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Un Commentaire

Sci-fi, She Wrote : Visions de feu, de Gillian Anderson

Sci-fi, She Wrote : Visions de feu, de Gillian Anderson
Fanny Lombard Allegra

Six petits épisodes pour la saison 10 de X-files, c’est bien peu pour des fans inconditionnels, frustrés par le retour fugace de leurs agents du FBI préférés. Heureusement, il existe un produit de substitution pour les plus accrocs, une alternative susceptible de vous faire patienter jusqu’à une éventuelle onzième saison… Les éditions Bragelonne ont eu la bonne idée de publier le premier roman de Gillian Anderson, Visions de Feu, volume inaugural de la trilogie Earthend co-écrite avec Jeff Rovin.  Un page-turner addictif sur fond de géopolitique et tensions internationales, qui entraîne le lecteur dans les pas d’une psychiatre enquêtant sur des phénomènes paranormaux. Ce n’est pas si souvent que Season One vous invite à éteindre votre téléviseur pour vous plonger dans un bon livre. Avant de vous proposer de gagner votre exemplaire, on vous dit tout sur ce roman : la vérité est ici…

Représentant permanent à l’ONU, Ganak Pawar est en charge de l’épineux dossier du Cachemire et se voit confier les négociations, houleuses, entre l’Inde et le Pakistan qui se disputent la région. Mais les méthodes discutables du diplomate lui valent l’hostilité des deux camps, au point qu’il échappe de justesse à une tentative d’assassinat. Maanik, sa fille adolescente qui a assisté à la scène, ne tarde pas à être affectée par d’étranges symptômes : catatonique, elle ne sort de sa léthargie que pour s’automutiler tout en hurlant dans une langue inconnue… Sollicitée par son ami Ben, interprète auprès des Nations Unies, la psychiatre Caitlin O’Hara est perplexe : l’état de Maanik lui semble peu compatible avec les diagnostics de stress post-traumatique ou de psychose, suggérés par les autres médecins. Et tandis que la menace nucléaire grandit entre les deux puissances asiatiques, d’autres cas se manifestent à travers le monde – un jeune iranien s’immole par le feu tout en tenant des propos incompréhensibles, une haïtienne semble se noyer alors qu’elle a perdu connaissance sur la terre ferme, et Caitlin elle-même est victime de sensations qu’elle ne peut expliquer. Pour venir en aide à sa patiente, elle décide d’enquêter et de chercher le lien entre ces phénomènes.

On ne va pas se mentir. Nonobstant l’intrigue alléchante et l’éventuelle qualité littéraire du roman, ce ne sont pas les aspects qui nous ont d’abord attirés vers le livre, mais bien le nom de son auteure. Tout compte fait, cette raison en vaut bien une autre, même si elle ne saurait occulter les points forts – et les points faibles… – de l’ouvrage en question. Signalons toutefois que Visions de Feu a été écrit à quatre mains, Gillian Anderson définissant les grands axes de l’intrigue tandis que Jeff Rovin (auteur à succès qui a travaillé par le passé sur la série des Op-Center pour Tom Clancy) se chargeait du gros de la rédaction.  Alors bien sûr, on pense évidemment à X-Files dès lors que le nom de Gillian Anderson est prononcé. Les éditions Bragelonne ne s’y sont pas trompées, le bandeau de couverture mentionnant la série. Mais c’est à juste titre, car on voit bien que le thème central du récit n’en est finalement pas si éloigné – il ne déparerait pas en tant que scénario d’un épisode.

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Dès la première page, la comparaison s’impose, d’autant plus inévitable que l’histoire débute avec un scientifique qui examine une mystérieuse pierre gravée, tout en dictant ses conclusions sur un dictaphone… La scène nous est évidemment familière. Mais bien d’autres éléments résonnent fortement avec X-Files : le couple d’enquêteurs, l’opposition entre science et paranormal, le scepticisme initial de l’héroïne – médecin, au passage – qui laisse rapidement la place à une remise en question de tout ce qu’elle prenait pour acquis, les pistes ésotériques voire extra-terrestres avancées au cours de l’histoire, la dimension mondiale du phénomène… Si le parallèle se justifie, des différences notables permettent cependant au roman de s’en écarter.  Il y a, par exemple, tout un contexte géopolitique en arrière-plan qui, s’il paraît au premier abord assez anecdotique, gagne en importance au fur et à mesure, laissant supposer un lien éventuel avec les événements ; Ben, le comparse de Caitlin O’Hara, est bien loin de jouer le rôle de Mulder et il reste un personnage certes important mais secondaire ; la vie privée de l’héroïne affleure par petites touches, jusqu’à influer sur le cours de l’histoire…

Justement, c’est surtout la mise en avant de Caitlin qui fait toute la différence, le récit se centrant sur ce personnage de femme indépendante. Psychiatre pour enfants dévouée à son travail comme à un sacerdoce, engagée dans des œuvres humanitaires, préoccupée par le sort des réfugiés, Caitlin concilie sa vie professionnelle avec son rôle de mère célibataire, puisqu’elle vit seule avec son fils atteint de surdité.  Le personnage est extrêmement intéressant : l’absence d’attaches, le mélange de force et de faiblesse dont elle fait preuve,  son émancipation et son engagement en font une héroïne moderne et charismatique, à laquelle on s’attache rapidement. Gillian Anderson n’a pas caché son souhait de l’incarner, si d’aventure Visions de Feu venait à être adapté à l’écran… A contrario, les autres protagonistes sont moins développés, et on regrette un peu leur ténuité : brossés à grands traits, ils auraient mérités un traitement approfondi. Il manque en effet une ou plusieurs figures suffisamment fortes pour contrebalancer celle de Caitlin, ce qui donneraient encore plus de relief à l’héroïne.  D’un autre côté, l’intrigue progresse rapidement puisqu’elle n’est pas entravée par la psychologie des personnages secondaires.

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C’est sans doute la principale qualité du roman, dont le rythme haletant accroche le lecteur dès le début. Les chapitres courts se succèdent, enchaînant sans temps mort les péripéties et les rebondissements au fil des 345 pages que l’on ne voit pas passer. L’ensemble, bien construit, est d’une redoutable efficacité. A une ou deux exceptions près, impossible de deviner la suite : le scénario, à tiroirs, se déroule simultanément sur plusieurs plans et dans plusieurs lieux, et multiplie habilement les fausses pistes. On suit le parcours de Caitlin avec d’autant plus d’intérêt que Visions de Feu a l’intelligence de nous maintenir dans la même situation qu’elle, s’interdisant toute anticipation pour nous permettre  de progresser au même rythme que son héroïne, de découvertes en révélations. Pour autant, Jeff Rovin impose un cap et s’y tient, il maintient la cohérence et la fluidité d’une narration rondement menée et ne perd jamais son lecteur.

L’histoire progresse de façon régulière et sans à-coups, amenant au final une explication relativement crédible bien qu’assez ésotérique. A ce stade, difficile d’en dire davantage sans risquer de dévoiler le cœur du mystère… Disons simplement que cette explication est originale et peut tenir la route, même si elle emprunte à l’uchronie et flirte avec une philosophie new age naïve et par trop angélique. Mais après tout, pourquoi pas ? Gillian Anderson est assez maline pour nous épargner les petits hommes verts (pardon ! Gris…), et il est indéniable que l’histoire a du souffle, et largement le potentiel nécessaire pour remplir les deux tomes suivants sans se répéter ni tourner en rond.

En termes d’écriture, Visions de feu est sans conteste cousu dans le tissu dont on fait les best-sellers. Jeff Rovin sait y faire : simple, directe et efficace, sa plume factuelle et classique ne se perd ni dans les circonvolutions stylistiques ni dans les atermoiements littéraires. On sent bien l’expérience de l’écrivain coutumier des scènes d’action et habitué au thriller, capable de clôturer chaque chapitre ou presque par un cliffhanger savoureux, quand les dialogues restent plus convenus. Le ton uniforme accentue probablement certains poncifs ou lieux communs, mais il faut bien reconnaître que cette approche sobre sied remarquablement bien au thriller. Les phrases courtes et percutantes servent la dynamique du récit, et si l’écriture manque parfois d’ampleur et d’originalité, elle gagne en nerf ce qu’elle perd en chair. Au final, tout le talent de l’auteur est là : dans la manière dont il tient son lecteur en haleine tout en parvenant à rendre réaliste un récit qui, par essence, est pourtant fantastique.

Quelque part entre science-fiction et fantastique, le thriller Visions de Feu est la rencontre réussie de l’histoire originale et prenante imaginée par Gillian Anderson et de la maîtrise indiscutable de Jeff Rovin. En dépit de quelques réserves, il est impossible de lâcher le livre une fois qu’on l’a ouvert : on est pris par l’intrigue, on s’attache aux pas de l’héroïne, et on se prend rapidement au jeu. Alors, oui : le roman bénéficie évidemment de la notoriété de Gillian Anderson. Mais rendons-lui justice, et oublions pour un temps l’actrice de série TV pour découvrir l’auteure. Le premier volet de la trilogie Earthend le vaut bien, et on attend déjà impatiemment la suite.

Visions de Feu (Earthend – Tome 1) de Gillian Anderson et Jeff Rovin.

Publié aux éditions Bragelonne : voir le lien. (http://www.bragelonne.fr/livres/View/visions-de-feu)

17€90 – 345 pages.

Crédit photos : Owen Davies/ Stephen Busken – © Simon & Schuster Art Department.

  • pénélope

    Duchovny aussi vient de sortir un livre « Oh, la vache » aux éditions Grasset.