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Pilote d’essai: Impastor (TV Land)

Pilote d’essai: Impastor (TV Land)
Fanny Lombard Allegra

La review

Pilote
6
Scénario
6
Casting
6.5
Envie de voir la suite
6
6.1

Rating

Commencée dès la fin juin pour certaines chaînes, la période de lancement des séries estivales bat son plein. Parmi les nouveautés, la série Impastor, créée par Christopher Vane, permet à Michael Rosenbaum (Lex Lutor dans Smallville) de faire son retour sur le petit écran dans le rôle d’un faux pasteur gay. Un pitch de départ qui présage d’une série déjantée… Faut-il pour autant se convertir, ou doit-on crier à l’hérésie faussement comique ?

Couvert de dettes, menacé par les gros bras qui en réclament le remboursement et largué par sa copine, Buddy Dobbs (Michael Rosenbaum) est désespéré, au point de décider de mettre fin à ses jours. Alors qu’il s’apprête à se jeter du haut d’un pont, un homme intervient : il faut garder la foi ! Dieu lui enverra un signe ! Lui-même n’est-il pas sur le point de commencer une nouvelle vie, quand tout semblait perdu ? Mais tandis qu’il tente de sauver Buddy, l’homme trébuche et… bascule par-dessus le parapet ! Une fois le choc passé, Buddy n’hésite pas longtemps, croyant voir le signe divin prédit par son « sauveur ». Il découvre rapidement que celui-ci venait de décrocher un emploi dans une petite ville, où personne ne le connaît, et il décide alors d’endosser son identité le temps de se faire oublier de ses créanciers. Ce qu’il ignore, c’est que l’homme était un pasteur luthérien, qui venait de quitter son précédent ministère après avoir révélé son homosexualité…

 

Programmée par TV Land, Impastor se rapproche d’une autre série de la chaîne lancée cette année et renouvelée pour une seconde saison : Younger, créée par Darren Starr (Sex & The City). Ce n’est certainement pas un hasard si l’on retrouve un canevas similaire, Impastor poussant simplement plus loin le ressort initial. Dans Younger, l’héroïne quadragénaire feint d’avoir 26 ans afin de décrocher le job de ses rêves ; dans Impastor, Buddy usurpe l’identité d’un pasteur gay pour sauver sa peau. Dans les deux cas, les séries jouent sur le décalage entre la vraie personnalité des héros et celles qu’ils endossent, en multipliant les quiproquos et en misant sur le décalage.

La série démarre sur les chapeaux de roues, avec une scène d’ouverture qui nous plonge immédiatement dans l’ambiance et dans le ton – avec, en prime, une chanson de Dean Martin. Le rythme est frénétique, l’action omniprésente prend le pas sur les dialogues, et on est dans une comédie pure qui ne compte faire ni dans la finesse ni dans l’allusion subtile, mais plutôt dans le burlesque et l’outrance. Portée par la voix off d’un narrateur cynique et ironique, la série débute donc sur une séquence échevelée, qui se referme par un retournement absurde bien amené. Le reste du pilote poursuit dans la même voie, posant efficacement la situation et croquant à grands traits la galerie des seconds rôles. Si l’on considère que le but d’un premier épisode est de caractériser un ton et un univers et de lancer les bases de son intrigue principale, Impastor fonctionne remarquablement bien.

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Les gags ne font pas dans l’originalité : à la simple lecture du script, on devinait déjà quels seraient les ressorts comiques récurrents exploités par les auteurs. Athée sans éducation religieuse poussée, Buddy n’a jamais ouvert une Bible de sa vie ; appelé à conseiller ses nouveaux fidèles, il pioche un verset un hasard (et par chance, tombe juste), ou remet un jeune ado rebelle dans le droit chemin grâce à un sermon peu orthodoxe, où le nom de Dieu est invoqué en vain… Sensé être gay, notre prétendu pasteur fait l’objet des convoitises de deux membres de son Eglise : le secrétaire de la paroisse Russell (Mike Kosinski), qu’il repousse puisqu’il est résolument hétéro ; et la très charmante trésorière Alexa (Mircea Monroe) qui met en doute son orientation sexuelle, mais à laquelle il résiste pour ne pas exposer sa couverture. On se doute bien que la situation ne va pas tarder à dégénérer puisque la chair est faible. .. Le reste est à l’avenant, à l’image d’un titre idiot mais amusant. Des blagues tout droit sorties d’American Pie (la tarte est remplacée par un melon), un duo de flics maladroits enquêtant sur la mort présumée de Buddy, et les quiproquos relatifs au champ lexical religieux achèvent d’illustrer le côté caricatural revendiqué par Impastor.

Cela va jusqu’aux personnages qui sont tous outranciers, de l’assistante godiche (Sara Rue) au doyen sceptique devant ce nouveau Pasteur fumeur de joints (David Rashes), en passant par la trésorière sexy et le vieux garçon efféminé, ou la petite amie hystérique (Aimée Garcia – vue dans Dexter). Les acteurs forcent volontairement le jeu – ce qui fonctionne assez bien dans ce contexte – et laissent la vedette à un Michael Rosenbaum très en forme, toujours dans ce même registre volontiers caricatural.

Le comique de situation fonctionne mieux que les dialogues. S’ils sont prévisibles et ne déclenchent pas l’hilarité, les gags restent amusants tandis que les échanges entre les personnages manquent parfois de sel. Les meilleures lignes surgissent quand on s’y attend le moins et touchent au registre religieux sans toutefois assumer le côté subversif que l’on pouvait espérer. C’est finalement le point faible de Impastor, qui en fait des tonnes dans un humour lourdingue mais qui, en revanche, ne va pas assez loin dans le politiquement – ou plutôt le religieusement incorrect. Elle ne s’autorise pas (du moins pour l’instant) à aborder frontalement ses deux thèmes centraux : la religion et l’homosexualité. Il y aurait pourtant beaucoup à dire, et la série tiendrait là un excellent moyen de se démarquer si elle traitait de ces sujets avec impertinence mais intelligence. Au vue du premier épisode, c’est sans doute trop demander…

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Comédie divertissante qui use de grosses ficelles, Impastor assume son point de départ complètement improbable et ne cherche ni la finesse, ni le réalisme, ni la critique sociale. Certes, ce n’est pas avec ça qu’on va révolutionner l’univers de la série TV ! Mais telle n’est pas l’ambition de Impastor, qui permet au moins de rire pendant une petite demi-heure. Reste à savoir si le répertoire comique sera suffisamment renouvelé au fil des épisodes pour que la série sorte des sentiers battus et réussisse à surprendre, avec des situations inattendues et inédites. Gardons la foi puisqu’après tout, les voies du Seigneur sont impénétrables…

Impastor Série lancée par TV Land.

Inédite en France.

Crédit photos : TV Land