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Henning Mankell, le noir lui va si mal

Henning Mankell, le noir lui va si mal
Fanny Lombard Allegra

Il y a des hommes qui, même dans les plus profondes ténèbres, savent trouver et faire jaillir une étincelle de lumière ; ainsi était Henning Mankell. Le romancier suédois est décédé hier, à l’âge de 67 ans, et les amateurs de polars et plus largement les amoureux de la littérature pleurent un grand écrivain.

On le connaissait surtout pour le personnage de l’inspecteur Kurt Wallander, de la police d’Ystad, qu’il avait créé en 1991 et mis en scène dans une dizaine de romans. Le nom est familier aux sériephiles, puisque ces enquêtes ont fait l’objet de trois adaptations distinctes pour le petit écran. Sobrement intitulée Wallander, la première série suédoise (inédite en France) a repris la trame des romans, de 1994 à 2006, avec Rolf Lassgärd dans le rôle-titre.  Entre 2005 et 2013, Krister Henriksson a magnifiquement incarné le héros dans une autre série suédoise, Wallander : enquêtes criminelles (32 épisodes r répartis sur 3 saisons) cette fois sur des scénarii originaux. Depuis 2008, c’est Kenneth Branagh qui prête son jeu tout shakespearien au plus célèbre enquêteur venu du froid, dans Les enquêtes de l’inspecteur Wallander (4 saisons de 12 épisodes chacune – en cours de diffusion) à nouveau basée sur les livres. S’il existe de nombreuses différences entre ces versions, toutes se rejoignent en restant fidèles à l’esprit de leur modèle d’origine et à l’ambiance sombre et pesante des ouvrages de Mankell.

Précurseur de la vague de littérature policière scandinave qui a déferlé sur le monde il y a quelques années, Henning Mankell dressait, sur fond d’enquêtes pour meurtres, le panorama d’une Suède désenchantée, en proie à la misère sociale, à la violence et au racisme, encore marquée par l’impact de la seconde guerre mondiale et les enjeux de la guerre froide. Une Suède en plein délitement social et politique, à mille lieues du miracle scandinave si souvent vanté. Mais dans ce paysage crépusculaire et glacé où il traînait son mal-être et ses doutes existentiels, Kurt Wallander trouvait toujours l’empathie nécessaire pour venir en aide aux victimes voire même comprendre les assassins, comme un Sisyphe désabusé poussant inlassablement le rocher de sa foi en l’humanité contre la pente du crime.

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Une croyance profonde en la capacité des gens à survivre aux pires épreuves et à exister malgré la douleur, que Mankell avait chevillée au corps et que l’on retrouvait dans toute son œuvre littéraire. Car au-delà de ses excellents polars, il faut découvrir ses livres pour enfants et surtout ses romans. De la chaleur étouffante d’une Afrique à laquelle il était profondément attaché à l’atmosphère glaciale de sa Suède natale, Mankell y mettait en scène des personnages aussi divers que possibles – de la jeune exilée nigériane au vieux pêcheur reclus sur une île – en route vers un futur qu’ils espèrent meilleur ou tournés vers un passé qu’ils rêvent différent. Mais, portés par une écriture puissante à la lenteur assumée, ce sont toujours des histoires de rédemption et de salvation, des récits doux-amers où l’espoir perce sous la mélancolie.

Ecrivain de talent, militant engagé, défenseur acharné des droits de l’Homme, passionné de théâtre et amoureux de l’Afrique où il vivait une partie de l’année (il dirigeait le Teatro Avenida de Maputo au Mozambique), Henning Mankell était donc bien davantage que le père de Wallander. Et pourtant, au lendemain de sa mort, nous sommes tous un peu des enfants d’Ystad – et nous sommes tous un peu orphelins.

Retrouvez les ouvrages d’Henning Mankell sur la page de son éditeur : http://www.lecerclepoints.com/page-493.htm#page

Les enquêtes de l’inspecteur Wallander : chaque vendredi à partir du 9 octobre, à 20h50 sur NRJ12.

Crédit photos : Getty Images / BBC One.