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Pilote d’essai: Narcos (Netflix)

Pilote d’essai: Narcos (Netflix)
Fanny Lombard Allegra

La review

Pilote
7
Casting
6.5
Scénario
6.5
Réalisation
7
Envie de voir la suite
7
6.8

Réussi

Prodigue en séries variées mais toujours médiatisées, Netflix attaque la rentrée en lançant Narcos. Comme son titre le laisse deviner, cette production promet une plongée dans l’univers des narcotrafiquants, avec une première saison centrée sur le célèbre chef du cartel de Medellín, Pablo Escobar. Comme de coutume, elle est déjà disponible en intégralité sur la plateforme. Mais le pilote rend-il suffisamment accro pour qu’on se fasse un shoot de 10 épisodes, ou frôle-t-on déjà l’overdose ?

Fin des années 70. Le colombien Pablo Escobar (Wagner Moura), riche contrebandier, est contacté par un trafiquant de drogue chilien qui compte sur ses réseaux pour écouler sa marchandise à travers l’Amérique du Sud. Mais Escobar voit plus loin, et ambitionne de prendre en charge le trafic de la production à la distribution et de vendre sur le sol américain en touchant Miami.  Le commerce s’avère vite redoutablement lucratif et la réussite s’étend au-delà de toutes espérances, mais les répercussions sociales et économiques de l’afflux de cocaïne sur le sol américain incitent les autorités à réagir. Steve Murphy (Boyd Holbrook), agent de la DEA habitué aux petits délinquants et aux saisies de quelques kilos de marijuana part alors en Colombie pour se frotter au baron de la drogue et faire équipe avec un agent local, Javier Peña (Pedro Pascal – le Oberyn Martell de Game of Thrones), au sein d’une unité chargée d’endiguer le trafic.

NARCOS S01E06

Si l’on part du principe qu’un pilote a pour fonction de poser une situation, un cadre et des personnages, ce premier épisode de Narcos est un peu déconcertant. Il remplit clairement les deux premières conditions mais reste en apparence très succinct quant à ses protagonistes, Pablo Escobar monopolisant l’écran. Déjà héros d’une télénovela dispensable (Le Patron du Mal) et du film Paradise Lost (2014), bientôt à l’affiche d’un autre long-métrage avec Javier Bardem, le célèbre trafiquant est ici interprété par Walter Moura. Excellent dans le rôle – malgré une petite pointe d’accent brésilien qui, apparemment, défrise certains puristes hispanophones… – il laisse transparaître le potentiel contradictoire de brutalité et de sympathie qui fait tout l’intérêt de cette figure charismatique, familière au public. Le portrait reste un peu rapide et gagnerait à être étoffé – ce qui sera probablement fait au fil des épisodes.

Les autres protagonistes restent dans son ombre, même si la galerie des seconds couteaux se révèle haute en couleurs, en particulier du côté des narcotrafiquants. En revanche, le personnage de Steve Murphy est peu présent physiquement ; il se dévoile finalement en étant le narrateur omniprésent d’une histoire dont il connaît déjà le déroulement et la conclusion. Le procédé fonctionne très bien : en exprimant son ressenti en même temps qu’elle retrace les faits, la voix de Murphy humanise la narration et implique le téléspectateur en abattant ce fameux quatrième mur, notamment par un recours fréquent à l’interpellation et à l’adresse directe. A grands traits, le personnage plante le cadre du récit, la naissance du cartel de Medellín et le développement du trafic de cocaïne couvrant la première heure. En livrant ses sentiments et des bribes de sa vie privée, la série commence à dessiner les contours de son personnage – et si elle ne fait pour l’instant que l’effleurer, on peut espérer en apprendre davantage par la suite.  En le développant, Narcos aurait aussi le mérite de poser un vrai contrepoint à la figure d’Escobar.

Ce recours à la voix off présente aussi l’avantage de compenser l’aspect documentaire de la série, qui en mélangeant séquences filmées et images d’archives, se révèle parfois un peu trop didactique et frôle le cours magistral. La mise en place du contexte reste fluide et la frontière entre fiction et réalité a quelque chose de troublant par sa porosité. Narcos citant en exergue le réalisme magique, cela n’a rien de très étonnant : ce préambule souligne l’intégration, au sein du récit, d’éléments en apparence invraisemblables, mais relevant pourtant du réel et s’y inscrivant parfaitement.

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Ce sentiment est accentué par le réalisme général de la série, tournée sur place et avec de nombreux acteurs sud-américains. Grâce au travail sur la photographie et la palette des couleurs, elle offre une reconstitution crédible des années 80. Loin d’une biographie de Pablo Escobar, on comprend bien qu’il s’agit de dépeindre la montée en puissance des cartels de la drogue, leur implantation aux Etats-Unis, et les conséquences du phénomène au niveau local, national et international, autant sur le plan social que politique ou économique. Les propos et le ton du narrateur, volontiers cynique, posent un regard sans concessions sur les USA, dont les motivations et les agissements sont largement critiqués. Contrairement à Aquarius, qui se servait d’un événement particulier engendré par une période donnée pour en dresser le panorama, Narcos raconte donc la manière dont les faits ont affecté leur époque.

Si José Padilha a souvent cité comme référence Le Parrain, les critiques sont nombreux à avoir fait le lien avec Scorsese. La thématique même de la série se prête bien à la comparaison, mais le parallèle reste toutefois subtil sans être écrasant. De manière générale, la réalisation – classique et sans grands effets ni surprises – est agréable et efficace, et en adéquation avec la volonté indéniable de se rapprocher d’un aspect documentaire et réaliste. Il faut dire que le réalisateur brésilien, déjà derrière Bus 174 (2002) et les deux volets de Troupes d’élite (2007 et 2010), maîtrise forcément son sujet.

Enfin, on ne peut manquer de signaler le choix du bilinguisme : il participe certainement de cette même velléité mais traduit aussi le pragmatisme de Netflix, qui peut ainsi viser directement l’ensemble de son public hispanophone, tant en Amérique latine qu’aux Etats-Unis. …

Ce premier épisode de Narcos n’enthousiasmera sans doute pas ceux qui se sont emballés pour la bande-annonce explosive. Il privilégie la mise en place du contexte aux scènes d’action (en dehors de courtes séquences notables), et en étoffant son récit, la série pourrait établir un meilleur équilibre entre les deux aspects. Cependant, au vue de la démarche de Netflix, qui propose en une fois l’intégralité de ses séries, on devrait peut-être moins considérer ce premier épisode comme un pilote que comme la première partie d’un long film… Il n’en reste pas moins, à en juger par ce seul épisode, que la série semble prometteuse, intéressante et bien construite. Elle mérite en tous cas le détour, ne serait-ce que pour voir sous quelle forme – toujours documentaire ou plus narrative – elle orientera son récit.

Narcos: Série en 10 épisodes de 55 minutes environ.

Crédit photos : Netflix.