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Les adieux de Cristina

Les adieux de Cristina
Charlotte Calignac

Cette année marquait la dernière saison de Sandra Oh en tant que Cristina Yang dans Grey’s Anatomy. L’actrice avait évoqué vouloir quitter la série dès l’année dernière, si bien que ça fait maintenant un an que j’appréhendais ce départ.

Il faut dire que dans Grey’s Anatomy, un départ, c’est généralement abordé à grands coups de bus dans la tronche, de fusillades dans un hôpital ou d’avions écrabouillés au milieu de nulle part. Il faut me pardonner si j’ai toujours du mal à croire que Shonda Rhimes ait épargné Cristina.

Peut-être est-ce – et j’ai probablement tort, je n’ai jamais lu d’articles là-dessus – parce que Cristina est un des personnages préférés de la productrice. En tout cas un des préférés des téléspectateurs. Et pourtant elle n’a pas grand-chose pour être aimée, à la base, puisqu’elle est une personne assez antipathique qui va en plus à l’encontre de tous les stéréotypes féminins.

Aux Etats-Unis (et soyons honnêtes, en France aussi), une femme parfaite est une femme qui mène une vie professionnelle épanouie et une vie de famille rangée dont les enfants sont bien élevés. J’ai personnellement adoré Cristina parce qu’elle rejette complètement ce moule. Elle sait qu’elle ne veut pas être mère, et pas une seule fois n’a douté de ce refus ni accepté de changer en dépit de l’amour qu’elle avait pour ses conjoints – quitte à accepter que l’amour ne suffise pas pour qu’un couple fonctionne, des buts et projets en commun sont indispensables. Et en ne s’excusant pas une seule fois d’avoir recours à un avortement lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte. Je me rappellerai toujours de ce pitch de Meredith en disant qu’elle aurait préféré que sa mère avorte et soit heureuse plutôt que d’être née et d’avoir été détestée et regrettée toute son enfance. Pour avoir entendu le message inverse si culpabilisant un nombre de fois incalculable dans beaucoup d’autres séries, je suis toujours surprise de la façon dont Shonda Rhimes dirige la sienne de façon si moderne et conservatrice à la fois.

C’est aussi la première fois que j’ai vu dans une série un couple « phare » voué à ce point à l’échec. L’épisode 17 se focalise sur un « et si ? » où l’on voit deux possibilités pour le couple entre Owen et Cristina. Dans l’un elle finit par accepter une famille et est malheureuse au possible, pleine d’anxiété, tout en ayant renoncé à ses rêves. Dans le second, elle détruit Owen complètement et parvient seule au top de la gloire. Déchirant, assez tristement réaliste aussi, mais extrêmement bien fait.

La série trouve le moyen de pallier ces deux solutions en permettant à Cristina de s’accomplir en-dehors de Seattle. Cela nous offre un joli finale qui se détourne et s’amuse de tout ce qui fait habituellement les beaux jours de Grey’s Anatomy : jouer sur l’explosion du centre commercial dans lequel Cristina devait aller et faire croire cinq minutes qu’elle pourrait être parmi les victimes, ce qui n’est finalement pas du tout le cas ; refuser les adieux larmoyants avec musique pop entre Owen et elle, ce qui rend leurs loupés émouvants et ce regard dans la salle d’opération bien plus poignant ; rappeler cette amitié solide entre Meredith et elle depuis le début en dépit de leurs choix de vie différents avec leur danse positive, le « you’re my person », et le dernier conseil : ne pas s’oublier et s’effacer au profit de son mari.

Que la saison se termine sur ce sourire, sur Ross qui veut suivre le maître qu’il voit en Cristina, à Zurich c’était vraiment une fin bien plus satisfaisante que la fuite de Izzy vers l’avant, ou la mort atroce de George dans la quasi-ignorance générale. Vraiment une très belle réussite de ce point de vue.

Mais du coup, je me demande qui va nous sortir tous les one-liners mesquins et drôles maintenant. Et surtout comment ils vont gérer la saison 11 sans ce personnage clé.

Crédits: ABC