Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

Un Commentaire

Xavier Durringer: « Le prime time tue le cinéma »

Xavier Durringer: « Le prime time tue le cinéma »
Alexandre LETREN

En septembre prochain, vous découvriez la série nouvelle série événement de France 2 baptisée La source et qui vous emmènera dans l’univers de l’espionnage. Vous découvrirez bientôt un dossier complet  sur la série mais auparavant, nous vous proposons de découvrir une interview en toute sincérité de son réalisateur Xavier Durringer un réalisateur qui a  travaillé sur des séries comme Scalp ou des films comme La conquête. Bien entendu, on y parle de la série mais pas seulement. Et il parle de tous ces sujets en toutes sincérité.

la source affiche

Season One: La source est-elle un projet comme les autres pour vous ou avez-vous travaillé de manière différente dessus?

Xavier Durringer: Chaque projet est différent. J’ai travaillé pour le théâtre, le cinéma, la télévision comme réalisateur. J’ai aussi produit pendant 10 ans. Ce que j’ai aimé dans cette histoire c’est qu’il y avait d’un côté l’intime et de l’autre la DCRI. J’ai aussi trouvé qu’il y avait dans cette histoire des personnages très attachants et que chaque personnage était différent du début à la fin avec une vraie évolution. Ce ne sont pas des personnages manichéens avec d’un côté les bons et de l’autre les méchants. Dans  cette série, les agents de la DCRI censés représenter la justice ne font pas que des choses clean, et la famille Lacanal (plutôt du « mauvais » côté) a aussi sa part de complexité.
En plus, dans l’écriture, on retrouve 3 rôles féminins extraordinaires ce qui est très rare aujourd’hui. Des femmes complexes qui vont évoluer de manière incroyable à la fin de la saison.

Maruschka Detmers (prenant la parole): Si il y a une raison pour laquelle j’ai accepté le rôle c’est ce dont vient de parler Xavier: dans cette série, l’humain et l’espionnage avancent ensemble. C’était pour moi surprenant et déterminant. Et puis j’avais une grande confiance en Xavier qui aime ses acteurs.

X.D: Cette série a aussi une force c’est qu’elle parvient à créer une tension, une paranoïa, une attente pour le sort des personnages sans jamais montrer un flingue ni de course poursuite. On ne rattrape pas les personnages émotionnellement, on les montre tels qu’ils sont dans cette réalité là. On joue avec le spectateur que l’on manipule aussi, tout comme les personnages de la série sont eux mêmes manipulés. Mais nous n’avons pas souhaité d’artifices pour faire passer la pilule (comme une cascade ou autre). Pour créer cette tension, j’ai choisi de tourner au 50 mm, un objectif qui permet d’être au plus près de l’œil et du genre humain, un objectif qui ne triche pas. C’est moi qui me rapproche des acteurs, c’est moi qui recule, c’est moi qui tourne autour d’eux. Je voulais être dans la vérité alors que toute l’histoire que l’on raconte est une histoire de manipulation. Ce qui m’intéresse c’est d’être au plus près des acteurs et montrer leur vérité. Mais je n’aime pas exemple quand un acteur pleure, faire un gros plan sur sa larme. On peut montrer aussi la personnage de dos. Je n’aime pas aller chercher artificiellement l’émotion.
Vous savez, je fais une série comme je fais un film de cinéma. Je ne fais aucune différence. J’ai pris un pied incroyable à suivre mes acteurs durant 63 jours et leur faire faire le grand 8 émotionnel.

LA SOURCE

Season One: Il y a aussi des moments un peu plus légers qui permettent des respirations dans le déroulé de l’histoire.

X.D: Bien sûr. Et en même temps, ce qui est vraiment intéressant, c’est que l’on voir de vraies évolutions de personnages dans cette série. Ici chaque personnage raconte quelque chose. Les personnages secondaires ne sont pas de figuration pour servir la soupe au personnage principal.
Ce qui est vrai pour revenir à la question, c’est que la série permet à certains moments de se poser tout en n’oubliant pas faire progresser les personnages qui sont impactés par les événements qui leur arrivent dans la série, ce qui loin d’être toujours le cas dans les séries où les personnages oublient trop vite les drames qui leur arrivent. Je viens d’une école où ce que l’on dit on n’a pas besoin de le voir et ce qu’on voit, on n’a pas besoin de le dire. Dès lors que l’on commence à faire le contraire, on tombe dans le remplissage de lignes de dialogues, un reproche souvent fait à la télé.
Godard disait: « La télévision montre le visible et le cinéma montre l’invisible« . Je pense que ça devient de moins en moins vrai et que cette frontière est en train de se résorber. On voit de plus en plus de films de cinéma réalisés comme des téléfilms (et qui peuvent marcher même) et des séries télé réalisées avec brio.

scalp

Season One: Ca tient à quoi à votre avis cette dérive du cinéma, cette mauvaise passe?

X.D: Il ne faut pas oublier que l’on travaille pour une industrie. L’audimat c’est la pub, l’argent qui est mis dans un projet. On ne travaille pas pour les beaux yeux de la princesse. Il faut savoir qu’en France, un réalisateur sur deux au cinéma ne refait jamais un film de sa vie après le premier et 1/30 fera un troisième film. A partir du 3ème, c’est bon la machine est lancée. Et si on veut parler d’économie, il faut savoir que quand un film sort au cinéma, ça ne représente que 20% de l’économie du film. On peut doubler ça avec l’économie annexe dans les salles de cinéma. C’est dingue de se dire qu’un film gagne autant en produits dérivés qu’avec la place qu’on a acheté. Le cinéma est en train de crever par manque de créativité et d’originalité. Et son autre problème, c’est que le cinéma français dépend du 20h30 de la chaîne qui l’a produit. Du coup, on ne peut pas parler comme ça, on peut pas montrer ça. Donc, on en arrive à faire un film pour le 20h30 et pas pour le cinéma. C’est le prime time qui tue le cinéma. Ca en devient super vicieux car sur des films qui se sont vautrés au cinéma, on voit les gens des chaînes qui sourient car ils savent qu’en diffusion télé, ça va faire 7 ou 8 millions. Donc c’est vrai qu’en ce moment le cinéma ne va pas bien et qu’on constate que l’audace est plutôt du côté des séries.

Season One: Et vous aimez bien en travailler famille aussi. Des acteurs à un garçon comme Laurent Brett qui conçoit le générique, vous avez des personnes que vous suivez  et qui vous suivent.

X.D: J’essaye. Quand on a la chance d’avoir des gens avec qui on s’entend bien et qui travaillent bien, pourquoi aller chercher quelqu’un de nouveau. J’essaye toujours de travailler avec les meilleurs.

Crédits: ©GROUPE 25 IMAGES/ France 2/ Canal+
Découvrez notre dossier sur La source ici
Merci aux équipes de France Télévisions et de Barjac Production