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4 Commentaires

Sense8: Connecting People

Sense8: Connecting People
Christophe Brico

La nouvelle série Netflix n’a pas, en dehors des cercles informés, fait tant de bruit que cela. Pourtant ce n’est pas faute d’aligner les noms prestigieux, comme c’est de plus en plus le cas. Andy et Lana Wachowski, réunis depuis quelques temps sous le sobriquet “The Wachowskis” (ou les “Wachos” pour les intimes), réalisateurs de leur état (Matrix, Cloud Atlas, Jupiter Ascending), J. Michael Straczynski, connu des sériphiles pour son travail remarquable sur Babylon 5, et même le réalisateur-compositeur Tom Tykwer, déjà partenaire des Wachos sur Cloud Atlas et qui signe ici la musique et la réalisation de quelques épisodes. Série-monde qui tente d’échapper aux canons du genre, Sense8 est une expérience télévisuelle pour le moins “différente”.

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Au départ de Sense8, donc, il y a un improbable trio : d’une part les Wachos, réalisateurs qui tentent depuis le début de leur carrière de mélanger un cinéma de genre avec une réelle vision de la mise en scène. On se souviendra sans peine du fameux “bullet time” de Matrix, certes pas de leur invention, mais sans aucun doute dont ils ont fait la popularité. N’hésitant pas à prendre des risques (et par là même à en faire prendre aux studios qui produisent), ils ont quelques expériences plus ou moins réussies à leur actif comme Speed Racer ou plus récemment Jupiter Ascending (Jupiter : Le Destin de l’univers, non mais franchement quel est l’idiot qui a pensé à cette version française du titre ?). Enfin dans la série des projets ambitieux, il faut citer absolument Cloud Atlas, oeuvre symphonique et métaphysique qui a laissé de nombreux spectateurs (et quelques critiques) à la porte. Ce dernier métrage, co-réalisé avec Tom Tykwer, lui-même auteur de l’excellent Cours Lola, cours, produit en allant chercher des bouts de budget un peu partout, et sans doute ce qui, dans l’oeuvre des Wachos, a le plus de points commun avec la série qui nous occupe aujourd’hui.

D’autre part J. Michael Straczynski, dont le moins que l’on puisse dire est que le monsieur sait écrire. Certes on cite volontiers Babylon 5, dont l’ensemble de l’histoire avait été globalement écrite avant même le tournage, mais on pourra citer également Jeremiah série qui a souffert cruellement d’un manque de moyens et d’un positionnement inadapté, et qui pourtant, là encore, en termes d’écriture nous offre une belle série post-apocalyptique. Straczynski est également un auteur de comics reconnu, qui a, à la fois travaillé sur des héros connus mais aussi ses propres séries comme Rising Stars par exemple.

Le trio cumule à la fois les rôles de Créateurs, Scénaristes et Showrunners de la série. Autant dire que c’est leur bébé. Si le résumé de l’histoire donne une idée du contexte, il n’est finalement pas très représentatif de ce qu’est réellement la série :

8 personnes des quatre coins du monde se retrouvent mentalement “reliées”. Ils peuvent communiquer, se comprendre, mais aussi prendre la place de l’un d’entre eux pour que ce dernier ait accès aux compétences de son “visiteur”. Leur groupe, ou cluster, est chassé par une organisation qui cherche à les lobotomiser. Au fil des épisodes ce sont les histoires individuelles de chacun et les relations avec les 7 autres qui vont fonder cette étrange famille.

Dès lors, vous l’aurez compris, il faut à la série un casting de choix pour incarner ces 8 personnages, qui seront plus que le coeur du show, ils seront le show lui-même. Citons donc pêle-mêle : Bae Doona, actrice coréenne et Tuppence Middleton qui ont déjà participé à des films des Wachos, Max Riemelt, acteur Allemand, Tina Desai, actrice indienne, Miguel Angel Silvestre, acteur espagnol, Ami Ameen, acteur anglais que l’on a pu voir récemment dans Le Labyrinthe, Brian J. Smith, rescapé de Stargate: Univers, notamment, et enfin Jamie Clayton, actrice transsexuelle, qui interprète ici un personnage à l’identité similaire. A l’instar des histoires dont ils sont censés incarner les icônes, c’est donc une distribution internationale qui constitue le canevas de Sense8.

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 Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de noter que, après avoir travaillé sur le script, le trio Wachos-Straczynski a obtenu pratiquement tout de suite un feu vert de Netflix. De leur propre aveu, la volonté est ici de changer le vocabulaire de la télévision. C’est donc un projet qui est tenu de près. Dès l’écriture, le partage des épisodes (initialement 10) est un partage du travail, mais aussi collectif. Chacun écrit ses épisodes dans son coin, puis les remet à l’autre pour qu’il les réécrive, et inversement. Du côté de la réalisation, c’est un petit total de 4 réalisateurs qui se partagent l’ensemble de la saison : 7 épisodes pour les Wachos, 2 pour Tom Tykwer et James McTeigue (réalisateur de V pour Vandetta produit par les Wachos) et un pour Dan Glass, superviseur historique des Wachos depuis Matrix: Reloaded dont c’est ici la première expérience de réalisateur. On reste en famille, quoi. Ce qui est un peu plus intéressant, c’est que chaque réalisateur s’est vu confier une partie du monde. Il faut sans doute commencer par préciser que l’action de Sense8 se déroule dans 8 endroits différents du monde : Chicago, San Francisco, Londres, Berlin, Séoul, Reykjavík, Mexico City, Nairobi et Mumbai. Ce fut donc Chicago, San Francisco, Londres et une partie de l’Islande pour les Wachos, Mexico City, Mumbai et Reykjavik pour James McTeigue, Berlin et Nairobi pour Tom Tykwer et enfin Séoul pour Dan Glass. Straczynski, étant plus scénariste que réalisateur, s’étant plutôt concentré sur les pré et post-productions. Il faut dire que, dans la conception même de Sense8 et hors du propos du show, il y a une réelle volonté cinématographique mais aussi, et peut-être surtout, l’expression d’un réel travail collectif, de la conception à l’exécution, à l’instar du sujet même de la série.

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Il faut maintenant aborder la partie complexe de cet article : qu’est-ce que Sense8 ? Est-ce bon ? mauvais ? Et permettez de vous l’avouer tout de suite, il n’y a pas de bonne réponse à cette question.

En effet, Sense8, s’il ne révolutionne pas complètement le vocabulaire de la télévision comme c’est le projet initial, est sans aucun doute une de ces séries ovni, qui porte en elle un réel point de vue créatif, une volonté de faire différemment, d’aller plus loin. A ce titre, c’est une série sans doute à rapprocher d’autres expériences de ce type comme The Leftovers, même si, à la différence de cette dernière, on sent clairement l’expérience ou la transposition cinématographique, la confrontation de cultures différentes dans la conception, le jeu des acteurs ou encore la mise en scène. A l’instar du propos, il y a dans l’A.D.N de Sense8 le monde multipolaire, multi-culturel mais à la fois ultra connecté et donc uni qui fonde à la fois le fond et la forme du show.

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Au même titre que Cloud Atlas, qui a définitivement une certaine paternité à revendiquer sur cette série, Sense8 est une série “État du Monde”, qui nous parle d’aujourd’hui (aujourd’8 ?), d’ici et d’ailleurs, de nous et des autres, des différences et des ressemblances. Construite en dialogue perpétuel entre les personnages, mais aussi les histoires, qui se répondent, le show évite l’écueil du concept show, dont le propos initial n’est qu’un moyen d’emballer différemment une formule à l’efficacité éprouvée. Ici, le propos initial est aussi le propos final.

Ne vous attendez pas à voir une grande histoire fantastique ou conspirationiste. Certes ces éléments sont présents dans la série, mais restent à l’état de germe. Le cœur du show, et d’une certaine manière, son âme, ce sont ces histoires singulières, réunies par un procédé qui ouvre un espace de dialogues, et de mise en scène, potentiellement créatif et intelligent. Ici, chaque personnage a son histoire, et on prend le temps de nous la raconter, chacun a ses blessures, sa culture, ses ambitions, et là encore on prend le temps de nous les raconter. Ce qu’apporte le principe “Sensate” (ce que sont censé être nos huit personnages), c’est la possibilité unique de confronter ses histoires, et cela est fait avec une relative parcimonie pendant une grande partie de la saison, et de faire dialoguer ces histoires, cultures et personnages qui n’auraient jamais du se rencontrer. Tout l’enjeu est là. Tout le contenu aussi.

Mais à ce point là on en est encore au stade du “truc”. Ce qui différencie Sense8, dans cette volonté de melting pot, c’est d’aller assez loin dans la mise en image de cet état du monde. On l’a dit une actrice transsexuelle a un rôle central, dans son identité, qui, rappelons-le car cela fait sens, est un point fondamental de l’histoire de Lana Wachowski, anciennement Larry, elle-même transgenre. Mais on y verra également de la nudité frontale masculine, la mise en image d’à peu près toutes les sexualités, de la violence parfois crue, naissance en gros plan, bref, on sent que le trio créatif ne s’est pas beaucoup posé de limites. A l’opposé il y a de réels grands moments d’émotion, de poésie. Des personnages réellement attachants, y compris sur les segments qui ne sont pas les plus passionnants.

Enfin, et c’est important à noter, même si c’est aujourd’hui plus courant, il y a un réel hommage à la fois au cinéma et à la télévision. On notera un panneau “Twin Peaks” dans le générique de la série, une scène qui évoque les films de Mariachi et de Hong Kong en même temps, un hommage appuyé à Jean-Claude Van Damme, et bien entendu, à l’instar de Cloud Atlas, une importance centrale de la musique. Pour ne citer que quelques exemples.

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D’évidence l’aspect “cru” de nombreuses séquences, voire du propos, pourra sans doute choquer voire rebuter une partie des spectateurs qui serait allés vers la série en espérant y trouver un show d’été de SF ou Fantastique. Si vous cherchez une histoire calibrée, lissée, dont les bornes sont visibles, ne regardez pas Sense8, cette série n’est pas pour vous. En revanche si vous êtes prêts pour une expérience d’une dizaine d’heures, qui prend le temps de raconter ses histoires et ses personnages, qui n’utilise le procédé fantastique uniquement comme un moyen de faire une parabole avec le monde ultra-connecté dans lequel nous vivons. Si le fait que le ton, la direction, ne soient pas clairs, mais que la musique d’ensemble vous donne envie de vous laisser porter jusqu’au bout, alors jetez vous sur Sense8. A binge watcher sur votre Netflix le plus proche…

Crédits: Netflix

  • Micka Houette

    Merci Christophe
    Je pense que je vais me laissé tenter

  • Flo

    J’ai vu les deux premiers épisodes et j’aime bien pour l’instant. C’est clair que la série ressemble beaucoup à Cloud Atlas avec ses personnages liés. Par contre je voudrais savoir si les photos qui accompagnent l’article sont des spoilers ? J’espère qu’elles ne sont pas tirées des derniers épisodes ^^

    • https://season1.fr Christophe Brico

      Chère Flo,

      Effectivement les photos ne sont pas tirées des premiers épisodes, mais je ne crois pas que cela altère votre plaisir de visionnage.

      Bonjour chez vous

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