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Switched at birth: Les sourds prennent le pouvoir

Switched at birth: Les sourds prennent le pouvoir
Claire Tirilly

Soyez honnête, vous n’avez pas dépassé le premier épisode de Switched at Birth. Le générique semble tiré d’un mauvais téléfilm de l’après midi, Kansas city version sud Californie, et largement prévisible en plus. Une vraie série d’ABC Family, hyper calibrée pour ado pré-pubère. Oui, mais, allez savoir pourquoi moi j’ai continué. Il m’aura fallu prendre moi même un cours de langue des signes pour m’en apercevoir, ce qui me plait dans Switched at birth, c’est son traitement de la surdité. 

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Petit rappel des faits. Dans le pilote, on découvre que la brune Bay Kennish et la blonde Daphné Vasquez ont été échangées à la naissance. Et pour mettre encore un peu de piment dans tout ça, Daphné a perdu l’audition à cause d’une sale maladie étant enfant.

Au départ, ça sonne comme un artifice de plus pour opposer fondamentalement les deux familles, déjà bien servies de ce côté là. Et puis rapidement, cela se transforme en vrai sujet de discussion. Le lien que Daphné crée avec ceux qui l’entourent passe entre autres par leur gestion de son handicap. On découvre que lire sur les lèvres est vraiment usant, et que la communication se base essentiellement sur la capacité du liseur à comprendre le maximum d’informations par lui même. En gros, c’est lui qui porte seul la réussite ou l’échec de la communication. Et pour alléger ce fardeau, toute la famille de Daphné se met à la langue des signes. Une vraie preuve d’acceptation.

Dans Switched at birth, les sourds ne sont pas des handicapés qui font de la figuration. Au contraire, ils sont des personnages à part entière, avec un traitement scénaristique normal. Et c’est en cela que la série se détache. Quand deux sourds communiquent, ils n’utilisent quasiment pas la voix. Ils s’expriment par signes et le spectateur bénéficie d’un sous titrage de manière à l’adapter lui, à la situation. Et cela, dans tous les épisodes.

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Mieux encore, dans la seconde saison, la série s’attarde sur le milieu sourd en lui même, au travers de l’école, et des problématiques qui lui sont propres. Elle pose des questions, envisage les difficultés des sourds à s’intégrer dans un monde d’entendants et inversement, tout en proposant doucement un glissement dans le silence. L’épisode 9 est l’apogée de ce traitement particulier de la surdité. Avec un épisode qui aurait sa place au panthéon des épisodes de séries les plus audacieux, Switched at birth propose une quarantaine de minutes sans dialogue oralisé. Tout ce que vous avez besoin de savoir se trouve sur l’écran. Dans mon souvenir, il n’y a que Buffy qui ait auparavant tenté d’imposer le silence aussi longtemps à la télévision.

Enfin Switched at birth a fait l’effort d’un casting sourd et malentendant qui casse la baraque. Katie Leclerc, qui interprète Daphné, est elle même atteinte de la maladie de Minière qui touche le système auditif en grandissant, maladie que la série abordera, et joue l’ « accent » sourd de manière hyper convaincante. On retrouve aussi la vétérante Marlee Matlin, sourde de naissance, vue dans les séries de A la maison blanche à The L world en passant par Picket fences. Ou encore Sean Berdy, un jeune performer populaire dans la communauté sourde, nommé Mr Deaf Teen America.

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Alors on pourra dire énormément de choses sur le scénario de Switched at birth, ce n’est sans doute pas la série du siècle, mais malgré tout, elle a réussi quelque chose de beau : proposer un rare lien entre deux communautés qui se retrouvent finalement peu et qui ont pourtant tant en commun, y compris la télévision elle même. Et de me donner envie d’apprendre encore une nouvelle langue, avec mes mains. 

Crédits: ABC Family
Retrouvez notre émission sur la série avec interview de Gilles Marini (Angelo Sorento) ici