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Un Commentaire

Pilote d’essai : The Grinder (Fox)

Pilote d’essai : The Grinder (Fox)
Fanny Lombard Allegra

La review

Pilote
8.5
Scénario
8
Casting
8
Envie de voir la suite
9
8.4

Rating

Ce qui est agréable, avec les nouveautés de la grille de rentrée télévisée, c’est que vous ne savez jamais vraiment à quoi vous attendre. Bien sûr, il y a les projets que vous guettez avec impatience, et dont le premier épisode vous laisse sur votre faim. Mais il y a aussi ces pilotes qui vous enchantent, alors qu’objectivement, vous n’attendiez rien de particulier de la série… Tel est le cas de The Grinder, lancé cette semaine sur la Fox. Une bonne  surprise et sans doute l’une des nouveautés les plus prometteuses.

Confortablement installé dans le salon de la maison familiale, dans l’Idaho, Dean Sanderson (Rob Lowe) regarde l’ultime épisode de The Grinder (littéralement, « le broyeur »), série judiciaire dont il est le héros. Avec l’arrêt du programme, l’acteur se remet en question et, malgré le succès, il envie l’existence de son frère Stew (Fred Savage). Marié et père de deux enfants, celui-ci a suivi les traces du patriarche (William Devane) en devenant avocat. Lorsque Stew échoue lamentablement en ratant sa plaidoirie en plein tribunal, Dean prend alors conscience de sa véritable vocation : redoutable avocat à l’écran, pourquoi ne le serait-il pas dans la vraie vie ? Au grand dam de Stew, qui ne cesse de lui répéter qu’il faut tout de même suivre des études de droit et être inscrit au barreau pour embrasser la carrière, Dean s’empare de l’affaire…

Le pilote de The Grinder est extrêmement efficace, à commencer par sa séquence d’ouverture originale qui met immédiatement le spectateur dans l’ambiance. Aucune longueur, pas de scène d’exposition monotone, pas de digression bavarde, mais une plongée directe dans la situation qui sert de point de départ. Le procédé fonctionne très bien, d’autant que la série The Grinder (la fausse, celle de Dean Sanderson) est une de ces séries judiciaires grandiloquentes totalement crédibles, comme nous en avons tous déjà vues. Les réactions des différents personnages, les commentaires qu’ils échangent suite à cet épisode final dessinent  déjà leurs caractères et dressent une première ébauche habile de leurs relations.

La série démarre ainsi rapidement et elle parvient à imposer dès les premières minutes un rythme enlevé, où les répliques fusent entre les deux frères. Indubitablement, le show tourne autour du duo formé par Rob Lowe (citons entre autres A la maison blanche ou, plus récemment, Parks and Recreation) et Fred Savage  (passé derrière la caméra, mais découvert adolescent pour son rôle dans Les années coup de cœur) et, à la lumière de ce seul pilote, tous deux semblent très bons dans leur rôle respectif. Le premier, acteur médiatique égocentrique et sûr de lui, se comporte comme s’il jouait en permanence son rôle de personnage de fiction, et chacune de ses sorties emphatiques sorties tout droit des dialogues de sa série s’accompagnent d’une musique dramatique parfaitement déplacée et donc très drôle ; il aurait pu être antipathique, mais Rob Lowe lui insuffle une sorte d’inconscience naïve toute enfantine, à la fois amusante et touchante, qui fait de lui une sorte de Buzz l’éclair de Toy Story – à ceci près qu’il est persuadé de pouvoir plaider, au lieu de voler. Tout au contraire, le personnage de Stew manque cruellement d’assurance face à ce frère si charismatique, il y a quelque chose de frustré en lui et son épouse souligne innocemment qu’il se comporte comme un second rôle dans sa propre vie ; Fred Savage dose habilement ses effets et donne le juste poids comique à ses expressions faciales et à son texte. A leurs côtés, les autres protagonistes sont encore un peu effacés – mais soyons patients, il ne s’agit que d’un pilote ! Si l’épouse de Stew (Mary Elizabeth Ellis It’s always sunny in Philadelphia) semble incarner la voix de la raison en contrebalançant le ton humoristique attaché aux autres personnages, on peut espérer que The Grinder saura mettre en avant William Devane (inoubliable Greg Sumner de Côte Ouest, et dernier président en date de 24 heures chrono), alias Dean Sanderson Senior, et chez qui l’on devine un fort potentiel comique.

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En attendant,  la dynamique entre les deux acteurs principaux marche à la perfection, l’un forçant le trait quand l’autre est plus mesuré, et vice-versa. Ils sont donc complémentaires, à l’image de leurs personnages. Car on comprend très vite le ressort central de l’histoire : quand Stew est un fin connaisseur du droit, il est un piètre orateur et, à l’inverse, Dean ne maitrise de la loi que les formules toutes faites déclamées devant la caméra, mais il a le sens du spectacle et sait captiver et convaincre un auditoire. Sur ces différences se fonde l’alliance entre les deux héros, même si l’on sent bien que leurs rapports familiaux et une certaine forme de rivalité risquent fort de gripper la belle mécanique…

C’est peut-être le reproche que l’on pourrait faire au pilote de The Grinder, tout de même prévisible dans son déroulement. Les développements sont attendus, tout comme les dialogues qui n’en demeurent pas moins drôles et bien écrits. L’intérêt de The Grinder semble toutefois reposer principalement sur le décalage entre le côté absurde de la situation qu’il met en scène et son acceptation quasi-unanime. Un acteur de série incarnant un avocat qui décide de plaider pour de vrai devant la cour, voilà qui semble aller de soi ! Et cela soulève même l’enthousiasme général, tout le monde adorant Dean / The Grinder. Seul Stew soulève une objection pleine de bon sens, sans que personne n’y attache la moindre importance. C’est é »norme, c’est ridicule… et ça fonctionne complètement, parce que The Grinder (la vraie série, celle avec Rob Lowe. Vous suivez ?) assume totalement, avec un ton décomplexé rafraîchissant. Elle joue à fond sur les codes des procéduraux judiciaires avec rebondissements éculés, interrogatoires faussement dramatiques et plaidoiries emphatiques et solennelles. La scène du tribunal, où Dean affronte un procureur (Kumail Nanjiani, vu dans Silicon Valley) qui ne sait plus où objecter de la tête, est hilarante. L’idée originale, l’outrance et la mise en abyme pimentent agréablement l’épisode.

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Pris au premier degré, le pilote annonce donc a priori une série sympathique et amusante. Mais The Grinder retient aussi l’attention parce que, derrière la façade de comédie apparaissent des thématiques plus profondes, susceptibles d’enrichir la série en lui conférant plusieurs niveaux de lecture. Finalement, le personnage interprété par Rob Lowe pose avec légèreté une question intéressante : la manière dont nous nous voyons et dont nous perçoivent les autres détermine-t-elle qui nous sommes ? J’en conviens : présenté de cette manière, cela paraît pompeux… Mais lorsque Dean demande à son frère s’il préférerait mourir d’une crise cardiaque plutôt que d’être sauvé par Noah Wyle, sous prétexte que celui-ci ne fait qu’interpréter un médecin, l’argumentation drôle et implacable est assez révélatrice. Cette idée, poussée à son paroxysme, oppose aussi deux visions de l’existence : Stew croit aux vertus du travail et de l’effort, tandis que Dean semble penser que vouloir, c’est pouvoir. A l’heure actuelle, il est bien sûr impossible de dire jusqu’à quel point The Grinder poursuivra dans cette direction…

Il est délicat de juger d’une série d’après un seul épisode. Il y a toujours le risque que The Grinder s’enlise dans une certaine routine, en répétant d’une semaine sur l’autre le même schéma narratif avec  « le procès de la semaine » ou en caricaturant les rapports entre les deux héros. Mais le doute doit profiter à l’accusé, et devant ce pilote très réussi, nous ne voyons aucune objection à poursuivre la procédure sur toute une saison. Avec en prime les félicitations du jury !

Crédit photos : Fox Broadcasting Company