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Un Commentaire

Un village français: La guerre est finie, c’est encore la guerre

Un village français: La guerre est finie, c’est encore la guerre
Alexandre LETREN

D’ici quelques semaines, la première partie de la saison 6 de Un village français va débarquer sur France 3. Centrée sur l’année 1944, après la Libération, cette saison s’annonce bien entendue charnière pour tous les personnages que l’on connaît. A l’image des autres saisons, cette première partie de la saison 6 s’annonce brillante.
Pour en savoir plus, nous avons pu nous entretenir avec Frédéric Krivine (showrunner), Marie Kremer (Lucienne), Thierry Godard (Raymond), Constance Dollé (Suzanne), Richard Sammel (Heinrich) et Martin Loizillon (Antoine), et aborder bon nombre de sujets différents.

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Ce n’est plus une surprise, on aime Un village français à Season One. Et cette nouvelle salve d’épisodes ne risque pas de nous faire changer d’avis. Différente mais toujours remarquable, la saison 6 offre aux personnages de la série un grand 8 émotionnel impeccablement écrit et mis en scène. Il est beaucoup question d’intime dans cette saison, les personnages se retrouvent les uns avec les autres, discutent ou règlent des comptes. Mais il y a de grands moments dans ces 6 épisodes comme Marie Germain avec Marchetti, Marchetti avec un personnage surgie de son passé, Lucienne avec un grand brûlé allemand, Müller et Hortense,… Plus que jamais, les personnages se retrouvent au cœur de l’intrigue et leurs échanges prouvent à quel point Un village français est une grande et belle série.

La saison s’ouvre déjà sur une réelle audace: bien qu’étant le jour de la Libération de Paris (25 août 1944),c’est du point de vue de la Milice que l’on apprend cet événement. Un pari « couillu » pardonnez moi l’expression mais qui installe directement le double propos: 1) la Libération oui, mais qui ne signifie pas la fin de la guerre 2) la guerre se déplace à un autre niveau et devient « franco-française ». Frédéric Krivine (showrunner de la série) revient sur ce parti pris voulu et assumé de ce début de saison: « L’originalité de l’année 44 par rapport au reste de la guerre c’est qu’elle devient une guerre franco-française. C’est une spécificité qu’il faut donc installer très rapidement, même si les Allemands, Müller en est un représentant, sont toujours là. On a trouvé intéressant de mettre ce discours de De Gaulle que les Français connaissent, sur la Libération de Paris, mais écouté par des gens pour qui c’est une horreur et signe d’une Apocalypse. On cherche toujours à démarrer les saisons sur quelque chose de plus conflictuel, de plus dynamique et un peu surprenant. »
En plantant ainsi le décors, les auteurs expliquent bien que Libération ne signifie pas la fin de la guerre pour autant: « Depuis le début, on essaye de faire en sorte que ce que la série raconte sur l’Histoire s’entrechoque avec ses propres histoires à elle. La série n’étant pas finie, la guerre ne l’est pas non plus. Le public a en tête certaines images liées à la Libération comme les grandes fêtes, les femmes embrassant les soldats américains,..Ça existe, on l’aura dans la seconde moitié de la saison mais en revanche, on veut continuer de montrer que même avec la Libération, la vie continue dans tout ce qu’elle a d’ordinaire et d’extraordinaire. La grande nouveauté de la saison c’est que tous les personnages ont rêvé ou craint quelque chose et ce quelque chose va arriver et tout ne se passe pas exactement comme prévu: ce n’est pas le rêve absolu pour les opprimés et ce n’est pas obligatoirement l’horreur absolu pour les collabos. »Un village français

Forcement, cette saison est une saison importante pour les personnages de la série, et donc pour les comédiens. Avec la grande inconnue pour certains qui est de savoir ce qui va arriver à leur alter-ego. Richard Sammel, excellent interprète du chef du SD de Villeneuve, donne une nouvelle fois toute l’ampleur qu’un tel personnage doit avoir. De grands moments l’attendent dans ces 6 épisodes, par exemple dans sa relation avec Hortense. Mais comme pour nous, la surprise perdure aussi pour les comédiens: « On est finalement comme des spectateurs sauf qu’on a un peu d’avance. Les spectateurs attendent le prochain épisode et nous le prochain scénario. Même si c’est une saison compliquée pour Müller, rien n’est terminé pour autant, tant qu’il respire. Müller reste un personnage lucide. Il a annoncé dès 43 que la guerre était perdue. Partant de là, il se fait tout petit et essaye de survivre tout simplement, sachant bien que ses chances sont minimes car ils est tenu d’exécuter de basses besognes. La question se pose assez vite à lui: déserter ou pas? Une décision guidée par son amour pour Hortense. C’est quelqu’un qui est prêt à jouer et donc à perdre. Il n’a pas peur de la mort. Il lutte pour une cause qu’il découvre très vite perdue. »
Müller, personnage complexe jusqu’au bout mais comme tous les personnages de la série finalement comme le confirme Marie Kremmer (Lucienne): « C’est ce qui fait la richesse de la série. Aucun personnage n’est dans une seule couleur. On est tous tiraillé entre plein de choses. » Et Lucienne va être tiraillée cette saison, plus qu’auparavant et c’est d’ailleurs très agréable de voir ce personnage avoir des scènes superbes à jouer, ce qui n’était pas toujours le cas dans le passé. A l’image de Hortense, Lucienne me semble plus complexe cette saison et on ne peut que la saluer. Pour Constance Dollé (Suzanne), la belle résistante bien chahutée dans la série, la série offre de belles perspectives pour leur personnage: « Ce qui est intéressant dans cette saison 6, c’est qu’il est question de Libération au sens premier mais aussi pour chaque personnage, c’est se demander ce qu’on libère des désirs qu’on a projeté, des pulsions qu’on a du contraindre parce que le contexte extérieure était celui que l’on connaît. Or, avec la Libération, il y a soudain une permission. Et le plus chouette pour nous c’est que d’un coup, chez des personnages qui ont un capital sympathie on va pouvoir libérer des choses très violentes. C’est malin d’avoir commencé par cette guerre avec les miliciens parce qu’on sent que cette violence se propage comme un virus et on se demande qui pourrait l’attraper, tout le monde ayant été bousculé par les tragédies. »
Une situation difficile y compris pour un personnage comme Raymond dont Thierry Godard nous parle: « Oui il va être bousculé mais en même temps c’est aussi un personnage à qui on ne prête pas beaucoup de psychologie. C’est un personnage qui se retrouve comme dans un entonnoir et qui n’arrive plus à grand chose« . Une position que tempère Frédéric Krivine: « Oui et non car comme on le verra dans la saison 7, c’est un personnage qui, ayant peu cru, se retrouve du coup  moins abîmé que les autres. Il va donc pouvoir repartir après 1945. »

UN VILLAGE FRANCAIS

La grande force de la série, comme on l’a vu dans les précédentes saisons, c’est de dire des choses fortes en créant des rencontres improbables, incroyables entre des personnages que tout oppose: « La raisonnance est beaucoup plus forte quand on fait dire par exemple, des choses sur la guerre par un soldat allemand ou un SS plutôt que par un résistant. C’est beaucoup plus intéressant. On créé alors un processus totalement nouveau« , nous précise Thierry Godard.
La narration de série et ce qu’elle dit, par écho, sur l’époque moderne, est donc un de ses points forts. Un aspect qui a fortement motivé les comédiens comme nous l’explique Richard Sammel:
« Pour moi qui ait fait beaucoup d’histoires sur la seconde guerre mondiale, je ne voulais pas faire quelque chose de prévisible, où on aurait pu prévoir exactement ce qui allait arriver ou qui réplique ce qui est écrit dans les livres d’Histoire, qui ne nous apprend finalement rien. Être sans arrêt pris à contre-pied m’a donné une liberté et une confiance énorme, une envie énorme de m’engager dans ce projet. Personne ne fait le personnage de service dans son domaine. Il n’y a pas par exemple de héros qui ne brille que par son héroïsme, et les salauds comme Marchetti ne sont pas que  condamnables« . Le personnage d’Antoine, ce jeune résistant malgré lui introduit en saison 5 parce que refusant le STO, pourrait avoir tous les attributs du « héros » mais demeure dans ces épisodes très ambivalent. Martin Loizillon (Antoine) nous en parle: « Ce qui donne la complexité à chaque personnage c’est que personne n’a voulu la guerre, tout le monde la subit et ce qui motive les actions de tous les personnages ce sont finalement des sentiments très basiques d’amour, d’amitié, d’orgueil,… Antoine est un peu comme ça en voulant faire des choses tout seul. Ces personnages vivent des choses que nous vivons tous les jours. On s’identifie donc plus facilement à eux« . Frédéric Krivine apporte une précision sur ce personnage mais aussi sur d’autres, comme les jeunes de la Milice: « L’ambivalence d’un personnage comme Antoine c’est qu’il aime l’ordre et la loi,il voulait rentrer dans l’armée au début. Antoine retrouve dans cette saison son pote Alban qui avait refusé en saison 5 d’entrer dans la Résistance et qui a rejoint la Milice. Sur ces deux personnages là, politiquement, la seule différence, c’est qu’un croit à l’ordre et à la loi, Antoine, et il a donc besoin d’un système de bien et de mal clair, rapidement. Alban a un rapport à la loi très abîmé et se retrouve encore plus réfractaire de tout. Il s’est donc retrouvé balloté et, via son parrain, s’est retrouvé dans la Milice. Il n’y a aucun choix idéologique, ils sont quasiment inter-changeables« .

martin-loizillon

Le tournage de la seconde partie de cette saison 6 a repris depuis lundi. Et la saison 7?
« On commence les ateliers d’écriture en décembre. On connaît déjà les grandes lignes. C’est agréable de savoir que la fin de cette série n’est ni le fait de l’usure du programme, ni le fait de mauvaises audiences. On a la chance d’avoir une lame de fond historique qui redistribue les cartes d’un point de vue dramaturgique. L’enjeu de la saison 7 c’est de ne pas s’ennuyer alors que les Allemands ne sont plus là » (Frédéric Krivine).

Je ne saurais que trop vous le conseiller que de voir ces nouveaux épisodes qui vont vous entraîner dans un tourbillon d’émotions en tout genre, qui vont vous étonner, vous émouvoir, vous bouleverser. Les auteurs maîtrisent leur histoire et n’ont pas peur de sacrifier leur personnage comme on l’a vu en saison 5 et comme on le voit ici aussi. Cette saison encore, en offrant une atmosphère différente, la série franchit un nouveau cap, se réinvente tout en poursuivant ce qu’elle construit depuis le début. C’est passionnant de voir un programme grandir et atteindre une telle qualité. Incontestablement une grande série qui réussit le pari de dire des choses tout en divertissant. Un pari fou complètement réussi.

Un village français saison 6 partie 1 dès le 18 novembre sur France 3

Crédits: Tetra Média/ France 3

La review

LA SAISON 6 PARTIE 1
8
LE SCENARIO
7.5
LE CASTING
8
7.8

Maîtrise totale