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Profession: showrunner avec Anne Landois

Profession: showrunner avec Anne Landois
Alexandre LETREN

Etre une série renommée, reconnue par la critique et le public, et tout de même chercher à continuellement muscler sa façon de travailler, démontre d’une grande intelligence de la part des équipes à la tête de Engrenages. Avec 5 saisons et presque 10 années de production, la série se dote (enfin) d’un vrai showrunner. Plutôt d’une « showrunner » en la personne d’Anne Landois chargée d’assurer la cohérence de la série (l’auteure travaille aussi actuellement sur la future saison 6). Lors de la présentation de cette saison inédite à la presse, nous avons pu rencontrer Anne Landois pour qu’elle nous explique concrètement en quoi consiste sa nouvelle affectation. 

Season One: Imposer votre patte dans « Engrenages » et en même temps épouser le cadre général de la série était important pour vous?

landoisAnne Landois: C’est justement la grande difficulté. Je suis arrivée sur la série en saison 3 et c’était une série déjà installée, avec deux saisons derrière. La nouveauté de la saison 3 fut le passage à 12 épisodes et plus 8 comme avant. On a donc pu aller plus loin avec les personnages et c’est ce qui m’a permit d’entrer dans la série, et notamment dans le juge Roban qui est au cœur de cette saison 3. Rentrer dans Roban a été pour moi une révélation: tous les personnages de la série ont des facettes que l’on ne connaît pas encore et ça donne du grain à moudre pour les saisons suivantes. C’est certains que rentrer dans la série n’a pas été facile mais ça se fait en parlant avec les consultants, avec les flics et il ne faut surtout pas se priver de comprendre le métier des policiers, des magistrats et comment ils interagissent ensembles.

Season One: En saison 5, la série semble être plus « character driven » et moins « story driven ». C’est ça le tournant de la saison 5: tout part des personnages?

A.L: C’est exactement ça. C’est d’avoir tout misé sur les personnages. Jusque là, on misait sur l’intrigue policière et on essayait de faire rentrer les personnages dedans. Du coup, on avait une intrigue policière très dense mais avec des difficultés pour les ramifications entre les personnages. Parfois, on créait des liens artificiels juste pour faire revenir des personnages qu’on n’avait pas vu depuis longtemps. On avait quelque chose de bouillonnant mais disparate. Pour la saison 5, la première question que l’on s’est posée c’est: vers quoi veut-on emmener nos personnages et qu’on ne connaît pas encore?

Season One: L’intrigue policière est donc née des personnages?

maureA.L: Oui c’est ça. L’intrigue policière est clairement née du fait que Laure Berthaud est enceinte et non le contraire. De cet événement qui survient dans sa vie ont découlé les interrogations sur les choses auxquelles on voulait la confronter, le genre d’obstacles qu’elle va devoir surmonter. Pour Laure Berthaud, être enceinte est une hérésie dans sa vie et c’est déjà en soit quelque chose d’intéressant. Comment va-t-elle vivre cet événement là en tant que flic, mais aussi et aussi en tant que femme? Et ces interrogations vont se retrouver matérialisées par l’histoire d’une famille dont la mère et la fille sont tuées. La famille, la mort, le désir d’avorter, tout ça va se retrouver lier.
Ensuite, il y a une curiosité pour certains milieux: nous n’avions jamais explorés le milieu du grand banditisme avec une équipe de braqueurs qui se met en place (nous avons avec nous des consultants de la BRB). Tout ça nous a donc beaucoup nourrit.

Season One: Qu’est ce que ce changement de statut de « showrunner » a changé dans votre façon de travailler? Avez-vous demandé que l’on vous octroie certaines libertés qui n’étaient pas jusque là octroyer aux scénaristes sur les séries?

A.L: C’est une surcharge de travail mais pour la bonne cause. C’est un poste à la croisée de tous les postes. Je suis l’interlocutrice de la chaîne, des producteurs, des réalisateurs, des comédiens, des costumes, des décors,…C’est tout bête mais c’est hyper important de savoir qui appeler en cas de soucis sur la série. Auparavant, on ne savait pas qui appeler, il y avait une énorme perte de temps. Désormais, une personne a la mémoire de la saison.

Season One: Certaines personnes ont donc cédé une part de leur autonomie pour vous la transmettre?

A.L: Bizarrement, je ne l’ai pas demandé, cela s’est fait naturellement. C’est Vassili Clert, le producteur, qui m’a proposé d’être showrunner sur la saison 5 et donc de partager la production artistique avec lui. Il ne s’est en aucun cas senti dépossédé dans sa fonction. Il a compris certainement avant beaucoup de gens qu’il fallait un auteur pour diriger l’ensemble. De toute façon, la seule personne qui peut garantir la bonne fin du scénario et enclencher le lancement d’un tournage c’est le scénariste. C’est pour ça qu’il faut tout miser sur le scénariste. J’ai donc participé au casting, au montage ce qui permet de faire des ajustements sur une ou des scènes. C’était passionnant. Mais vous savez, il y a de plus en plus de séries où le scénariste prend plus de place: Profilage, Falco, Un village français,..C’est à force de multiplier ces expériences que d’autres vont pouvoir se faire.

Season One: Déplacer le curseur sur les personnages impose d’encore plus muscler les dialogues. Ceux du juge Roban sont remarquables.

robanA.L: Ça me fait super plaisir ce que vous dites car il est hyper dur à dialoguer Roban. Dur car on doit lutter contre les préjugés que l’on a en tant qu’auteur. Pour faire simple, dès qu’on passe du côté de la magistrature, on croit bon faire intervenir les rideaux rouges poussiéreux, la vieille France, des personnages âgés, le langage châtié,…On a tendance à les faire parler avec un langage que personne n’emploie aujourd’hui. Roban est un mélange de modernité et de préciosité. Cet équilibre là est très difficile à trouver car on a tendance à le faire parler avec un langage ampoulé ce qu’il ne faut surtout pas faire. Ou alors, si il le fait, c’est avec une part de cynisme. Mais il faut dire que c’est un personnage génial. Il y a une scène en début de saison 5 où il parle à ses étudiants, les faire rire, il a l’air très sûr de lui, et cette scène n’a pu exister que parce que je savais ce qui allait lui arriver et le trajet épouvantable qu’il allait traverser.

Retrouvez notre interview de Philippe Duclos alias le juge Roban ici

Season One: Un peu comme nous le disait Philippe Duclos, tous vos personnages cette saison naissent d’une situation…

A.L: J’ai écrit cette saison comme si tous les personnages étaient soumis à une épreuve. A chaque fois, ils doivent affronter une situation différente et parvenir à la gérer. Ils doivent donc s’adapter à une situation. Ils ne la maîtrisent pas. On a donc une réflexion permanente sur nos personnages qui est de réussir à les faire réagir à une situation d’une manière différente de celle qu’ils auraient dans une autre série. C’est vraiment une écriture contre-nature. A chaque fois que l’on travaille sur une saison, les premières idées sont à mettre à la poubelle car ce sont souvent les idées faciles. On doit donc retravailler les choses et être capables de se renouveler. Mais c’est vraiment passionnant. C’est aussi addictif de travailler sur Engrenages que ça ne l’est de la regarder. J’ai déjà les idées qui se mettent en place pour la saison 6, les fils que je commence à tirer.
On cherche avant tout à construire un engrenage. Qu’est ce qui va faire que la machine s’emballe et déraille?

Crédits: © Stéphane Grangier / Simon Toupet / CANAL+