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9 Commentaires

C KWA…le binge-watching ?

C KWA…le binge-watching ?
Fanny Lombard Allegra

“Cliffhanger”, “Ensemble Cast”, “Spin Off”, “Franchise”, sont parmi les anglicismes que nous, chroniqueurs, critiques, sériphiles et journalistes de tous poils employons allègrement dans nos articles en oubliant parfois que les téléspectateurs / Lecteurs, qui viennent à nous pour un avis ou juste avoir l’idée générale de ce qu’est une série qui les intéresse, ne les connaissent pas forcement. Il était temps de corriger cette erreur ! Dans cette série d’articles vous trouverez un mot dont nous essaierons de définir le sens. Attention, il ne s’agit pas d’un dictionnaire, nous n’avons pas vocation à être exhaustif et exclusif, mais simplement à mettre en lumière l’idée, telle que nous la concevons, qui se cache derrière le mot. Aujourd’hui, voyons ce que recouvre l’expression barbare de « binge-watching ».

Le terme de binge-watching n’est sans doute pas étranger à la majorité des fans de séries : cet anglicisme désigne la tendance à enchaîner le visionnage d’épisodes d’une même série de façon compulsive,  dans un laps de temps réduit. La pratique est récente, et elle est surtout révélatrice de l’évolution des supports et des médias. Autrefois, on attendait sagement la diffusion de son épisode hebdomadaire sur sa chaîne préférée, confortablement installé dans son canapé et les yeux rivés sur son poste de télévision ; la sortie des saisons complètes en cassettes vidéos puis en DVD, et le développement du streaming et des plateformes de diffusion et de téléchargement ont changé la donne : les écrans d’ordinateur et le lecteur DVD ont remplacé la télé, et en ayant d’un seul coup tous les épisodes à disposition, le spectateur peut regarder la série à son rythme – y compris d’une seule traite, si le cœur lui en dit.

Le phénomène, concomitant de l’apparition de séries-cultes et addictives comme X-Files ou Buffy contre les vampires, s’est accentué dans les années 2000 avec Lost ou 24 Heures chrono, dont le format permettait même à certains forcenés de vivre la journée de Jack Bauer dans l’illusion du temps réel… Il s’est encore amplifié au cours des dernières années, grâce (ou à cause) de la plateforme Netflix qui, en proposant l’intégralité de ses séries en une seule fois – House of Cards fut la première, en 2003 – a facilité le binge-watching en le mettant à la portée de tous ses abonnés. Jusque-là assez confidentielle, l’expression s’est popularisée au point d’entrer dans le très sérieux Oxford Dictionary, et le binge-watching, alors réservé aux nerds passionnés de séries, s’est généralisé.

De toute évidence, certaines séries se prêtent mieux que d’autres au binge-watching. Une série feuilletonnante, à fort potentiel dramatique, riche en cliffhangers et dont les saisons sont concentrées en une poignée d’épisodes n’en sera que plus addictive. En clair, on enchaînera plus facilement les 10 épisodes qui composent une saison d’Orphan Black que les 25 de Community – sans que cela n’enlève rien au plaisir que l’on prend à regarder la seconde. Simplement, une comédie comme The Big Bang Theory, avec ses épisodes indépendants, peut se picorer et se regarder de façon plus sporadique, tandis qu’il est plus difficile de résister à l’appel de la voix off de Jane The Virgin quand elle conclut en nous promettant un rebondissement dans l’épisode suivant ; et il est presque impossible de s’arrêter dans le cas de Daredevil voire de The Following – pour aussi improbables que soient les cliffhangers de cette dernière. L’atmosphère, le ton d’une série sont aussi des éléments déterminants : avec leur ambiance pesante et sombre, Hannibal ou Jordskott sont par exemple d’une telle intensité qu’on peut largement préférer les savourer en les dégustant un épisode après l’autre, plutôt que de les engloutir comme un cannibale qui n’aurait pas dévoré un être humain depuis des mois. En revanche, la légèreté de Silicon Valley peut conduire à regarder chaque saison en une seule soirée – quitte à se coucher à 4 heures du matin pour se lever à 6 heures, avec une tête qui vous dispense d’office du casting pour jouer les zombis dans The Walking Dead

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Si le binge-watching a ses adeptes, il a aussi ses détracteurs. D’abord d’un point de vue strictement artistique : pour certains, il dénature le caractère intrinsèque de la série, qui n’est pas pensée comme un fil narratif ininterrompu de presque 10 heures, mais bien comme 10 fois 50 minutes. Il faudrait donc respecter l’esprit de l’œuvre et accepter d’observer une pause entre les épisodes, qui sont comme autant de chapitres d’un même roman. L’autre argument majeur contre le binge-watching souligne les vertus de la frustration, le plaisir de l’attente et sa puissance sur l’imagination : pendant toute une semaine, vous restez dans l’expectative quant au sort de votre personnage préféré, que vous avez laissé entre la vie et la mort, et l’illusion ainsi étirée renforce le pouvoir fantasmatique de la série.  Tout au contraire, les défenseurs du binge-watching y voient un moyen  pour le spectateur de se réapproprier la série, en se détachant du rythme qui lui est arbitrairement imposé par les diffuseurs. Le binge-watching s’apparenterait aussi à une expérience immersive qui, loin d’être purement contemplative et passive, nécessiterait concentration et pleine conscience.

Au-delà du débat purement théorique, de récentes études médicales ont donné des sueurs froides aux adeptes du binge-watching. Les malheureux inconscients s’exposeraient à un risque accru de maladies cardio-vasculaires,  d’embolies pulmonaires, d’isolement et de dépression. De quoi binge-watcher (oui, on peut même conjuguer le verbe…) Urgences, Dr House et Grey’s anatomy, histoire d’acquérir les bases pour pouvoir se soigner. En réalité, ces conclusions alarmistes découlent d’une présentation faussée des résultats : ce n’est pas le binge-watching qui est mis en cause, mais plutôt certains comportements qui lui sont en général associés comme le manque d’activité physique ou une mauvaise alimentation. En clair, on ne regarde pas Orange Is The New Black vautré sur son canapé en se gavant de chips, mais grimpé sur son vélo d’appartement et en grignotant des bâtonnets de carotte. Je sais, ce n’est pas très enthousiasmant – mais c’est la condition sine qua non pour espérer survivre jusqu’à la saison 54 de Supernatural. Et si le binge-watching favorise le repli sur soi car c’est en général une pratique solitaire,  il est tout aussi agréable de s’y livrer à 2, 3 ou plus si affinités : on peut binge-watcher Fargo entre adultes consentants, en tout bien tout honneur. Quant à la dépression, inutile d’être psychiatre pour comprendre qu’il s’agit d’un symptôme et non d’une cause : on se cloître chez soi pour regarder des séries parce qu’on est dépressif ; on n’est pas dépressif parce qu’on regarde des séries. CQFD – Ce Que Freud Démontrerait.

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On pourrait même aller plus loin, en avançant que les séries ne sont pas sans effets positifs sur notre santé. Elles développent notre empathie (hop ! Les taux d’endorphines et d’ocytocines montent en flèche !), accroissent notre capacité à anticiper la narration et notre concentration (c’est bon pour le système cognitif), les multiples rebondissements renforcent notre système cardio-vasculaire, leurs vertus cathartiques peuvent aussi avoir un impact sur notre bien-être psychologique, et on connait pire remède à un léger coup de déprime que quelques épisodes de Brooklyn Nine Nine. Une bonne excuse pour présenter le binge-watching comme une thérapie intensive… (Vous pouvez toujours tenter un : « Non, je ne peux pas venir ce soir : je fais de la cardio, j’ai prévu 5 épisodes de The Blacklist. »)

Binge-watching ou pas binge-watching : telle est la question. A chacun de faire son choix en fonction de ses goûts, de ses affinités… et de son endurance ! Car tout l’intérêt et toute la beauté du binge-watching est là : ce n’est finalement qu’une autre manière de regarder ses séries préférées. On est libre de s’y adonner ou pas, de choisir quels programmes regarder d’un traite et quelles séries visionner au rythme de la diffusion télévisée. Le sériephile qui binge-watche en toute conscience  acquiert ainsi davantage de liberté et une certaine maîtrise. Quant à moi, je vous abandonne : mes épisodes de True Detective ne vont pas se binge-watcher tous seuls…

Crédit photos : Netflix /  20th Century Fox.

  • teddy di

    Je n’aime pas le mot « Binge-watching » et ses dérivés, c’est un des anglicismes les plus moches que je connaisse. J’utilise le mot « Bâfrerie » pour « Binge Watching » et « se bâfrer » pour « Binge Watcher ».
    Exemple : Hier je me suis bâfré la première saison de Rick & Morty.

    • Le débat est ouvert ! J’aime bien le terme de « bâfrerie ». J’ai tendance à effectivement utiliser l’anglicisme, dans lequel je trouve une idée de compulsion qui me semble pertinente – malgré la sonorité qui vous déplait. 😉

    • Sophie

      C’est pas mal mais c’est bizarre je ressens plus une idée négative pour bâfrerie que pour binge watching

  • Monsieurhobby

    J’attendrai que tu postes tous tes articles pour les lire, pas avant.

    • Ça marche ! Mais après, il faut tout lire d’un coup… (Je vais faire comme les séries : je vais compiler les articles par saisons 🙂 )

      • Cher Monsieur Hobby,

        Surtout qu’on est plusieurs à écrire sur le lexique des séries. Faut pas attendre…

        Bonjour chez vous

      • Sophie

        Après tu feras un binge reading des articles donc …

    • Ce n’est pas à suivre pourquoi ça? Je comprend pas trop là

  • Please Like Me

    La question presque anachronique, dont 10.000 y ont déjà répondu. :p
    (Je taquine <3)