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Vendre l’idée de la mort

Vendre l’idée de la mort
Alexandre LETREN

Cette saison, deux comédiens de séries ont manifesté leur désir d’arrêter de jouer dans leur série et de voir leur personnage mourir. Josh Bowman (Revenge) et Philippe Vasseur (Les mystères de l’amour) en ont assez d’incarner leur personnage respectif et veulent tout deux les voir mourir. Bowman reconnaît que ce serait une décision difficile à prendre et qu’il est en train d’essayer « de vendre l’idée de la mort de Daniel ». Qu’elle soit souhaitée par le comédien lui même, par le bon vouloir du scénariste ou pour d’autres raisons, prendre la décision de tuer un personnage phare d’une série n’est jamais chose facile car il y a très peu d’univers narratif dans lequel cette mort n’est pas irréversible.

Quand elle n’est pas dictée par des décisions purement extérieures (comme pour ces deux comédiens), la décision par des scénaristes de tuer un personnage n’est jamais facile. En premier lieu car on s’expose à la vindicte populaire pour avoir osé tuer un personnage que le public aime. Et le fan est très rancunier on le comprend facilement. Pour ma part, je trouve très courageux pour les scénaristes de prendre cette décision car elle permet aux spectateurs de se remettre en cause et de se dire que tout est possible dans la série et que personne n’est vraiment en sécurité. C’est en tout cas beaucoup plus réaliste que de faire vivre les personnages dans un univers narratif dans lequel la mort n’existe et ne les touche pas. Il y a peu, les scénaristes de Plus belle la vie ont décidé de tuer le personnage très populaire de Victoire (Flavie Péan) contre l’envie même de la comédienne. Idem pour le juge Estève sacrifiée sur l’autel de l’histoire à raconter.
Dans ce registre, qui ne se souvient pas de la mort de David Palmer en saison 5 de 24. Plus surprenant encore dans le cas de Oz quand Augustus Hill, le narrateur de la série, sorte de coryphée de cette tragédie grecque qui se joue devant nous, présent depuis le début de la série et qui se fait tuer en saison 5. La mort de Joyce Summer dans Buffy est aussi bouleversante et mémorable, tout comme l’épisode qui l’accompagne, The body, sans musique, juste la mort. Brutale!

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Quand un comédien décide de quitter une série, plusieurs scénarios s’offre à l’auteur. Le faire partir ou le faire mourir. Dans le premier cas, on se garde une porte de sortie pour le faire revenir. Dans le second, la décision est souvent beaucoup plus radicale.
Au palmarès de ces morts les plus douloureuses, on retrouvera sans nulle doute celle de Mark Green dans Urgences. Anthony Edwards souhaite arrêter la série après 8 saisons, décision est prise de faire partir son personnage des suites de sa longue maladie comme on dit. LE moment le plus fort des 15 saisons de la série.

Moins tragique car bizarrement moins « radicale », on trouve la mort de Bobby dans Dallas. Patrick Duffy en a assez, il veut quitter la série. Son sort est scellé: il sera tué par sa belle-sœur Katherine. Mais comme il peut arriver que le comédien change d’avis un an plus tard (sans doute dicté par une carrière qui ne décolle pas hors de la série), il faut alors se creuser la cervelle pour imaginer son retour. Dans l’univers narratif du soap, une décision comme celle-ci arrive souvent, surtout dans le soap quotidien, les comédiens ayant souvent besoin de faire autre chose avant de revenir. De John Black dans Des jours et des vies à Nicolas dans Plus belle la vie, les excuses trouvées ne manquent pas. Pourtant, dans Dallas, cela donnera lieu au plus grand « jump the shark » de l’histoire de la télé: la saison sans lui n’était qu’un rêve de sa femme!
Dans Foudre, série ado basée sur le couple Alice-Alex, les auteurs n’hésitent pas à tuer Alex en fin de saison 4 lorsque le comédien Charles Templon décide de quitter la série. Foudre aura d’ailleurs bien du mal à se remettre de la disparition de ce personnage.

Une autre catégorie, plus rare mais qui s’est cruellement répétée cette année. Il arrive parfois qu’une série en cours perde en cours de diffusion l’un de ses comédiens. Charge alors pour les auteurs de l’intégrer ou non à l’histoire. Quand Darlene Conley (Sally Spectra dans Amour gloire et beauté) disparaît, son personnage dans la série ne meurt pas tout de suite mais est parti faire un tour du monde. Ce n’est que quelques mois plus tard que Sally décède dans la série.
En l’espace d’un an, 3 acteurs de séries ont disparu, entraînant la disparation de leur personnage: Jeanne Cooper (Katherine Chancellor dans Les feux de l’amour), Cory Monteith (Finn Hudson dans Glee) et bien entendu Larry Hagman (J.R dans Dallas). Trois disparitions intégrées à l’histoire de la série. Trois disparitions qui brouillent les frontières en réalité et fiction, et qui rendent ces instants de télévision particulièrement émouvants.

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La mort d’un personnage peut aussi être une arme des scénaristes contre un comédien soit trop gourmand, soit ingérable. Une situation qui n’arrive que très rarement car, du point de vue d’une chaîne de télévision, il était assez inconcevable de se séparer du héros d’une série, voir d’un personnage important. Pourtant, Marc Cherry et Chuck Lorre ont en commun d’avoir utilisé cette arme. Le premier pour se débarrasser de Nicolette Sheridan dans Desperate Housewives, le second, et c’est très rare, pour expédier le héros de la série dans l’au-delà, le comédien Charlie Sheen de Mon oncle Charlie étant devenu ingérable sur les plateaux.

Mais s’il est deux scénaristes qui ont su bien vendre la mort comme une donnée narrative forte, ce sont bien Bryan Fuller et Alan Ball. Dans leur série respective (Dead like me/ Pushing Daisies pour le premier, et Six Feet Under pour le second), ils ont rendu la mort graphique, émotionnellement forte, qu’elle frappe des inconnues, comme des personnages phares. Le dernier épisode de Six Feet Under est en ce sens un must du genre. Plein de poésie, il montre la mort des héros que l’on suit depuis 5 ans dans un déferlement d’émotion. Jamais la mort n’avait semblé si puissante, si forte, et en même temps si splendide. Nous vendre la mort pour nous compter la vie, c’est le petit miracle de ces deux grands noms de la fiction télé.

On ne sait encore quelle sera la décision des auteurs de Revenge ou de Les mystères de l’amour concernant ces personnages mais il ne faut jamais oublier la mort comme arme narrative pour conter une série. Les séries s’inspirent de la vie, la mort doit en faire partie aussi.