Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

Pas de commentaires

(Plus vraiment) En marge de Downton Abbey #3: La pleine Lunn illumine Downton

(Plus vraiment) En marge de Downton Abbey #3: La pleine Lunn illumine Downton
Vivien Lejeune
  • Le 18 septembre 2015
  • http://www.ecranfantastique.net/

A l’occasion de la diffusion du premier épisode de la saison 6 de Downton Abbey ce week-end sur ITV, nous vous proposons la suite de notre entretien avec le compositeur John Lunn… rencontré quelques heures avant le mémorable concert consacré à la série lors de la soirée de clôture du Festival Série Séries de Fontainebleau en juillet dernier. Entre coulisses musicales et avenir possible pour la famille Crawley et leurs domestiques au-delà de son ultime épisode… le musicien vous dit tout.  

Quelle a été votre inspiration première pour la création du dorénavant si iconique thème d’ouverture de Downton Abbey ?

C’est d’autant plus amusant que, comme pour La petite Dorrit, j’ai travaillé à l’inverse sur Downton Abbey… Le premier épisode de la série ne contenant pas ce générique, ma première composition a été pour accompagner l’arrivée de M. Bates, seul, dans le train par un solo de piano… Il regarde les nuages avec une certaine émotion et les cordes entrent progressivement. Ensuite, la caméra accompagne les fils télégraphiques qui sont porteurs du message visant à informer Lord Grantham qu’il a perdu ses héritiers dans le naufrage du Titanic… Bien sûr, cette information n’est pas encore dévoilée à ce moment précis mais la musique est justement là pour gagner en intensité et apporter quelques indices émotionnels à propos des évènements qui vont suivre. Au final, on découvre un magnifique plan de la maison en parfaite harmonie. Depuis la première image, tout nous destinait à cet instant. Et c’est bel et bien le tout premier morceau que j’ai composé pour la série, en totale progression. Tout de suite après, j’ai enchaîné avec cette scène où les domestiques se lèvent et commencent à tout mettre en place pour le bon déroulement de la journée… Et ça m’a rappelé le train. Comme une même machine bien huilée. De là est né ce motif un peu répétitif, à la fois élégant et pompeux, qui fonctionne très bien à l’image. Dès que j’ai eu terminé ces deux pièces, je savais que nous tenions l’identité musicale de la série. Du coup, j’en ai sorti une version de 30 secondes et ils ont intégré le titre « Downton Abbey » à ce moment-là.

Downton-domestiques

Un générique qui a, par ailleurs, également disparu lors de la diffusion du premier épisode de la saison 4…

C’était avant tout un choix éditorial émanant de Julian Fellowes et Garteh Neame. Suite à la disparition de Matthew à la fin de la troisième saison, nous avons ressenti qu’il était impossible de débuter cette nouvelle salve d’épisodes comme si de rien n’était.

La tonalité du thème était-elle trop « joyeuse », presque entraînante ?

Absolument, il est beaucoup trop positif… Pourtant, nous avons reçu quelques plaintes de téléspectateurs car ils ont tout d’abord cru qu’on avait littéralement laissé tomber le générique. C’était une réaction d’autant plus étrange qu’à peine quelques minutes après cette ouverture en forme de deuil, nous revenions assez clairement vers de la pure tradition Downton Abbey. Personnellement, j’ai trouvé que ça fonctionnait à merveilles mais le mérite ne m’en revient pas vraiment.

Vous êtes-vous intéressé au film Gosford Park, écrit par Julian Fellowes et que l’on pourrait presque regarder comme un pilote à Downton Abbey ?

Pas du tout… D’ailleurs, le compositeur de ce film est également écossais (Patrick Doyle, le compositeur attitré de Kenneth Branagh – ndlr). Mais je n’ai sciemment pas écouté ce qu’il avait fait afin de ne pas être influencé. Mais, à la réflexion, peut-être que j’aurais dû (rires) !

Downton-Mary

Quelle routine de travail adoptez-vous pour la création musicale de Downton Abbey ?

Je dispose d’environ trois semaines à pour finir chaque épisode. Et tous vont comporter leur lot d’inédit ; comme de nouveaux personnages pour lesquels je vais devoir composer de nouveaux thèmes. Mais environ 75 % de la musique consiste principalement en de la réécriture. Ce qui ne nous empêche pas de bénéficier de nouvelles sessions d’enregistrement pour chacun des épisodes tournés. Le tout avec un orchestre bien sûr ! Absolument tous les sons sont véritables… En revanche, je prépare toujours, au préalable, un genre de maquettes à partir de sons samplés afin de les faire écouter au producteur exécutif Gareth Neame, de même qu’à la productrice Liz Trubridge, et de recueillir leurs notes. Après quoi, et le cas échéant, je retravaille un peu ma musique. Naturellement, j’interprète ensuite moi-même les sections de piano. Et, voilà, le tour est joué !

Les monteurs ont-ils tout de même recours à des musiques temporaires, comme c’est souvent le cas au cinéma ?

Oui, en effet. Mais à moins de véritablement trouver quelque chose de particulier, ils utilisent mes morceaux précédents. En revanche, et bien que cela puisse s’avérer particulièrement utile, nous n’utilisons jamais deux fois le même morceau dans la mesure où chaque partie musicale est orchestrée de manière presque chorégraphique, en fonction des différents dialogues et actions. C’est très minutieux. Du coup, il est vraiment très rare de trouver une bande temporaire qui soit exactement en accord avec l’image.

DSC_4044

A la vision des épisodes, il arrive régulièrement que le spectateur puisse avoir l’impression que certains morceaux sont interrompus assez brutalement. Est-ce là un choix artistique ou une contrainte de la chaîne en fonction des interruptions publicitaires ?

Je pense en effet que c’est directement lié à l’insertion des pauses publicitaires. Je dois vous avouer que je n’ai jamais eu l’occasion de voir des épisodes en France… et je ne sais pas exactement quel contrôle ils ont sur les diffusions étrangères. J’ai pour habitude d’achever ces morceaux de fin d’actes de manière effectivement assez rapide mais avec, néanmoins, une vraie note finale. Toutefois, une fois rattaché à la séquence suivante, s’il n’y a plus de pause publicitaire entre les deux, l’enchaînement de ces deux sons peut effectivement se révéler aussi hasardeux qu’inapproprié… tout simplement parce que nous avons perdu l’aération qu’offre la diffusion originale d’ITV. Je devrais faire un peu plus attention à ce genre de choses… Car il est vrai que je ne travaille qu’en fonction de la version de diffusion, sans nécessairement penser aux autres pays ou aux coffrets DVD/Blu-ray.

Ce n’est plus un secret depuis longtemps : la sixième saison de Downton Abbey sera la dernière… Mais la série s’achèvera-t-elle par la diffusion du huitième épisode ou bien disposera-t-elle, comme chaque année, d’un grand téléfilm de Noël en guise de bouquet final ?

Oui, je vous rassure tout de suite… Il y aura bien un téléfilm spécial pour le soir de Noël ! Et il y a même des discussions qui se déroulent actuellement en faveur du développement d’un long-métrage pour le cinéma. Mais rien n’est encore joué…

DSC_4033

Il était également question d’une série dérivée, sous forme de préquelle, qui raconterait la jeunesse et la rencontre de Robert et Cora…

C’est tout à fait exact. Et même si, là encore, rien n’est signé, je sais néanmoins que les discussions sont toujours ouvertes et d’actualité. Mais quelle qu’en soit la forme, je serais vraiment très étonné que Downton Abbey ne dispose pas prochainement d’un spin-off… sous une forme ou sous une autre.

Comment envisagez-vous votre ultime journée de travail sur la série ? Peut-être comme un grand Requiem…

A l’heure où nous nous parlons (en juillet 2015 ndlr), je n’ai pas encore eu le temps de lire le scénario de cet ultime épisode. Je l’ai reçu il y a deux ou trois jours et je n’en suis qu’à la moitié… Je n’ai donc pas la moindre certitude sur la façon dont tout cela va se terminer. Même si j’ai quand même ma petite idée (rires). Mais, oui, cette ultime session aura bel et bien des allures de requiem. Et à plus d’un titre. Downton Abbey a représenté une telle importance dans ma vie ces six dernières années… S’il y a une chose que je sais à propos de cette dernière journée, c’est que nous allons filmer cet ultime enregistrement. Après quoi, nous ferons certainement une sacrée fête (rires) !

En conclusion, pensez-vous que, de nos jours, la véritable créativité en matière de musique de film est plus présente à la télévision que dans les salles obscures ?

Je suis d’accord avec vous… Dramatiquement, vous avez tout simplement le temps de vous immerger dans l’intrigue et de mieux cerner les personnages. Cela fait 25 ans que je fais ce métier et, au début, on n’entendait parler que de gros ou grands morceaux… Aujourd’hui, c’est de moins en moins le cas. Le gros de ma mission est d’établir un genre de profil psychologique musical du personnage. Il s’agit véritablement de rentrer dans la tête de quelqu’un. Prenez la plupart des drames historiques que l’on peut voir de nos jours… On ne tourne plus souvent de scènes montrant des carrosses traversant la compagne. Ca a presque disparu… On ne dispose plus du luxe offert par deux à trois minutes de plan large pour concevoir la musique, qui est de plus en plus recentrée sur l’intrigue en elle-même. Certains long-métrages usent encore de cette envergure, de cette grandiloquence qui accompagne l’action. La musique de télévision, de son côté, n’a pas ce même besoin d’être impressionnante. Et je crois que c’est justement là ce qui lui permet d’être si intéressante.

Retrouvez « En marge de Downton Abbey # 1 : Le saviez-vous ? » ici !

Retrouvez « En marge de Downton Abbey # 2 : La face cachée de la Lunn ici !

Crédits: ITV/ Vivien Lejeune