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UnReal: La télé-réalité au confessionnal

UnReal: La télé-réalité au confessionnal
Christophe Brico

Débarquée depuis le 1er juin sur Lifetime (la chaîne “féminine” de A&E Network), UnReal se pose comme la bonne surprise de l’été. Un emballage franchement bien fichu dans lequel se cache une critique légère, certes, mais bien présente du cynisme de la télé-réalité. D’ores et déjà renouvelée pour une saison 2, la série a passé haut la main la première phase des éliminations.

Rachel Goldberg est de retour, on ne sais pas trop de quoi elle revient au départ, mais elle revient. La productrice hyper instinctive de “Everlasting” est là pour que cette 13e saison se passe au mieux, et que chacun assume bien son rôle. Sous la houlette de Quinn King (ça s”invente pas), showrunner, et Chet Wilton, le boss, son rôle est de produire de la bonne télé, quel qu’en soit le coût humain et émotionnel.

Sur le papier on peut se dire “ouais… bof… pourquoi pas…”. D’autant que la série, comme annoncée dans l’intro est diffusée sur Lifetime qui ne brille pas vraiment par sa programmation. Deux petites touches sont pourtant positives sur le papier. Tout d’abords la présence de Constance Zimmer (Entourage, House of Cards), qui trouve ici un rôle réellement à la mesure de son talent, et la charmante Shiri Appelby (la mignonne serveuse de Roswell, puis dans la très sympathique Life Unexpected), qui elle aussi trouve ici un rôle réellement “différent”. Mais nous y reviendrons. Ensuite, il y a aux commandes Sarah Gertrude Shapiro, dont le film a inspiré la série, mais surtout Marti Noxon qui a fait ses armes sur Buffy, puis Angel, et a une solide expérience télévisuelle.

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Programmée pour 10 épisodes en première saison, la série suit les coulisses (mais pas que) d’une émission de télé-réalité qui, grosso modo est le “Bachelor”, et en épouse le rythme pour ses épisodes (élimination à chaque épisode, fin de saison sur la fin de l’émission dans la série… vous suivez toujours ?). Et sans doute avant d’aller plus avant il faut annoncer la couleur : UnReal est une de ces séries un peu cyniques, qui, à l’instar d’un Californication s’amuse à mettre en jeu les coulisses, et tous les travers qui en découlent, d’une télé qui se consomme un peu comme un produit d’addiction voyeuriste, et ce au travers d’un personnage principalement, Rachel Goldberg, qui n’est pas très loin de la définition d’un Hank Moody au féminin, et ca… c’est quand même franchement pas mal.

“Game we’re playing is life. Love is a two way dream”

Le show est construit sur une double dynamique, certes pas très originale, mais qui fonctionne plutôt bien et surtout porte le potentiel pour faire durer la série sur plusieurs saisons, ce qui est de plus en plus rare à l’époque des anthologies. En effet, il y a d’une part l’histoire des faiseurs d’Everlasting, la production en gros, qui ont principalement la charge de l’intrigue “fil rouge” qui court au fil des épisodes et des saisons. D’autre part il y a les candidates, dont chacune permet de raconter une histoire de femme. La femme battue, la femme qui fait son coming out, la joli intello dont on ne regarde que le physique, l’anorexique, etc. Certes, rien de neuf là dedans, mais la double dynamique crée le rythme. La courroie de transmission est ici incarnée par le personnage du “Bachelor”, Adam Cromwell (Freddie Stroma, que l’on a pu entr’apercevoir dans Harry Potter), qui navigue entre ces deux univers, et donc assure que tout cela se parle bien. Enfin, il faut le dire, l’ensemble est bien emballé. La réalisation n’est certes pas révolutionnaire, mais elle tient la route, et les moyens sont là pour que le show soit agréable à regarder.

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Tout cela étant dit, il faut parler du fond, qui est sans doute la partie la plus intéressante. En effet, en prenant comme “théâtre d’opération” la real TV, UnReal choisit un environnement d’un cynisme et d’une cruauté absolue. Mettant en évidence tous les travers de la société du spectacle dans laquelle nous vivons, détruisant allègrement tous les contes de fée que l’on nous pousse à croire lorsqu’on parle d’amour, ou en tout cas de rencontre amoureuse, s’amusant des clichés de la société américaine. Au coeur de tout cela, Shiri Appleby compose une Rachel Goldberg qui a un réel talent pour la manipulation, qui accepte presque sans broncher de mettre “ses filles” dans les situations les plus amorales et inconfortables pour faire de l’audience, et en même temps, on sent une espèce de romantisme refoulé dans ce personnage qui est presque la clocharde de sa propre vie, dormant dans un camion d’éclairage et se masturbant en regardant un porno sur son iPhone.

Au final tout l’enjeu de ces show du cynisme, comme cela était le cas pour Californication, est de perpétuellement garder une lumière dans les ténèbres désespérant de cette société des 15 minutes de célébrité. Que ce soit par la romance ou par l’humour. Force est de constater que dans le cas d’UnReal c’est plutôt réussi, et que, au crépuscule de la première saison on se prend à attendre avec impatience la seconde.

Crédits: © Lifetime Network