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2 Commentaires

Le dernier épisode de Scandal, on en parle ?

Le dernier épisode de Scandal, on en parle ?
Charlotte Calignac

Attention Spoilers!!!!!!

Scandal est une série d’hystériques. La saison 1 et 2 ont plutôt bien fonctionné pour cette raison. La vitesse de cette série est telle qu’il n’y a pas un moment de répit et que les révélations successives s’enchaînent sans laisser le temps de dire ouf. En saisons 1 et 2, c’était non seulement bien écrit, mais aussi réalisé en conséquence. Des gens qui marchent vite dans les couloirs en se jetant des phrases piquantes et fomentant des plans invraisemblables. Un peu déjà vu, mais efficace comme toujours.

Scandal fonctionne à 90% sur la manipulation émotionnelle. Tous les personnages ont un but, et c’est à mon sens ce qui fait fonctionner une série. Ça marche parce que l’histoire découle de ces buts opposés ou convergents et non l’inverse. C’est cette manipulation systématique qui crée l’ambiance cynique et sinistre de cette Maison Blanche, où le Président n’est qu’une sorte de pantin et où la jalousie et le mensonge font légion. Quand Mellie a l’intelligence et la force de mettre ses espoirs et ses envies en retrait pour soutenir son mari, je suis émue et dégoûtée à la fois. Quand Cyrus prostitue son mari pour des informations ou du pouvoir, je suis révulsée. Mais je dis ça dans le bon sens. Cette manipulation émotionnelle est immonde. Voir que Huck est contrôlé par le père d’Olivia d’un simple mot, ça me touche plus et ça fait plus pour moi que ce qu’on a vu ces trois derniers épisodes.

À la suite : le viol de Mellie (un peu retcon à mon goût d’ailleurs compte tenu de la saison 1), la mère d’Olivia qui se mange le poignet pour faire une tentative de suicide, et la semaine dernière Huck qui nous offre plusieurs scènes de torture franchement dérangeantes.

Et comme on est quand même sur ABC on ne peut pas faire du gore visuel trop poussif. Il y a pire que le visuel : le suggéré, renforcé par des bruits mis en valeur qui franchement mettent mal à l’aise. Quand Huck torture Quinn, lui lèche le visage (??!!) et la met à poil pour lui arracher des dents (oui oui) j’avoue que j’ai un peu l’impression que la série a franchi le rubicon du mauvais goût.

KERRY WASHINGTON

Descendez vos fourches, éteignez vos torches, je m’explique.

En saison 1, nous avons rencontré le père de Fitz, celui que tout le monde admire, etc. Je me souviens que Mellie l’avait en grande estime et clairement personne à la réalisation ou chez les scénaristes n’avait prévenu l’actrice du passif entre les personnages. Normal : ils n’avaient pas prévu cet événement. Ce qui ne me dérange pas, on construit une série au fur et à mesure. En revanche, j’ai du mal à accepter qu’on nous balance ça pour diaboliser le père de Fitz (déjà détestable) et nous sortir de nulle part une histoire originelle des sacrifices de Mellie. À mon sens, elle n’en avait pas besoin et le sujet du viol est quand même un thème à aborder avec beaucoup de pincettes pour ne pas en faire n’importe quoi. Le rôle de femme forte à la Hillary Clinton était beaucoup plus poignant sans le pathos qu’un viol tend à entraîner. Encore plus quand la série fait un montage étrange qui suggère que le père de Fitz aurait mis Mellie enceinte de son premier enfant. Non merci. Cette fois-ci c’était le téléspectateur qui était manipulé émotionnellement, et ça c’est beaucoup moins agréable.

Il y a deux semaines, on apprenait que Maya Pope était en vie, que Rowan/Eli Pope la cachait depuis 22 ans et qu’elle voulait absolument voir sa fille. Pour le faire fléchir, elle se mangeait les poignets. Mon estomac s’est retourné par les bruits plus que par les images — j’ai détourné les yeux. Et si je peux voir le but de cette scène (prouver que Maya Pope est soit profondément dépressive soit ultra déterminée), je me dis qu’il y avait quand même des façons un peu moins over-the-top. Mais soit. Pourquoi pas.

En revanche cette semaine, il faudra qu’on m’explique le but précis des scènes de torture de Huck sur Quinn. La mettre nue : pourquoi pas, on a déjà vu ça dans la série, il ne faut pas tâcher les vêtements. Bon, éventuellement. Par contre, Huck était supposé considérer Quinn comme sa padawan. Il sait qu’elle est une civile sans entraînement. Pourquoi la torturer ? Pourquoi ne pas simplement lui filer la frousse de sa vie ? Il la bâillonne et ne lui laisse même pas le temps de lui offrir d’explication. Pourquoi faire un speech lui expliquant qu’il est obligé de la torturer, et pourquoi, POURQUOI, lui lécher le visage en lui expliquant qu’il va adorer lui faire des choses immondes (et lui arracher des dents) ? Les scénaristes ont passé deux années à construire le personnage de Huck comme quelqu’un en voie quête désespérée de rédemption, qui culpabilise même de se sentir le pantin de Rowan Pope, et qui lutte contre son addiction à la torture. J’ai trouvé que l’épisode faisait un très mauvais travail pour expliquer pourquoi il décide de balancer tous ses efforts pour devenir un réel sociopathe et torturer une de ses amies. Au contraire, j’aurais pensé qu’il aurait été beaucoup plus mal à l’aise et en proie à un conflit interne qui aurait justement été plus intéressant à exploiter.

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Quant au fait que Quinn, après s’être fait torturer toute la journée dans son appartement (duquel personne ne l’a entendue s’égosiller, bien sûr), fait arracher deux dents sans anesthésie, et globalement agresser sexuellement par quelqu’un de confiance… se jette dans les bras d’un autre mec qui l’a complètement trahie et l’a fait assassiner un innocent ? Je veux bien « suspendre ma crédulité » (suspension of disbelief), c’est le deal qu’on fait avec une série. Mais j’ai vraiment du mal à ce qu’on nous montre encore une femme trouver du réconfort après une expérience innommable dans les bras d’un homme. Peut-être que le but ultime était d’obtenir la confiance de Charlie, mais à mon sens elle aurait pu le convaincre autrement de sa fausse loyauté.

Scandal reste une bonne série (quoi que très inspirée d’Alias dans son côté soap parental, cette saison), qui est fascinante quand elle joue sur la manipulation émotionnelle de ses personnages, sur les différentes formes de pouvoirs et les façons de les utiliser, mais si la saison tient à poursuivre dans l’escalade de violence facile et franchement crade juste pour choquer ses téléspectateurs, je serai franchement déçue.

Commentaires

  1. claire

    J’ai eu le même type de réaction que toi. J’ai lu un article disant que Scandal ne peut pas « jump the shark » à cause de soon concept de base, je ne suis pas d’accord. Pour moi cette série est devenue un n’importe quoi constant, prête à tout pour choquer. Toutes les valeurs qui semblaient excuser les actions des personnages dans les saisons précédentes ont disparu. Ils auraient mieux fait de rester sur la storyline politique, ça pouvait être intéressant. Mais bon, c’est pas donner à tout le monde d’écrire une bonne série politique…

  2. Charlotte Calignac

    Je suis entièrement d’accord avec toi. J’aimais beaucoup les efforts mis sur l’aspect de l’affaire de la semaine mais ça a été complètement abandonné. Olivia Pope n’est plus du tout une brillante avocate professionnelle de la gestion de crise : elle est incapable de gérer ses crises personnelles et n’a aucun recul sur elle-même.

    C’est vraiment dommage, car j’aime aussi la volonté de faire de Scandal une série sur le rôle de la femme, et encore plus d’une femme de couleur dans une Amérique où la politique est quand même très, très réservée aux blancs (du moins c’est encore plus évident dans la série). Le début de saison 3 où Rowan Pope casse sa fille parce qu’elle a une liaison avec le Président et qu’elle mérite mieux, qu’elle a oublié qu’il lui faut travailler deux fois plus que tous les autres parce qu’elle est une femme, et une femme de couleur… J’avais trouvé ça mille fois plus fort, émouvant, et percutant que l’image d’un latino en train de torturer une femme blanche… Bref.

    Merci en tout cas de ton message !

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