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Black Sails, touché-coulé

Black Sails, touché-coulé
Fanny Lombard Allegra

Quand j’ai commencé à regarder la première saison de Black Sails, j’ai failli l’abandonner très vite, les deux premiers épisodes n’ayant fait que confirmer mes a priori. Après « Spartacus », je craignais que la chaîne Starz n’ait fait que récidiver, troquant simplement les gladiateurs dans l’arène pour les pirates sur leurs bateaux, et utilisant un scénario plus ou moins préétabli comme prétexte à des scènes racoleuses et gratuites de sexe et de violence.

Je rappelle que le scénario se base à peu près sur celui de L’Ile au Trésor de Robert Louis Stevenson, puisque la série se présente comme un préquel explorant les deux décennies précédant le roman. S’y côtoient personnages littéraires, historiques et imaginaires : pirates, prostituées, marchands, officiers britanniques luttant pour la domination des mers, le contrôle du territoire de Nassau et / ou la possession de l’or de l’Urca, galion espagnol disparu. Le tout, comme on pouvait s’y attendre, avec son lot de massacres et de visites dans les bordels locaux, d’abordages sanglants et de relations sexuelles, de viols et d’ébats à plusieurs.

Une fois embarquée, j’ai pourtant persévéré, intriguée par certains personnages et devinant surtout le potentiel dramatique de situations en développement. Bonne pioche : Black Sails tangue mais trouve tout de même son rythme de croisière ; on frôle parfois le naufrage mais les multiples intrigues qui s’entrecroisent nous maintiennent la tête hors de l’eau.

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La série n’est pas exempte de défauts : des scènes archi prévisibles, un alignement de clichés sur le
pirate rebelle aux cheveux longs, des personnages sortis d’un spectacle de chippendales, des dialogues poussifs, quelques scènes intimistes trop longues qui cassent le rythme… Mais au milieu surnagent quelques moments de bravoure qui suffisent souvent à sauver l’épisode entier. A chaque fois, c’est le même phénomène : on s’endort en écoutant deux personnages philosopher sur la nature humaine, et on est réveillé en sursaut lorsqu’enfin, les pirates passent à l’action.

Paradoxalement, ce ne sont pas les scènes de combats navals ou d’abordage, pourtant épiques et
tournées de manière spectaculaire, qui apportent tout son sel (marin) à l’histoire. C’est sur la terre
ferme que la série gagne en complexité, lorsque les alliances se nouent et se dénouent, que la
politique et les affaires l’emportent sur la flibuste, que les rivalités éclatent et que chacun joue
un double voire un triple jeu. Par moment, on louche davantage du côté de Game Of Thrones que de Pirates des Caraïbes , avec des protagonistes qui révèlent leur vrai visage et apparaissent tout à coup beaucoup moins manichéens. Pas de gentils, pas de méchants : rien que des types qui tentent de prendre le pouvoir en doublant leurs frères d’armes, d’amasser un joli pactole et surtout de survivre.

On pourrait s’attendre à ce que le futur Long John Silver soit la vedette de Black Sails, mais il
n’en est rien. Tout comme le Marco Polo de Netflix, écrasé par le charismatique Koubilai Khan, ce
brave John finit par se mêler à la cohorte des personnages secondaires pour laisser la place aux deux figures majeures de cette épopée : Charles Vane et le capitaine Flint. Là encore, leur duo de faux-frères n’a rien d’inédit, et leur antagonisme radical a quelque chose d’un peu réchauffé. Mais la manière dont ils s’affrontent à distance est plus subtile qu’il n’y parait, ne rendant que plus excitante et attendue la confrontation physique. Avec à la clé le dilemme central de la seconde saison : les pirates doivent-ils s’entendre avec la couronne britannique et rentrer dans le rang, ou lutter pour conserver leur indépendance et le contrôle de Nassau ?
Restent quelques personnages assez falots, qui ne servent pas à grand-chose, comme la malheureuse Eleanor Guntrie qui semble se demander ce qu’elle fiche dans cette saison 2 (et nous avec), ou ce pauvre Rackham, sorte de loser paumé sans grand intérêt (mais – mini-spoiler – ça risque de changer).

Retrouvez le cast de la série parlant du sublime générique ici

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Au final, Black Sails est une série inégale, où l’ennui et l’enthousiasme alternent au cours d’un seul et même épisode. On frôle le naufrage lorsqu’elle se fait trop bavarde, trop racoleuse et trop prévisible ; on se rattrape au bastingage quand elle foule la terre ferme pour explorer les transactions et accords secrets entre pirates, marchands et politiciens. Et on atteint des sommets lorsqu’elle casse l’image romantique des romans d’aventure pour flirter avec l’Histoire – ce qui est tout le paradoxe de ce prequel, jamais aussi passionnant que lorsqu’il s’éloigne de l’univers de Stevenson. Il y a donc bien un trésor dans Black Sails, mais il faut creuser pour espérer l’atteindre.

Crédits: Starz