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2 Commentaires

The Bridge US: Un pont entre deux séries

Christophe Brico

La review

LA SERIE
5.5
LE SCENARIO
6
LE CASTING
5.5
5.7

PAS CONVAINCU

Diffusée depuis le 10 juillet 2013 sur la chaîne câblée FX, The Bridge est l’adaptation américaine par Meredith Stiehm (Cold Case) et Elwood Reid de la série Bron/Broen (Littéralement “le pont” dont “the bridge” tout pareil) créée par Hans Rosenfeld en 2011, et qui est la première coproduction réalisée entre la Suède et le Danemark pour la télévision (en l’occurrence Sveriges Television pour la Suède et Danmarks Radio pour le Danemark). La version américaine, elle, est un pur produit redneck.

The-Bridge-US

Dans les deux cas de figure l’histoire commence par un black-out sur un pont, en l’occurrence le Pont des Amériques dans la version américaine. Une voiture s’arrête. Dépose un cadavre et puis s’en va. Évidemment, le pont reliant deux pays, le cadavre se trouve plus ou moins au milieu. Et comme c’est pas suffisant, il s’avère que le cadavre en question est pluriel, composé de deux bouts, a priori ressortissant chacun d’un des pays concerné. Du coup les policiers sur les lieux se sentent un peu concernés par l’affaire et se trouvent poussés à bosser ensemble pour résoudre l’affaire.

AMERICA

Si l’on prend la série hors de son contexte d’adaptation, The Bridge est une série policière plutôt pas mal foutue. Il faut dire que l’environnement choisi est propice : la frontière entre les États-Unis et le Mexique, certes, mais plus précisément entre El Paso (Texas) et Juarez (Chihuahua). Cette dernière ville ayant la triste réputation d’être l’endroit le plus dangereux du Mexique, totalisant des centaines de meurtres et disparitions. Dans un tel contexte, il est assez facile de mettre en place une ambiance de danger latent, chaque situation, chaque personnage pouvant conduire à l’horreur. Visuellement, la série met en scène les environnements de manière vraiment différente. El Paso est claire, les images y sont nettes et plutôt posées, alors que Juarez est plutôt filmée de nuit, à l’épaule, dans des endroits assez glauques et crasseux, ou des situations qui mettent mal à l’aise le spectateur. De ce point de vue, la narration est très lisible. A l’inverse, on se trouve malheureusement dans le cliché absolu. La police mexicaine est forcément corrompue et aux mains du patron du cartel local… forcement. La police du Texas est forcément pleine de gens un peu primaires, dont une réceptionniste qui ne pipe pas un mot d’espagnol alors qu’ils sont à la frontière… forcément.

Le couple de personnages centraux, enfin, est plutôt inégal. Demian Bichir, qui interprète Marco Ruiz, est plutôt juste, mais attendu. A l’opposé, Diane Kruger, qui interprète Sonia Cross, est absolument énervante. En effet, reprenant à la lettre le personnage original, Saga Noren (Incarnée par Sofia Helin), elle se retrouve prisonnière d’une composition qui n’est pas la sienne et ne lui va pas du tout. Cette femme flic, totalement asociale, à la limite de l’autisme, est un outil à double tranchant. Dans l’original ce personnage est sans doute pour beaucoup dans le succès de la série, tant il fonctionne bien. Dans le remake, malheureusement, il aurait mieux fallu partir dans une autre direction. Et c’est sans doute un des principaux défauts de cette série.

broen

ACROSS THE UNIVERSE

Au moment où nous écrivons ces lignes la série américaine est environ à la moitié de la diffusion de sa première saison. Après un démarrage en trombe du côté des audiences (3 millions de téléspectateurs pour le pilote), et un assez bon accueil critique, la série à immédiatement chuté à 1,75 millions dès l’épisode 2. Diffusée dans la case du mercredi, la série est pratiquement seule dans sa catégorie et n’arrive pas à trouver son public. Sans doute la stratégie d’adaptation du matériaux original apporte un début de réponse.

Permettez à votre rédacteur de vous parler un peu de l’original. Bron/Broen (selon qu’on l’écrive en Danois ou en Suédois) se fonde sur un principe simple à la base mais très efficace narrativement : la confrontation de deux cultures qui semblent très proches d’extérieur et s’avèrent l’être beaucoup moins en réalité. Sur une intrigue policière assez complexe, on observe ces deux sociétés “sœurs” en confrontation permanente. Ces deux sociétés sont personnifiées par deux personnages qui ne sont pas nécessairement représentatifs : Matrin Rhode (Kim Bodnia), qui fait sourire avec son humour naturel et sa capacité à se ridiculiser en subtilité, et Saga Noren, évoquée plus haut, totalement à côté de la plaque, conduisant une Porsche d’une couleur improbable. Cet ensemble crée des ruptures, du rythme, et finalement représente le véritable intérêt du show.

NRK Broen

Sans doute conscients de cette spécificité, les créateurs de The Bridge ont essayé de préserver les éléments efficaces de l’oeuvre originale, et de les mettre dans une boîte qui raconte une histoire assez différente. L’univers de The Bridge est beaucoup plus sombre et glauque que celui de Bron/Broen, l’opposition USA/Mexique évoque immédiatement un parti pris politique et social, et le choix de Juarez, met immédiatement le spectateur devant un danger potentiel à chaque coin de rue. Du coup ce “collage”, parfois à la scène près, au geste près – par exemple les écouteurs de Sonia Cross/Saga Noren -, est totalement artificiel et ne fonctionne pas du tout. Si l’on avait voulu faire une adaptation américaine fidèle, il aurait sans doute été plus pertinent de le faire à la frontière entre les USA et le Canada anglophone. Ça aurait fait sens, y comprit dans la langue. Sans doute l’attrait d’un auditoire hispanique en a-t-il décidé autrement. A l’inverse, il aurait également été possible de s’éloigner du matériaux d’origine comme cela a été fait pour l’adaptation de Hatufim : Homeland. The Bridge se veut un compromis qui ne fonctionne que moyennement. Néanmoins, l’intrigue dans The Bridge se déroule plus rapidement que l’original, on peut donc espérer que la série américaine prenne son indépendance.

En conclusion, The Bridge bénéficie d’une belle réalisation, et présente une partie du continent américain finalement peu représentée à la télé. Il faut également apporter au crédit de la série quelques seconds rôles pas mal trouvés, en tête desquels Matthew Lillard. Malheureusement les erreurs d’adaptation en font pour le moment plus un ratage qu’une réussite.

Crédits: Crédits : FX Network & Nimbus Films ApS
Retrouvez notre émission sur le face à face The Bridge/ Broen ici

  • Sarah

    Puisque les Américains ont voulu faire un remake de l’excellent Bron/Broen en calquant l’histoire et les personnages, ils auraient pu effectivement choisir la frontière entre les Etats-Unis et le Canada. Autant coller au plus près.

    Mais puisqu’ils ont décidé de choisir la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique et précisément El Paso/Juarez avec ses problèmes bien spécifiques, ils auraient pu aussi créer leur propre « saga Noren ». D’accord pour garder le concept de base (syndrome d’Asperger), mais le personnage de Sonia Cross, « made in US », est beaucoup trop calqué sur l’original Saga Noren. Et là, le bas blesse.
    Autant la talentueuse Sofia Helin interprétait magnifiquement Saga Noren (elle était le personnage), autant Diane Kruger ne fait que jouer son personnage et n’est qu’une pâle copie de la version originale (il faut avouer qu’elle n’est pas non plus aidée par la version US qui a été créée). Diane Kruger essaie de copier le jeu de Sofia Helin, mais n’a absolument pas son talent.

  • Chère Sarah, merci de ce commentaire.

    Comme vous l’avez sans doute compris je suis en total accord avec vous sur tous les point. Gardons néanmoins à cette version US, une certaine qualité dans le Cop Show, qui, peut-être, sera plus visible sur la durée ?

    Lets wait and see.

    Bonjour chez vous.