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Marvel’s Jessica Jones: La vie en noir (Netflix)

Marvel’s Jessica Jones: La vie en noir (Netflix)
Christophe Brico

Arrivée le 20 novembre dernier sur Netflix, Marvel’s Jessica Jones est la seconde série Marvel a être diffusée sur l’opérateur SVOD, et surtout la seconde étape du projet “Defenders”, qui verra la réunion des héros développés indépendamment sur le service de vidéo à la demande. Après Daredevil qui a obtenu d’excellents retours critiques, Jessica Jones suivra-t-elle le même chemin ?

Jessica Jones est une “super-heroine” dotée d’une force et d’une résistance supérieure. Après avoir été mentalement contrôlée par Kilgrave pendant plusieurs mois, et poussée à subir et commettre l’insoutenable, elle décide de décrocher et devenir détective privée. Au début de la série, on suit son quotidien fait essentiellement de maris infidèles. Mais c’est sans compter sur le retour de l’infâme Kilgrave, présumé mort, qui revient…

Voilà, on y est. Daredevil était sans doute un coup d’essai. Assez novateur dans son ton comme dans sa forme, la série proposait néanmoins un angle assez classique, une “origin story” en bonne et due forme, dont les enjeux principaux étaient la naissance d’un héros et de sa némésis. Rappelons également que dès cette série initiale, Netflix et Marvel annonçaient le projet global dans lequel cette série initiale s’inscrivait : Développer quatre séries indépendantes (ou plus ou moins indépendantes), chacune autours d’un personnage, et réunir ces 4 héros dans une série “Crossover”, The Defenders, le tout centré sur le quartier New-Yorkais de Hell’s Kitchen, point commun de l’ensemble.

Avant de développer, rappelons également que Hell’s Kitchen, décors commun de Marvel chez Netflix, est un quartier populaire, dangereux, en proie aux crimes du quotidien, à la pauvreté, aux gangs, et à quelques énergumènes de plus grande envergure. C’est un environnement historique des comics Marvel, permettant à l’éditeur de développer des histoires plus ancrées dans le quotidien, mais aussi plus sombres, et d’une certaine manière plus adultes. Et c’est exactement l’angle pris part Marvel et Netflix sur les séries que nous évoquons ici.

Donc Marvel’s Jessica Jones est sombre. Très sombre. Du début à la fin de la saison, on navigue dans un univers sans espoir, dans lequel il n’y a pas de gentils, juste quelques personnes qui ont un peu plus d’humanité que d’autres. C’est sans doute un des éléments les plus important à mentionner concernant la série. Marvel’s Jessica Jones n’est pas une série de super-héros, si l’on compare à ce qui se fait par ailleurs, mais un thriller psychologique sombre qui utilise l’environnement des super-héros, mais leur donne un corps très différent de ce que l’on peut voir sur les networks ou au cinéma.

Jessica Jones

Purple is the new black

Aux commandes de cette série nous retrouvons Melissa Rosenberg, productrice et scénariste de télévision de longue date qui a notamment officié sur Dr. Quinn, Femme médecin, The O.C., Dexter et même dans l’univers super-héroïque avec l’éphémère et relativement ratée Birds of prey. Elle a également écrit les adaptations scénaristiques de la saga Twilight, mais si cela n’est sans doute pas très pertinent au regard de ce qu’est Marvel’s Jessica Jones. Il faut évidemment noter la présence incontournable de Jeph Loeb, qui produit le show, mais surtout est Vice-President Executif de Marvel Television en charge du développement des drames, comédies et animés. Il déclarait en mars dernier à Digital Spy “It all exists in the same universe. As it is now, in the same way that our films started out as self-contained and then by the time we got to The Avengers, it became more practical for Captain America to do a little crossover into Thor 2 and for Bruce Banner to appear at the end of Iron Man 3. We have to earn that. The audience needs to understand who all of these characters are and what the world is before you then start co-mingling in terms of where it’s going” (Tout existe dans le même univers.” De la façon dont sont les choses aujourd’hui, et la même façon que nos films qui ont commencés par être des histoires indépendantes et avec le temps sont devenus les Avengers, il est devenu plus facile à Captain America de faire un petit crossover avec Thor 2 et à Bruce Banner d’apparaître à la fin d’Iron Man 3. Nous devons gagner cela. Le public doit comprendre qui sont tous ces personnages et dans quel univers avant de commencer à les mélanger). Il est clair que pour lui, les personnages Marvel au cinéma, à la télévision sur les networks (en l’occurence ABC avec Marvel’s Agents of S.H.I.EL.D. et Marvel’s Agent Carter) et sur Netflix, font tous partie du même univers, et peuvent potentiellement tous apparaître, ou être mentionnés les uns chez les autres.

Dans la réalité, force est de constater que le transvasement n’est pas aussi fluide qu’il n’y paraît. Ce qui se passe au cinéma ne tient que peu compte de ce qui se passe à la télé, et là encore, il y a pour le moment un gap énorme entre ce qui se passe sur Netflix et sur ABC. D’autant que cet été, Marvel Studio, dirigé par Kevin Feige et qui pilote le développement cinématographique de Marvel, est sorti de Marvel Entertainment, entité qui chapeautait à la fois Marvel Studio et Marvel Télévision, pour répondre directement à l’autorité mère, à savoir Disney. Concrètement, cela veut dire que les développement cinéma et télévision sont, au moins administrativement, indépendants l’un de l’autre. Pour ce qui est de la télévision (ou équivalent dans le cas de Netflix), il se pose tout simplement un problème de chronologie, lié au modèle : Comment co-développer des projets qui, pour le network sont dans un principe de diffusion hebdomadaire classique, et pour Netflix de diffusion à la demande?

Pour en revenir à Marvel’s Jessica Jones, et plus largement à Marvel chez Netflix, on peut néanmoins constater que le projet Defenders est bien sur les rails avec cette série. Si en effet Marvel’s Daredevil était la première à proposer une vision adulte et sombre de l’univers Marvel, c’est sans doute avec cette seconde série que l’on rentre réellement dans l’édifice sera le crossover de 4 séries. Et l’on peut le voir dès le casting.

Purple rain

Au cœur de la distribution il faut bien évidemment mentionner Krysten Ritter, qui endosse le rôle titre. L’actrice, que l’on a pu voir dans Veronica Mars ou Breaking Bad n’avait réellement eu de rôle principal que dans Don’t trust the B… in Apt. 23. Elle nous offre ici un interprétation impeccable d’un personnage relativement complexe, à la fois cynique et désabusée, auto-destructrice, ce qui rend d’autant plus marquant ses moments d’émotion. Face à elle il faut bien sûr mentionner David Tennant, ici Kilgrave, le némésis, le psychopathe avide de son propre pouvoir, et qui, pourtant poursuit la jeune femme comme un adolescent le ferait d’une attraction éconduite. Sauf qu’il contrôle les esprits. Tennant, que nombre de fans perçoivent encore aujourd’hui comme la meilleure incarnation moderne du Doctor Who, mais également au cœur de la série Broadchurch nous offre ici un jeu à la hauteur du personnage, même si les élans de folie ne sont sans doute pas ce qui rend le mieux hommage à sa performance. Il faut également mentionner Mike Colter, l’impressionnant Lemond Bishop de The Good Wife, qui endosse ici le costume de Luke Cage, prochain personnage à avoir sa série sur Netflix, et donc suivant dans le développement des Defenders. Personnage intéressant, plus sensible qu’il n’y parait, et offrant à Colter un palette de jeu plus large que celle que l’on pourrait attendre à ce qui s’assimilerait presque à du “Backdoor pilot”, si l’on mettait de côté l’aspect totalement intégré du projet. Car en effet, en donnant au personnage de Luke Cage un rôle aussi important dans une série qui n’est pas la sienne, on affirme que toutes ces séries ne forment qu’un ensemble, ce qui n’était pas encore apparu dans Marvel’s Daredevil.

Cet ensemble ne serait pas complet sans citer le kaléidoscope de personnages qui entourent Jessica Jones. Tout d’abord son amie d’enfance, sa demi-sœur (d’une certaine manière), Patricia Walker, interprétée par Rachael Taylor, et qui dans le comics est amenée également à devenir une vigilante sous le pseudonyme de Hellcat. Piste qui n’est pas totalement mise de côté dans Marvel’s Jessica Jones. Ensuite Carrie-Ann Moss, qui interprète Jeri Hogarth, avocate prédatrice et lesbienne, et enfin Will Traval qui interprète Will Simpson, policier ancien militaire au passé sombre qui resurgit.

Nous l’avons dit Jessica Jones est une série sombre. Très sombre. Sur l’ensemble des 13 épisodes que constitue la série, les confrontations physiques, les scènes d’actions sont relativement parcimonieuses, alors même que deux des personnages centraux disposent de pouvoirs fondés sur la force et la résistance. C’est au contraire sur l’affrontement psychologique, le duel absolu entre Jessica Jones et Kilgrave que tout se construit. D’un côté l’ancienne héroïne traumatisée et apeurée par son ennemi et de l’autre le psychopathe surpuissant qui joue avec la vie comme un enfant avec des figurines de pâte à modeler.

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L’ambiance initiale est celle du polar noir. Musique, environnement, job de détective privé. Mais très rapidement la série bifurque sur ce qu’elle est vraiment, un duel destructeur et pervers entre un chasseur et sa proie, les rôles pouvant s’inverser à plusieurs reprises. Pour ce faire, la série n’omet pas de mettre l’horreur face au spectateur, et les atrocités commises par Kilgrave trouvent leur traduction graphique à l’image. Tout est fait pour que l’on suive cette histoire comme un voyage en enfer, jusqu’à citer Dante : “Toi qui entre ici, abandonne tout espoir”. Jessica Jones est un personnage brisé, à l’image de la porte d’entrée de son agence Alias Investigation, et du graphisme choisi pour illustrer la série. C’est un personnage brisé dans un monde brisé, et le chemin de sa reconstruction passe par l’affrontement à avec l’outil de sa destruction : Kilgrave. C’est finalement cela que raconte cette première saison de Marvel’s Jessica Jones.

Crédits: Netflix/ Marvel