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Un amour fou pour Shameless

Un amour fou pour Shameless
Charlotte Calignac

« Crazy Love », l’épisode 6 de la saison 5 de Shameless marque la moitié de la saison. Écrit par John Wells himself, le créateur de la version américaine à qui l’on doit aussi Urgences, il dure quelques minutes de plus qu’un épisode traditionnel, et c’est tant mieux. Généralement, Wells écrit le premier épisode de la saison. Cette année, il a attendu le 6ème pour se mettre sur son clavier et livrer un épisode poignant qui laisse la boule à la gorge.

Si la saison 4 se focalisait sur la descente aux enfers de Fiona, la 5 est l’apogée de plusieurs saisons d’écriture et de mise en place pour le personnage de Ian. Depuis plusieurs années en effet, il a été suggéré que Ian souffrait de la même maladie que sa mère : la bipolarité. Entre adolescence, découverte de soi-même, utilisation de drogues et difficulté à vivre son homosexualité (avec le rejet de Mickey initialement), il était difficile de savoir si les symptômes étaient des façons de gérer un mal-être évident due à une absence de structure ou s’ils étaient bel et bien la marque d’une maladie.

La beauté de Shameless réside dans ses personnages et la façon qu’ont les scénaristes d’entremêler les moments de difficulté qu’ils vivent. Il n’y a pas un moment où seul un personnage vit quelque chose de compliqué, mais la série maîtrise parfaitement la façon dont les comportements révèlent à quel point l’éducation (ou le manque d’éducation) des Gallagher les a brisés. Le seul qui, finalement s’en sort plus ou moins correctement, c’est Lip.

Cet épisode résonne donc dans deux grandes histoires principales : le retour tant attendu de Jimmy/Steve dans la vie de Fiona pile au moment où elle s’est mariée, et la recherche de Ian qui s’est enfui avec le bébé de son petit ami et qui est en phase de délire.

Comme l’année dernière où Liam, 4 ans, sniffait de la coke parce que personne ne faisait attention à lui, cet épisode donne des frissons quand Ian passe l’épisode à être petit à petit incapable de s’occuper de Yevgeni. La mise en danger systématique du bébé (laissé sur un capot de voiture le temps de trouver une couche, lancé dans les airs trop haut par un homme à une concentration qui laisse à désirer, puis tout simplement enfermé dans la voiture en pleine chaleur), la peur est tenace, et le refus de Mickey d’appeler la police pour ne pas mettre l’homme qui l’aime en danger et en espérant que tout finisse bien termine de retourner l’estomac.

Noel Fisher (Mickey) et Cameron Monaghan (Ian) sont tout simplement édifiants dans leur prestation. La réalisation faite de close-ups dans des angles étranges participe à donner un aspect dérangé aux mots de Ian, mais c’est bien le jeu de Fisher dans sa descente aux enfers qui résonne. Ses coups de fil répétés, le ton de sa voix qui casse alors qu’il comprend que la famille de Ian avait raison l’an dernier donnent vie parfaitement à un arc narratif mené d’une main de maître. Fisher parvient à exprimer toutes les étapes de son admission avec retenue et sans jamais trahir son personnage de dur à cuire amoral.

shameless 5

Parallèlement à cette storyline poignante qui marque une nouvelle étape d’évolution, Fiona est tentée par le retour de Jimmy/Steve. C’est d’autant plus intéressant que Lip a refusé de mal finir la semaine dernière et choisi de retourner à la fac pour supprimer la tentation, et que Debbie intègre le lycée (chose que tout le monde avait apparemment oubliée). Tout change autour de Fiona, par des décisions prises autour d’elle : Lip se prend en main, Debbie décrète qu’elle ne sera plus vierge et ne le sera plus, Sammy s’impose dans la maison et instaure des règles et Fiona se trouve incapable d’évoluer. Cinq ans plus tard, quand Jimmy/Steve revient et lui dit qu’il l’aime, elle trouve impossible de dire non et de rejeter quelqu’un qu’elle sait pourtant toxique pour elle.

C’est d’autant plus marquant qu’en plus son mari, Gus, aussi adorable soit-il, ne tient pas la comparaison face à Jimmy/Steve au milieu du délire que représente la famille Gallagher. J’ai beaucoup de mal à comprendre quel est le but du retour de Jimmy/Steve. Pourquoi avoir utilisé Angela pour espionner Fiona ? Pourquoi pas avant ? Je comprends que Fiona craque et cède. Jimmy/Steve représente la facilité, comprend instantanément toute la folie et les interactions entre les membres de la famille et rattrape en quelques minutes son retard sans jamais juger, là où Gus ne parvient pas à différencier les noms des frères.

Malgré tout Jimmy/Steve représente une possibilité d’il y a cinq ans. Un « avant. » Avant qu’il ne l’abandonne — encore — avant que Liam ne sniffe de la coke, quand elle savait où elle allait parce qu’elle se comportait comme une mère, avant qu’elle n’aille en prison. La scène de sexe dans la cuisine la seconde fois, réalisée de façon quasi identique à celle du pilote, laisse largement penser que Fiona tente de remonter le temps, de retrouver quelque chose qu’elle n’a plus. Et qu’elle y mette fin en pleurant au beau milieu de l’acte laisse aussi supposer qu’elle ne peut pas revenir en arrière. Et qu’il ne lui reste plus qu’à aller de l’avant : avec Gus.

Ces deux histoires entremêlées sont deux gros coups de poings dans le ventre qui font du bien, car elles reposent sur une réelle familiarité du spectateur avec l’univers créé au cours de ces cinq dernières années, sur une réalisation solide (j’ai adoré le plan de la fenêtre où tous les Gallagher se réunissent pour voir si Fiona va céder à Jimmy/Steve et les grognements quand elle ne résiste pas), sur une écriture impeccable et surtout, surtout, sur des acteurs excellents.

J’ai hâte de voir ce que les 6 prochains épisodes nous réservent et vers où les Gallaghers vont aller.