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Un Commentaire

Forever Forever

Forever Forever
Priscilla Casadei

TF1 a diffusé mardi les deux derniers épisodes de la série Forever. Véritable carton d’audience pour la chaîne avec en moyenne 26% de part de marché, le Dr Henry Morgan aura su séduire son public français. Cependant les spectateurs ne connaîtront probablement jamais la suite des aventures de ce mystérieux personnage car la série n’a pas été renouvelée aux USA par ABC. Depuis son lancement le 28 avril 2015, force est de constater que Forever est une série qui plait et qui donne envie d’être regardée. L’intrigue de départ est en soi assez simple : un binôme féminin-masculin composé du Dr Henry Morgan et de l’inspecteur Jo Martinez se forme pour résoudre différents crimes dans la région de New York. Jusque là c’est une formule connue ce qui rend accessible cette production au plus grand nombre. Mais au final pourquoi est-ce que Forever a plu ?

Les personnages de cette fiction sont attachants. Le héro Henry Morgan, campé par Ioan Gruffud, est un médecin légiste qui cherche des réponses sur sa condition d’immortel tout en se mettant au service de la justice. Il est mystérieux, intelligent, protecteur et soyons honnête très bel homme. Sa partenaire Jo Martinez, interprétée par Alana De La Garza, est une femme flic qui se jette à corps perdu dans le travail pour ne pas penser à son mari qui a été assassiné. Ce duo à priori improbable tient plutôt bien la route. Les deux héros ont un passé endeuillé avec la perte d’un être cher et c’est précisément ce qui les rapprochera le plus durant la saison comme cela a été particulièrement le cas dans l’épisode 9 intitulé « Blessure ouverte ». Même si une saison 2 n’a pas été signée, on pourrait mettre sa main à couper sur l’issue de leur relation… ce qui ne serait pas nécessairement un mauvais choix de la part des scénaristes tant que l’on ne tombe pas dans une histoire chamallow. Autre point fort de ce binôme : leur efficacité dans la résolution des enquêtes. Elle est dynamique et assez redoutable sur le terrain notamment lors de son combat au corps à corps tout à fait crédible face à Margo dans l’épisode 18 « Prisonnier du passé ». Quant à lui, il se positionne naturellement comme le génie dont les services de police ne peuvent plus se passer tant ses connaissances sur la mort sont étendues.

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Les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus et ne font pas juste office de décoration dans les intrigues de la série ce qui est appréciable. L’exemple d’Abraham/Abe (Judd Hirsch) est le fils adoptif de Henry est le plus parlant. Cet antiquaire septuagénaire a été recueilli bébé par le héro et son épouse Abigail dans un camp Nazi lors de la Seconde Guerre mondiale. Son rôle n’est pas anodin car il est le seul à connaître le secret de Henry. La relation père-fils est intéressante car elle s’inverse régulièrement : Abe veille sur Henry, le tempère quand il est confronté à des situations périlleuses. Elle permet aussi aux auteurs d’insérer de nombreux flashbacks sur la vie du héro tantôt émouvants comme dans « Musique au cœur » ou plus durs dans « De souvenirs et d’os » ce qui est sans conteste un des points d’intérêt de la série.

Outre les multiples résurrections de Henry dans les eaux de l’Hudson qui sauront accrocher l’œil des spectatrices, Forever ne manque pas de bons concernant la qualité de son écriture qui est plutôt fine et agréable. J’ai été séduite par l’histoire du héro et les restitutions assez fidèles du background historique aux différentes périodes de sa vie. La première mort de Henry sur le bateau négrier alors qu’il tentait de délivrer les esclaves a été un excellent choix. Un peu de culture sur cette période sombre de l’histoire n’est pas commun dans les séries que l’on nous propose à l’écran, et en plus quand cela est bien traité que demander de plus ? Même remarque sur d’autres périodes comme l’immigration aux USA, les questions autour des grandes guerres du 20ème siècle et celle de l’engagement dans l’armée au travers d’Abraham.

La réalisation est aussi soignée : pas de fausses notes sur l’esthétique des épisodes. Les décors sont bien choisis, les personnages reconnaissables au premier coup d’œil, la musique est traitée et utilisée à sa juste valeur. Encore une fois, il serait malhonnête de nier quelque chose qui est évident: c’est une série qui a un vrai potentiel et qui se donne du mal pour y arriver. Même le générique court avec le paysage de New York en arrière plan est plaisant : pas de fioritures, on sait ce que l’on va regarder et on rentre dans le vif du sujet (de plus, le risque de spoilers aurait été assez fort).

Forever 2

 

Néanmoins si la série ne s’arrêtait qu’à une succession d’enquêtes, nous aurions affaire à une sorte de crossover entre Mentalist et Body of Proof. Henry ne cesse de rappeler le personnage charismatique de Patrick Jane que ce soit sur le style vestimentaire ou le bagout et celui du Dr Megan Hunt sur son travail à la morgue. Forever place sa singularité sur l’immortalité de son personnage principal.  Au fil des épisodes, l’intrigue principale va progressivement se nouer jusqu’aux deux derniers épisodes totalement explosifs où le Dr Henry Morgan, affronte enfin véritablement son ennemi Adam, un autre immortel de 2000 ans, mégalo et cruel. Ici par contre, il y a une certaine déception. Non pas sur le choix de l’interprète, Burn Gorman ou sur le choix assez facile de mettre le héro face à cette espèce de jumeau maléfique, mais sur la découverte de son visage qui arrive bien trop tôt dans la saison ! La montée en tension, le questionnement sur ses motivations, son apparence tout est quasiment dévoilé dans l’épisode 11 « Bain de minuit ». Mauvais calcul donc pour la survie de la série et à en croire les chiffres des audiences US cela ne fait pas l’ombre d’un doute : après avoir fait une pointe à 5,2 millions de téléspectateurs, les scores suivants ne cesseront de décliner pour n’en rassembler que 4,13 lors de l’épisode final qui aurait mérité bien mieux. Ce parti pris peu judicieux des scénaristes n’a pas été assez réfléchi et a balayé d’un coup une bonne partie du suspense. A titre d’exemple c’est un peu comme si l’identité du tueur du petit Danny Latimer avait été révélée en plein milieu de la saison 1 de Broadchuch. Quel intérêt y aurait-il eu à continuer de suivre les aventures de Hardy et Miller ?

Malgré tout, Forever reste un très bon divertissement devant lequel on aime se poser car tous les ingrédients étaient réunis pour en faire un succès. Le dernier épisode de la saison « De souvenirs et d’os » m’a enthousiasmée et totalement prise aux tripes. La confrontation Henry/Adam dans les sous sols du métro a été parfaitement réussie et je ne me suis pas attendue une seule seconde au dénouement proposé. Que dire de la scène finale à la boutique d’antiquités qui nous laisse avec un énorme sentiment de frustration et deux milles questions qui risquent pour le coup de durer… Forever. 

Les fans de la série se mobilisent en ce moment même sur les réseaux sociaux et via des pétitions pour le renouvellement de la série en s’adressant directement à Netflix, Warner, Hulu Plus et ABC ici