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Pilote d’essai : Shades of Blue (NBC)

Pilote d’essai : Shades of Blue (NBC)
Fanny Lombard Allegra

La review

PILOTE
6
SCENARIO
6.5
CASTING
5.5
REALISATION
5.5
ENVIE DE VOIR LA SUITE
6.5
6

N'est pas The Shield qui veut...A confirmer

Suite des lancements de midseason : pour sa rentrée 2016, NBC  présente Shades of Blue, une série policière qui retient d’abord l’attention en raison de la présence, à l’écran et en tant que coproductrice, de Jennifer Lopez. Le récent échec de Agent X, qui comptait pourtant Sharon Stone au casting, a prouvé s’il en était besoin qu’une tête d’affiche prestigieuse ne suffisait pas à garantir le succès ou à emporter l’adhésion du public. Shades of Blue a-t-elle quelque chose de plus à offrir que la simple présence d’une star ? La série de la bomba latina a-t-elle de quoi faire exploser les audiences ? Eléments de réponse avec le pilote.

Mère célibataire, Harlee Santos (Jennifer Lopez – vue notamment au cinéma  dans Hors d’Atteinte) est inspectrice de la police de New York. Flic sexy et dure à cuire, c’est une femme d’action habituée du travail sur le terrain, qui n’hésite pas à couvrir son partenaire, la jeune recrue Loman (Dano Okeniyi – Hunger Games), en cas de bavure. Proche de son supérieur Bill Wozniak (Ray Liotta Les Affranchis,Texas Rising), elle fait partie d’une équipe soudée mais corrompue : aux côtés de ses collègues, elle rackette les petits dealers et s’allie avec les chefs de gang, autant pour maintenir un semblant d’ordre dans les rues que pour arrondir ses fins de mois et augmenter un salaire qui ne lui permet pas d’élever correctement sa fille adolescente. Piégée par l’agent du FBI Robert Staal (Warren Kole Stalker, FBI duo très spécial), elle est alors confrontée à un dilemme : pour éviter la prison, les fédéraux lui proposent de collaborer afin de faire tomber sa brigade…

Scène d’ouverture : les traits tirés, le visage défait marqué par les hématomes, Harlee Santos enregistre une confession : « Je me suis toujours dit que la fin justifiait les moyens. Mais maintenant que j’arrive à la fin, je ne peux rien justifier » avoue-t-elle, face caméra. Un flashback nous ramène alors deux semaines plus tôt, avant les évènements qui ont conduit Harlee au point de non-retour. Le procédé est classique : on songe aux récentes Quantico ou How to get away with murder, qui poussent cependant l’effet plus loin en développant deux lignes temporelles. Shades of Blue se contente d’une simple anticipation, pour annoncer la direction vers laquelle va tendre le récit : elle pose d’emblée la question centrale qui tient lieu de fil conducteur, et qui consiste à savoir comment on en est arrivé là. Convenu mais habile, ce point de départ  favorise une certaine empathie avec l’héroïne, présentée en position de faiblesse voire en victime.

C’est très malin de la part des scénaristes, qui posent  en introduction un regard aux antipodes de celui que l’on porte sur Harlee tout au long du pilote puisque celle-ci nous est dépeinte comme une femme forte et indépendante, sûre d’elle et resplendissante. En tant qu’inspectrice, c’est un bulldozer, qui a coutume de prendre les choses en main et que rien ne semble déstabiliser : l’une des premières séquences la montre ainsi falsifiant une scène de crime, après que son équipier novice a commis une bavure en abattant un suspect désarmé. Boucles en cascade, maquillage impeccable, vêtements sexy mettant en valeur une plastique de rêve, Harlee Santos est toujours parfaite – qu’elle course un malfaiteur, subisse un interrogatoire serré devant les affaires internes, ou s’envoie en l’air avec son coach après un entraînement de boxe. Mais sur le plan personnel, elle laisse entrevoir une certaine sensibilité, notamment dans ses rapports avec sa fille, adolescente brillante dont elle a du mal à payer la scolarité. L’ambivalence du personnage reste cependant superficielle, et un peu trop artificielle pour emporter totalement l’adhésion – à moins que les épisodes à venir n’approfondissent et n’affinent cette double facette.

Si le pilote est représentatif du reste de la série, ce travail d’écriture va s’avérer essentiel car tout le scénario semble tourner exclusivement autour du personnage incarné par Jennifer Lopez, qui accapare l’écran au point que l’on compte sur les doigts d’une main les scènes dont elle est absente. Sur le long terme, cela pourrait être un handicap dans la mesure où cette omniprésence empêche Shades of Blue d’étendre son récit aux autres protagonistes ; pour l’instant, ce n’est qu’un désagrément mineur car Jennifer Lopez démontre qu’elle a les épaules suffisamment larges pour porter l’amorce de la série.  Les fans seront ravis, tandis que les autres redécouvriront l’indéniable prestance de l’actrice, que certains errements cinématographiques avaient pu occulter. Elle fait également preuve d’une belle palette de jeu, jonglant facilement entre force et fragilité, assurance et doute, et elle est tout aussi convaincante en plaquant un suspect au sol qu’en se lamentant lorsqu’elle ne peut assister au concert donné par sa fille.

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Malheureusement, la mise en vedette de Jennifer Lopez se fait au détriment de ses partenaires, relégués au second plan dans le meilleur des cas. Encore Ray Liotta profite-t-il de deux séquences intéressantes car diamétralement opposées, illustrant là encore un personnage complexe quoi que moins développé : lieutenant autoritaire vociférant ou  ami compréhensif et sympathique, son interprétation tranchée est assez efficace. Le duo Lopez / Liotta fonctionne en tous cas très bien, le second endossant presque un rôle de père spirituel. De son côté,  Dano Okeniyi a droit à une scène d’introspection dont il se sort avec les honneurs. En revanche, le reste du casting est largement sous-exploité, réduit à jouer les utilités : Drea de Matteo (Les Soprano, Sons of anarchy) est plus présente sur l’affiche que dans le pilote, où elle n’a droit qu’à une pauvre ligne de dialogue sans rapport avec l’intrigue ; Warren Kole manque de charisme, il reste transparent et son personnage d’agent fédéral ne fait pas le poids face à Santos ; quant aux pauvres Vincent Laresca, Santino Fontana (Crazy Ex-Girlfriend) et Hampton Fluker, ils ne servent strictement à rien… On retrouve ici l’un des travers du créateur de la série Adi Hasak qui, au cinéma, a souvent privilégié les scènes d’action en minimisant l’apport des personnages – par exemple dans From Paris with love ou 3 days to kill.

De l’action, il y en a dans Shades of Blue. Elle reste classique – courses poursuites, portes défoncées pour faire irruption chez les suspects, plaquage au sol des criminels – et ne se démarquent pas des scènes vues et revues dans les séries policières traditionnelles. L’originalité n’est pas davantage à chercher du côté d’une réalisation sans audace, correcte mais basique. Reste la base du scénario – à savoir cette inspectrice corrompue, contrainte de trahir les siens. Mais là encore, il faut bien reconnaître que Shades of Blue a un arrière-goût de réchauffé, dans tous les aspects qu’elle entend traiter. Les dialogues sont parsemés de poncifs, les développements semblent prévisibles, et les grands thèmes rappellent d’autres séries. La conciliation de la vie de femme-flic et du rôle de mère a déjà été traitée dans The mysteries of Laura et surtout, la brigade de flics ripoux renvoie instantanément à celle de The Shield, série dont Shades of Blue semble tellement inspirée que Shawn Ryan aurait sans doute le droit de se fâcher… Encore que ce soit un The Shield light, sans la violence, le réalisme sordide et la subversion qui en faisaient en grande partie l’intérêt. Certes, les flics de Shades of Blue sont des ripoux, mais leurs exactions sont un mal nécessaire pour endiguer le trafic de drogue, et ils ne pactisent avec les trafiquants que pour préserver un certain équilibre entre les gangs : la paix publique et la sécurité des citoyens sont à ce prix. Oui, ils se couvrent les uns les autres en cas de bavure, mais c’est parce qu’ils forment une grande famille solidaire, et de toute façon le dealer avait une arme planquée dans un sac. Bien sûr, le lieutenant Wosniak livre un type, pieds et poings liés, à une bande rivale, mais il s’est bien assuré auparavant que celui-ci n’avait pas d’enfants… Qu’on se le dise : la morale est presque sauve dans Shades of Blue, et Harlee Santos n’est pas Vic Mackey.

Justement, on aurait pu espérer que Shades of Blue trouverait une certaine spécificité en adoptant le point de vue d’un personnage féminin, quand le policier véreux et plus largement l’anti-héros restent en général l’apanage des hommes dans la fiction. Mais l’écriture est résolument masculine et transforme Harlee en une sorte de fantasme masculin, entre la bad girl sexy qui colle son mec au mur, la figure maternelle protectrice  et la demoiselle en détresse. Entre tous ces clichés, le personnage est trop lisse et trop consensuel pour que le choix qui s’offre à elle – trahir ses amis pour échapper à la prison – puisse véritablement tenir lieu d’enjeu dramatique, alors que le même dilemne aurait provoqué un réel conflit intérieur chez un personnage plus torturé (comme – tiens, tiens… – Curtis Lemansky ou Shane Vendrell dans The Shield)

Shades of Blue - Season 1

Shades of Blue a quelques belles cartes à jouer, à commencer par un scénario solide à défaut d’être innovant, et la présence de Jennifer Lopez, sublime et formidable dans le rôle qu’elle endosse. Elle s’annonce donc au minimum comme une série policière très correcte, plaisante à regarder. Pourtant, on ne peut s’empêcher de penser que le résultat pourrait être nettement supérieur. Manquent des personnages plus affirmés, capables de se confronter à l’héroïne, et une tension dramatique susceptible de porter l’intrigue. Si Shades of Blue va dans ce sens, elle parviendra peut-être à se démarquer et à séduire le public, en se positionnant quelque part entre The Shield et Blue Bloods. Cross-over improbable, mais assez intrigant… En attendant, Jenny from the block fait quand même le job.

Shades of BlueNBC.

12 épisodes de 45 minutes environ.

Crédit photos : NBC