est vraiment appréciable.

À 15 ans, Éric Neveux décide qu’il sera musicien … et quitte aussitôt le Conservatoire, abandonnant ses cours de piano et de solfège ! À 25 ans, il rencontre un jeune réalisateur terminant ses études à la FEMIS, un certain François Ozon, et compose la musique de son premier moyen-métrage REGARDE LA MER puis le thème de son premier long-métrage SITCOM. À la même époque, Éric Neveux se passionne  pour le son de Bristol (Downtempo) et devient Mr Neveux, nom sous lequel il signe son premier album « TUBA » pour le label anglais « Cup of Tea ».

En 1997, sa rencontre avec Patrice Chéreau, sur le film CEUX QUI M’AIMENT PRENDRONT LE TRAIN, sera déterminante. Elle marque d’abord le début d’une longue collaboration avec un réalisateur exigeant qu’il retrouvera sur INTIMITÉ, puis sur PERSÉCUTION. Elle le conforte surtout dans sa volonté de travailler pour un cinéma aux multiples facettes qui lui offrira l’opportunité d’explorer tous les genres musicaux, au service des projets aussi passionnants que contrastés.

Faisant fi des étiquettes, passant de l’orchestre classique aux recherches électroacoustiques, d’un film d’auteur à une comédie populaire, Éric Neveux revendique cet éclectisme dans une approche propre à chaque film, avec comme seul objectif de le servir au mieux en tant que compositeur et producteur. (Bio http://www.ericneveux.com/fr/)

eric neveux

Avec Eric Neveux, on touche à plusieurs séries et donc plusieurs univers différents. Son travail va de Un village français à Borgia en passant par Le vol des cigognes ou La Commune. Un travail d’une grande variété et d’une grande richesse: « J’adore travailler pour les séries tout en faisant bien entendu beaucoup de cinéma. Je veille à faire attention de pouvoir faire les deux. La différence avec les musiques de films, c’est que les musiques de séries doivent pouvoir être réutilisées, elles doivent survivre à plusieurs saisons« .

On doit pouvoir reconnaître la musique d’un générique de série dès les premières notes comme on reconnaît un thème d’un film comme Psychose par exemple dès les premières notes aussi:
« Il ne faut pas limiter la musique d’une série dans son ensemble à celle d’un générique. La musique d’un générique est quelque chose de très à part, qui peut même être conçu à part du reste du score. La musique originale, le score, doit participer à l’ambiance générale de la série, soit par des textures, soit par des thèmes récurrents, des thèmes personnages, ou des couleurs très fortes comme on a essayé de le faire sur La Commune où on avait beaucoup joué sur les matières et peu sur les mélodies. C’est un des éléments forts de l’identification à la série« .

« Pour Borgia, on a voulu créer des génériques originaux qui ne soient pas reliés aux épisodes. J’ai fait un générique Canal+ et un pour l’international. Pour le générique de fin, Tom Fontana a voulu que l’on réutilise un thème qu’il aimait bien, que j’ai alors retravaillé pour en faire un générique de fin« .

« Sur Un village français, nous n’avons pas travaillé sur le générique d’entrée de jeu. C’était un des thèmes que j’avais fait. La saison 1 correspondait à l’arrivée des Allemands donc on a insisté sur un aspect « militaire » de la bande son, mais qu’on a fini par abandonner par la suite. Quand on a fini par se pencher sur le générique, on a réécouté ces thèmes et ce sont Emmanuel Daucé et Philippe Triboit qui ont trouvé que cette musique là ferait un bon générique. Mais de manière générale, il n’y a pas de règles. Quand on prend comme ici un bout d’un thème pour en faire le générique, on ne reprend pas le thème par la suite dans la série car le générique a un peu une fonction de « sirène » et ça risque de déstabiliser une séquence si on reprend la musique du générique.
Mais je trouve intéressant de manière générale d’aborder le générique une fois qu’on a fini la musique de la série ou du moins de le faire au moment où  la couleur musicale de la série est déjà bien définie. »

tom fontana

Eric Neveux a, dans le cadre de ses séries, travaillé avec 3 auteurs qui portent d’une certaine façon, la vision de leur série dont Tom Fontana (mais aussi Abdel Raouf Dafri et Frédéric Krivine): « J’ai rencontré Tom Fontana une fois pour discuter de mon implication sur la série (où je suis arrivé en saison 2). Il m’a dit qu’il ne savait pas parler de musique, il m’a donné 3 scènes dont j’ai fait les musiques. Il a trouvé ça très bien. Il m’a dit de faire les épisodes 1 et 2, il m’a même laissé placer les musiques, lui étant sur le tournage et moi dans mon studio à Paris. Une fois ces deux épisodes terminés, j’ai souhaité qu’ils viennent à Paris pour qu’on est une vraie séance de travail ensemble. A partir de là, on s’est mis d’accord,il était très content. J’ai donc par la suite travaillé avec un monteur musique qui montrait à Tom pour chaque épisode ses suggestions de musiques. Mais là où d’ordinaire on travaille avec des thèmes tracking c’est à dire des musiques temporaires qui donnent une idée de l’ambiance musicale, j’ai eu la chance sur Borgia que ça soit toujours ma musique qui soit utilisée. Tom Fantana donnait des notes au monteur musique qui me les donnait ensuite et on pouvait travailler. »

Une bonne musique de séries (comme une bonne musique de films) c’est une musique que l’on peut écouter indépendamment du programme en question, sans que cela gêne son appréciation. Il y a notamment sur Un village français où l’émotion transparaît dans chacune des notes composées par Eric Neveux. Un travail remarquable où musique et image se confondent pour nous offrir une bouleversante tragédie humaine.

A suivre…

Source interview Eric Neveux: La série sur le gâteau (On Air TV Radio) avec Ciindy Gaillot
Crédits: Tom Fontana.com/ Sites Eric Neveux et Pierre Gambini