Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

Pas de commentaires

Ouat the fuck!

Ouat the fuck!
Charlotte Calignac

Once Upon A Time (Il était une fois) est une série diffusée sur ABC aux USA et M6 en France. La troisième saison s’est terminée en mai dernier outre-Atlantique, tandis qu’une quatrième est en cours d’écriture et de tournage.

Le concept de base est intelligent et rafraîchissant : et si les personnages bien connus des contes de fées de notre enfance étaient piégés dans le monde réel sans jamais avoir connu leur fin heureuse ? C’est l’occasion de revisiter et réinterpréter ces histoires en leur donnant un coup de fouet plus moderne, ainsi que de voir tous nos personnages préférés habiter l’écran.

Flashback saison 1 : tous les personnages sont bloqués dans une ville fictive Storybrook (Story book, le livre d’histoire, quel jeu de mot brillant et je peux donner des leçons, vous avez vu ce titre d’article édifiant ? Même Gad Elmaleh aurait pas fait mieux dans une pub télé), le temps arrêté, à errer sans jamais trouver leur fin heureuse. La seule façon de briser la malédiction lancée par la Méchante Reine est que la Sauveuse vienne les libérer. C’est la fille de Blanche-Neige, Emma, envoyée dans le monde réel trente ans auparavant qui est la Sauveuse. Sauf qu’elle ne croit pas en la magie et qu’il le faudrait pour sauver tout le monde.

Flashback saison 2 : je ne me rappelle plus, pour être sincère. La Méchante Reine était parfois méchante mais au fond elle est gentille, Henry le fils adoptif de la Méchante Reine et fils biologique d’Emma est toujours insupportable et Emma en veut à ses parents de l’avoir abandonnée. À la fin, Henry se faisait enlever et littéralement tous les membres de sa famille étaient prêts à se sacrifier pour lui. Sa famille, et le très sexy Capitaine Crochet.

Le principe de base de la série est très intelligent mais l’exécution est franchement lamentable et retire tous le plaisir à suivre les épisodes.

JASON BURKART, RAPHAEL ALEJANDRO, SEAN MAGUIRE, GABE KHOUTH, LANA PARRILLA, JEFFREY KAISER, GINNIFER GOODWIN, MIG MACARIO

Il y a de bons côtés, de belles surprises, et souvent une jolie tentative de réinterprétation des contes. Ma préférée est celle où la Bête de la Belle et la Bête est finalement le personnage de Rumpelstiltskin (à vos souhaits). La Belle lui permet un arc de rédemption intéressant sans pour autant faire de Rumpel un de ces insupportables naiseux. Mais pas question de prendre trop de libertés. Si vous avez lu les contes ou vu les dessins animés, pas de gros changements en perspective. Certains ont affirmé qu’il était intéressant de faire de Peter Pan un méchant, mais dans le livre, le personnage n’a rien d’un véritable gentil et il incarne tous les mauvais côtés de l’enfance : l’égoïsme, la possessivité, l’égocentrisme, la cruauté… Peu surprenant donc que la série s’en serve comme méchant (efficace, et très bien interprété du reste, même si la storyline est longue et qu’on a l’impression de stagner 80% du temps pour rien).

Mais mon plus gros problème n’est pas du tout la fausse « réinterprétation ». Mon plus gros problème, c’est la niaiserie parfaitement assumée. Ok, OUAT est une série familiale, parfaite pour regarder avec toutes les générations. Les contes cyniques, didactiques et cruels qui servaient à enseigner une morale ont déjà été largement lissés par l’industrie Disney. Alors rajouter par-dessus des dialogues dignes d’une pré-ado et du rabâchage systématique qu’il suffit de croire, qu’il suffit d’avoir foi en son destin, et que l’amour triomphera de tout… Ben non. Que les producteurs et scénaristes insistent sur le fait qu’on ne naît pas méchant mais qu’on le devient, soit. Mais répéter à tout va que le Bien triomphe du Mal juste parce qu’on y croit, que tout le monde mérite une seconde (troisième, énième) chance sauf les Grands Méchants, c’est pareil. Non. Au secours. La famille Charming est tellement insupportable que j’en suis à soutenir Regina et Rumpel de façon systématique. Sans compter le fait qu’au moins leurs techniques sont efficaces quand celles des Charming les fait juste tourner en rond sur une île la moitié de la saison sans le moindre effet (à part nous faire croire que Charming va mourir, ce qui n’arrivera JAMAIS parce qu’on est sur Disney et que le gentil papa qui se bat pour sa famille ne peut pas mourir).

Je vous fais grâce de mon avis complètement négatif sur le jeu de Jared Gilmore, l’interprète de Henry qui est aussi insupportable que mauvais. L’échange de corps avec Pan en saison 3 m’avait laissé l’espoir d’un changement d’acteur mais… non. Grosse déception. Occasion loupée, si vous voulez mon avis absolu. Dommage, c’est pas les enfants talentueux qui manquent.

Autre détail qui me fait grincer sauvagement des dents : les effets spéciaux. Sans rire, même en 1980 George Lucas faisait mieux avec moins de moyens. Les écrans verts sont si manifestement visibles qu’il est impossible de croire une seule seconde aux « flashbacks/contes » qui devraient pourtant nous faire rêver. J’ai conscience du prix que peuvent représenter des plateaux, des décors à construire ou des locations de lieux, surtout si ce n’est que pour quelques scènes et pour une seule saison. Mais avoir recourt à un CGI raté systématiquement n’aide franchement pas à vendre le côté « enchanté » de cette forêt. Je préfère revoir 30 fois la même grotte/pièce décorée à peine différemment (ça peut être totalement assumé d’ailleurs) que fixer les pieds de Regina fouler le carrelage loupé du château de la méchante reine avec des effets de profondeur tout aussi moches. On peut faire du conte de fée cheap, et compte tenu de la réinterprétation assumée et voulue par les auteurs, la série aurait beaucoup à gagner à ne pas se prendre au sérieux. C’est ce mélange des genres qui fait que j’ai du mal à tout avaler.

ouat

Enfin, mon problème réside dans la réinterprétation « choisie » : on est en 2014. Réinterpréter des contes et se focaliser sur les familles hétéros blanches, c’est… ben disons que ça fait très époque moderne au sens historique du terme (Perrault, Grimm, etc. ont écrit au XVIIème siècle). Et que quand il y a un peu de diversité, autant dire que c’est pas glorieux et que ces personnages peuvent s’asseoir sur leur « happily ever after » (« ils vécurent heureux jusqu’à la fin », dans les contes américains/anglais, les gens n’ont pas beaucoup d’enfants, ils se contentent de vivre heureux, et c’est déjà pas mal).

Je m’explique : tous les personnages principaux sont blancs. Aladdin, ou la Princesse et la Grenouille, auraient été les occasions idéales pour reprendre des personnages aux ethnies différentes et montrer un peu de mixité dans Storybrook. Un seul personnage d’Aladdin a été repris, et à peine été adapté : le génie/miroir magique qui meurt dans la première saison et a une vie juste tragique et sans amour. Lancelot est un faire-valoir qui apparaît un épisode ou deux et n’est plus jamais (ou à peine) mentionné. En saison 3 on a eu un épisode de Raiponce qui s’est conclu immédiatement mais qui était juste pour mettre encore une fois en avant Charming.

Quant à Mulan, elle est doublement problématique. D’abord, en tant que minorité ethnique, elle a un rôle relativement faible. On la voit rapidement en saison 2, plus brièvement encore en saison 3, et son histoire s’arrête brutalement en milieu de saison. D’aucuns argumenteront que l’actrice devait tourner ailleurs, mais les scénaristes étaient prévenus : pourquoi commencer une storyline et l’arrêter sans la moindre résolution ? Pour répondre à une critique faite en saison 1, les producteurs ont décidé de faire en sorte d’inclure un peu de « mixité sexuelle » (je sais pas comment dire ça autrement, désolée si c’est moche) et de faire de Mulan un personnage sinon homosexuel au moins bi. En mi-saison 3, Mulan s’apprête à faire sa déclaration à Aurore, qui lui annonce de but en blanc qu’elle est enceinte avant de pouvoir entendre que son amie a des sentiments pour elle. Mulan la félicite puis part en pleurant. Deux saisons qu’on voit les sentiments de Mulan évoluer et c’est impossible pour les scénaristes d’essayer d’explorer la réaction d’une amie qui découvre les sentiments de quelqu’un pour elle ? Pourquoi lancer cette storyline en saison 3 si l’actrice allait être occupée ?

Bon, sur internet y a aussi des gens qui pensent que Regina et Emma formeraient un couple parental moderne, et que si Regina était un homme (ou inversement), les scénaristes se serviraient de l’alchimie sans se poser de questions. C’est à mon sens aller un peu loin quand même, car j’aime mieux l’accent mis sur l’inné et l’acquis, sur la résonnance qu’a l’amour maternel qu’il s’agisse d’adoption ou de biologie. Dans ce cas la difficulté à concilier deux mamans aux responsabilités différentes est plus intéressante que voir deux femmes que tout oppose tomber amoureuses (du moins à mon sens). Et puis on est chez Disney, faut pas non plus pousser mémé sur des thèmes aussi « modernes ».

Au final, c’est sacrément impressionnant que le point fort de la série soit ses méchants : Regina et Rumpel qui ont tous les deux leur rédemption, tout en gardant une certaine noirceur qui les rend attachants et les maintient intéressants (au contraire de la famille Charming qui donne des envies de meurtre tellement ils sont niais et inefficaces).

Once-Upon-a-Time-season-3

En somme, voilà pourquoi OUAT m’exaspère : parce qu’elle se veut moderne, parce qu’elle veut offrir des interprétations sous un nouvel angle mais qu’on reste sur les mêmes sempiternelles valeurs sans réflexion profonde réelle, et que le tout est servi à la sauce mièvre insupportable à l’arrière-goût effets spéciaux qui font saigner les yeux.

Mais comme je suis masochiste, je regarderai bien sûr la saison 4. En plus, y aura même la Reine des Neiges !

Crédits: ABC