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Un Commentaire

The Following : et le corbeau dit, « Jamais plus »…

The Following : et le corbeau dit, « Jamais plus »…
Fanny Lombard Allegra

Au terme de la troisième saison, la Fox a décidé de ne pas renouveler The Following dont elle a récemment diffusé le dernier épisode. Cela n’a surpris personne : après un pilote explosif, la série n’avait cessé de décliner et de perdre ses followers, avec une audience régulièrement en perte de vitesse. Sur le papier pourtant, The Following semblait prometteuse. Mais la série s’est perdue en route, choisissant de privilégier les coups de théâtre improbables et une ambiance malsaine au détriment d’une intrigue solide et de personnages captivants. La critique s’annonce sévère, à la hauteur de la déception.

Joe Carroll (James Purefoy), professeur de littérature spécialiste de l’œuvre d’Edgar Poe, a été condamné à mort pour les meurtres de 14 jeunes femmes. Neuf ans après son arrestation par l’agent du FBI Ryan Hardy (Kevin Bacon), il s’échappe de la prison de haute sécurité où il était incarcéré. Hardy, alcoolique et dépressif, sort alors de sa retraite et reprend du service. Il parvient rapidement à rattraper le tueur en série, mais ce n’est que le début : Joe Carroll compte de nombreux soutiens à l’extérieur et, depuis sa cellule, il dirige une véritable armée de psychopathes qui lui sont entièrement dévoués. Il compte sur eux pour s’évader à nouveau, retrouver sa femme et son fils, et reprendre sa série de meurtres.

Voilà pour l’idée de départ proposée par The Following, qui réunissait à priori tous les ingrédients du succès : le thème populaire des tueurs en série, des acteurs réputés pour interpréter un héros en recherche de rédemption et son antagoniste charismatique, une figure tutélaire mythique (celle d’Edgar Poe), une ambiance qu’on pouvait espérer sombre et dense… Et le pilote avait tenu toutes ces promesses et plus encore, avec une mise en place efficace servie par un rythme soutenu et un suspense haletant, et ajoutant à l’enquête un enjeu romantique en la personne de Claire (Natalie Zea), ex-femme de Joe qui avait eu une liaison avec Ryan. Certes, on percevait déjà certaines faiblesses mais l’accueil de la critique et du public avait été encourageant. On attendait donc la suite avec intérêt.

Hélas, après quelques premiers épisodes palpitants et globalement bien construits, la série s’est rapidement enlisée, et à une saison 1  décevante accumulant les péripéties invraisemblables, les poncifs et les personnages superficiels au comportement incohérent a succédé une saison 2 catastrophique qui portait à leur paroxysme toutes ces maladresses, puis une saison 3 un peu plus homogène mais banale et sans grand intérêt. En cause, un problème de rythme et des faiblesses d’écriture, cocktail indigeste dont découlent directement tous les défauts de The Following.

Ryan Hardy meets Joe Carroll face to face on the day of his execution.

En général, on parle de problème de rythme pour fustiger la lenteur de l’action et la manière dont l’intrigue traîne en longueur et ennuie le spectateur ; ici, c’est tout l’inverse. Dès le départ, les péripéties succédaient les unes aux autres et les retournements de situation ne cessaient de s’enchaîner, chaque épisode comportant plusieurs coups de théâtre et s’achevant sur un cliffhanger. En misant avant tout sur ces artifices pour tenir son public en haleine, The Following est tombée dans son propre piège : d’une part parce qu’en accélérant le rythme, elle ne s’est pas laissée le temps d’approfondir ses personnages ; et d’autre part parce qu’elle s’est engagée dans un dangereux paradoxe selon lequel les scénaristes devaient aller toujours plus loin dans l’invraisemblable pour surprendre un public à la fois blasé et lassé par ces incessants rebondissements.

Des rebondissements inutiles, sans aucune subtilité et rapidement redondants, avec notamment un recours systématique au meurtre comme ressort dramatique – les psychopathes poussent comme des champignons et provoquent une hécatombe à traumatiser l’équipe d’Esprits Criminels et à faire pâlir de jalousie Hannibal Lecter. Pris dans l’engrenage du spectaculaire et du choquant, les scénaristes de The Following ont cédé à la tentation de toujours monter d’un cran dans le glauque : aux bon vieux massacres à coups de couteau ont succédé les immolations, les tortures, la nécrophilie et le sacrifice humain, dans une escalade qui provoquait moins l’intérêt que la répulsion. Quant à l’évocation d’Edgar Poe, elle n’aura servi que d’alibi simpliste pour justifier des mises en scène macabres.

Dans la précipitation, des trames qui auraient pu (et auraient dû) nourrir toute une saison ont été expédiées en quelques épisodes voire en une dizaine de minutes, perdant leur force et leur cohérence. La saison 2 est à ce titre particulièrement révélatrice : entre une famille de tueurs, une secte psychopathe, un professeur ès meurtres de masse et un dépeceur (en plus de Joe Carroll), le spectateur ne savait plus à quel meurtrier se vouer, et l’ensemble aurait pu couvrir trois saisons indépendantes. Le pire, c’est que l’imagination des scénaristes est vite apparue limitée, les obligeant à recourir à des dynamiques récurrentes : dès la saison 2, Mike Weston (Shawn Ashmore) se transforme en une sorte de « mini-Ryan Hardy », reproduisant les mêmes erreurs que son aîné à quelques épisodes d’intervalle ; six arcs narratifs différents mettent en scène un désir de vengeance; et chaque saison apporte son lot de taupes au sein du FBI, comme aux plus beaux temps du CTU de Jack Bauer.

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Autre répercussion de ce rythme effréné et de cette abondance de protagonistes à l’espérance de vie limitée, la série n’a pas pris le temps de poser des personnages attachants ou au moins intéressants. En saison 1, The Following s’octroyait le luxe de quelques flashbacks bienvenus, qui permettaient d’éclairer la personnalité d’Emma (Valorie Curry), de Jacob (Nico Tortorella), ou même de Ryan Hardy. Ce dispositif, peu original mais pertinent, s’est notablement raréfié par la suite, ne laissant plus qu’une horde de tueurs en série dépersonnalisés et interchangeables dont les agissements ne semblaient plus motivés que par une rage et une soif de sang incompréhensibles. En interdisant à la série de développer les ressorts psychologiques, cette accélération du rythme nuisait encore à sa crédibilité – déjà bien entamée par des rebondissements complètement irréalistes. Le meilleur exemple reste  le traitement réservé à Micah Korben (Jake Weber), leader de la secte apocalyptique retournée par Joe en saison 2 : en vingt minutes, ce manipulateur égocentrique est manipulé à son tour, et tombe sous la coupe d’un Joe Carroll qui l’assassine dans la foulée au cours d’une scène tellement ridicule qu’elle en devient comique. Il faut dire que l’interprétation pathétique de Jake Weber n’aide pas vraiment…

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Autre gâchis magistral, l’évolution de Joe Carroll. On a parfois l’impression que le personnage embarrassait les scénaristes, qui ne savaient pas comment l’exploiter sans pour autant se résoudre à se séparer d’une de leurs têtes d’affiche. Le tueur charismatique, charmeur, cruel et pervers de la saison 1 fonctionnait admirablement bien, même si le jeu de James Purefoy manquait parfois de subtilité ; à partir de la saison 2, il cabotine en permanence et réduit Joe Carroll à une figure bouffonne, une caricature de tueur psychopathe nourrissant soudain une obsession religieuse sortie d’on-ne-sait-où. Cette triste métamorphose nuit en particulier à la relation Hardy / Carroll, tendue en saison 1 mais inexistante en saison 2, et qui culmine avec une invraisemblable alliance dans le final. Le lien gagne en revanche en complexité dans la dernière saison, en approfondissant un rapport d’attraction / répulsion exploité maintes fois par la fiction, mais qui semblait fertile : après l’exécution du tueur (au cours de ce qui restera le meilleur épisode de l’ensemble de la série après le pilote – « Evermore »), Ryan semble sombrer dans la folie, fantasmant une amitié malsaine avec un Joe Carroll qui lui apparaît dans des visions embrumées d’alcool. Kevin Bacon reste d’ailleurs l’atout majeur de The Following : il surnage dans ce naufrage et parvient à insuffler une humanité touchante à un personnage de plus en plus paumé, détruit par le lien toxique qui l’unit à Joe Carroll et qui révèle sa propre noirceur. On peut aussi citer Shawn Ashmore dans le rôle de Mike Weston, qui exploite plutôt bien un personnage pourtant simpliste et superficiel.

Pour parachever le tableau, l’écriture même de la série est maladroite et remplie d’incohérences, à commencer par un nombre hallucinant de poncifs : l’ex-agent du FBI alcoolique qui reprend du service, le tueur en série en artiste raté, la romance entre deux enquêteurs, les jumeaux maléfiques, la journaliste ambitieuse. On ne saurait omettre de mentionner l’incurie des agents du FBI (Fichue Bande d’Imbéciles ?), des incapables toujours à la traîne qui se font trucider à tour de bras. Enfin, une succession de choix malheureux empêche de sauver ce qui pouvait encore l’être, comme le retour inutile de Claire ou la mort d’Emma en saison 2 – le seul personnage qui avait sans doute encore quelque chose à apporter à tout cet imbroglio. Restent quelques bonnes idées, malheureusement gâchées ou laissées en suspens, comme le possible basculement mental de Ryan Hardy ou le personnage de Theo (Michael Ealy – saison 3). Ce tueur implacable, monstre de froideur et de maîtrise doublé d’un hacker machiavélique représentait la première alternative sérieuse à Joe Carroll ; malheureusement, la mort de sa sœur le transforme en fou furieux, ivre de vengeance, et il perd sa spécificité et donc son intérêt et son pouvoir de nuisance.

The Following

Bizarrement, les scénaristes étaient sans doute les seuls à ne pas avoir anticipé l’annulation de la série. S’ils ne concluent pas sur un vrai cliffhanger, ils ont cependant pris soin de laisser la porte ouverte à une éventuelle saison 4. Theo est vraisemblablement toujours dans la nature, et Ryan Hardy simule sa propre mort pour mieux anéantir un mystérieux groupe de tueurs en dehors de tout cadre légal. Bref, pas de réelle conclusion mais les grandes lignes de nouvelles intrigues, qui n’annonçaient rien de neuf.

Certaines séries sont outrancières, forcent le trait et frôlent le ridicule ou l’invraisemblable, mais elles s’appuient sur des trouvailles scénaristiques et des personnages solides, et assument leurs exagérations qu’elles transforment en atouts, dans un registre gothique (The Lizzie Borden Chronicles) voire même comique (Sleepy Hollow). Encore faut-il y adhérer et accepter ce parti pris pour pénétrer dans leur univers. Avec la meilleure volonté du monde, il est impossible de se laisser porter par The Following, une série que j’ai pourtant regardée jusqu’au bout, espérant vainement un sursaut qui ne survint jamais. L’accumulation des péripéties n’a pas suffi pas à masquer la redondance et la complaisance du scénario, pas plus que l’indigence des personnages. En prenant le temps de poser les situations et les protagonistes, en comprenant que l’intensité psychologique créait plus de tension que la quantité de sang versé, The Following aurait pu être une bonne série. Au terme de trois saisons, elle ne laisse dans son sillage qu’un amas de cadavres et une bonne dose de frustration. Et le public dit, « Nevermore ! ».

The Following – série créée par Kevin Williamson.

3 X 15 épisodes

Saison 1 disponible en DVD.

Crédits : Fox

  • pénélope

    Une série que je ne regretterai pas…