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Pilote d’essai : Second Chance (Fox)

Pilote d’essai : Second Chance (Fox)
Fanny Lombard Allegra

La review

PILOTE
4
CASTING
5
SCENARIO
3.5
REALISATION
4
ENVIE DE VOIR LA SUITE
4
4.1

Pas de seconde chance

Midseason oblige, la rentrée de Janvier est marquée par une deuxième vague de pilotes pour les chaines, synonyme pour nous de nouvelles séries à se mettre sous la dent. La Fox se jette dans la bagarre avec Second Chance : la diffusion est prévue pour le 13 Janvier prochain, mais la chaîne a lancé le premier épisode en avant-première sur YouTube. Alors, que vaut la nouvelle série de Rand Ravish (Life) et Howard Gordon (coproducteur de 24, Homeland, X-files – rien que ça) ? Second Chance en mérite-elle une (oui : celle-là, elle était facile…) ou vaut-il mieux passer son chemin ? Season One vous répond.

A 75 ans, Jimmy Pritchard (Philip Baker Hall version âgée, puis Robert Kazinsky) n’est plus que l’ombre de lui-même. Seul et alcoolique, coupé de sa famille qu’il a toujours fait passer après sa carrière, l’ancien shérif de Los Angeles  a pris sa retraite quinze ans plus tôt, poussé vers la sortie à cause d’une affaire de corruption. Mais un jour, Pritchard est assassiné par des flics ripoux, qu’il a surpris en train de cambrioler l’appartement de son fils Duval (Tim DeKay), agent du FBI. C’est alors qu’interviennent Mary et Otto Goodwin (Dilshad Vadsaria et  Adhir Kalyan) : à la tête de Looking Glass, un empire des nouvelles technologies, ils mènent en parallèle des recherches sur la résurrection, afin de soigner la jeune femme atteinte d’un cancer. Jimmy devient leur premier cobaye humain. Ressuscité, mais dans une version plus jeune de lui-même, il se découvre une force surhumaine ; malheureusement, les effets sont temporaires et il doit être régulièrement « régénéré »… Peu importe : une fois le choc passé, notre héros est bien décidé à saisir la seconde chance qui lui est offerte, en commençant par se venger de ses assassins.

En général, on attend d’un pilote qu’il nous présente les personnages, qu’il pose la situation de départ dont va découler le récit, qu’il plante une atmosphère et le ton qui feront son identité. Mais on espère surtout qu’il va nous accrocher, nous proposer une histoire originale et / ou intéressante, en tous cas suffisamment prenante pour nous donner envie d’y revenir et de connaître la suite Second Chance remplit honorablement la première clause du contrat, hélas au détriment de la seconde. Les 45 minutes de ce premier épisode sont en fait exclusivement consacrées à la mise en place de la série, qui expose longuement tous les fils conducteurs des intrigues à venir, avec d’ailleurs une certaine maladresse

A la décharge des scénaristes, il y a beaucoup à raconter car la trame de départ est complexe : le passé de Pritchard, sa situation actuelle, l’enquête menée par son fils, les recherches des jumeaux Goodwin, leur relation fusionnelle, la maladie de la sœur, la mort et les résurrections du héros… Avouons que cela fait beaucoup, voire trop pour un seul épisode. Sans doute aurait-il été plus judicieux de distiller les révélations tout au long de la saison, au lieu de les précipiter en trois-quarts d’heure. L’ensemble aurait été plus digeste, et un dévoilement progressif aurait permis d’ajouter une aura de mystère et d’aiguillonner la curiosité du public. D’autant que certaines évidences auraient pu être épargnées à un spectateur a priori suffisamment intelligent pour les déduire de lui-même : était-il vraiment utile de s’attarder sur le cancer incurable de Mary Goodwin (on pensait bien que son frère n’allait pas ressusciter le premier bonhomme venu pour la guérir d’un rhume…) ou sur les raisons du renvoi de Jimmy Pritchard, mises en évidence à plusieurs reprises ?

Malgré tout, ces longs prolégomènes se suivent sans déplaisir ; ils phagocytent toutefois  le pilote, ne concédant que quelques minutes à l’action proprement dite. Il suffit d’une ou deux séquences pour en expédier l’intrigue, pourtant percutante et largement susceptible d’être exploitée sur tout un épisode. Ce traitement expéditif est d’autant plus étrange que la conclusion laisse la porte ouverte à de possibles répercussions sur la suite. Il en résulte une sorte de frustration car si l’idée principale du scénario secondaire est bonne, elle est traitée trop rapidement et de façon trop simpliste pour produire une impression durable : l’investigation menée par Duval est quasiment inexistante et le dénouement est évacué en une courte scène. En résumé, Second Chance échoue là où X-Files avait excellé, avec un pilote qui parvenait à introduire les personnages, l’ambiance et la mythologie en toile de fond d’une enquête bouclée et qui annonçait les rebondissements futurs.

second chance 2

Cette introduction laborieuse offre néanmoins l’avantage de donner du champ aux acteurs principaux, et donc une image assez nette du casting. Le tandem Vadsaria / Kalyan semble bien fonctionner et il sera intéressant de voir de quelle manière va évoluer la relation entre le frère et la sœur et les limites qu’elle pourra atteindre dans le cadre de l’histoire. Tim DeKay (FBI : Duo très spécial) est de toute évidence le bon choix pour incarner Duval Pritchard – il est très convaincant, notamment dans les scènes où le protagoniste est confronté à un père avec qui il entretient des rapports tendus, et il exprime à merveille un mélange de colère et d’attachement. On est en droit de se montrer plus réservé quant à la prestation de Robert Kazinsky (vu dans True Blood)… Pour l’instant, son interprétation reste un peu trop uniforme et sans nuance. Il se contente de jouer les brutes épaisses  quand son rôle recèle à l’évidence une dimension psychologique facilement exploitable, et il passe également à côté de certaines répliques ouvertement ironiques pour composer un personnage unidimensionnel. Mais attendons de voir la suite, tant il est vrai qu’il est délicat de juger de la performance d’un acteur d’après un seul épisode.

Pour la même raison, il est vain de disséquer la réalisation, attendue et un peu plate, et que l’on espère plus audacieuse par la suite. La séquence itérative de la « résurrection » de Pritchard, appelée à se répéter au fil des épisodes, est par exemple assez décevante : un plan d’ensemble ponctué de gros plans sur le personnage immergé en suspension dans un caisson, quelques éclairs paresseux en guise d’effets spéciaux, et la scène se conclut par une ellipse qui nous ramène au réveil du héros dans son appartement… Pourtant, sur la base d’une série policière classique, le registre de la science-fiction semble tout de même ouvrir un large éventail de possibilités pour dynamiter les codes visuels et s’éloigner d’une mise en images trop convenue.

Un effort sur la réalisation et l’identité visuelle de Second Chance paraît d’autant plus nécessaire que dans l’ensemble, la série a un air de déjà-vu. Les dialogues et les rebondissements sont très prévisibles, aucune surprise ne vient bousculer un spectateur averti qui connaît déjà toutes les ficelles et les ressorts de ce genre d’intrigues. Une romance entre Jimmy Pritchard et Mary Goodwin est hautement probable ; on devine quelles tensions vont mettre en péril la relation entre les jumeaux ; on s’attend à ce qu’une affaire de corruption remontant au plus haut niveau éclabousse la police et des proches de Duval ; Jimmy va bien sûr essayer de renouer avec sa famille… On prend les paris ?!

second chance 3

Par sa thématique aussi, Second Chance arpente un terrain connu. A noter qu’à l’origine, la série aurait dû s’intituler Looking Glass (nom de l’entreprise dirigée par les Goodwin), et encore avant The Frankenstein Code : les créatifs ont eu raison de changer, les références à la créature inventée par Mary Shelley étant plus circonstancielles que fondamentales. Ici, on pense bien davantage à d’autres séries comme Un agent très secret (2000 – avec Eric Close), New Amsterdam (2008 – avec Nikolaj Coster–Waldau),  ou bien entendu Forever (2014- avec Ioan Gruffudd), toutes abordant le sujet de la résurrection et / ou de l’immortalité. C’est bien là que réside pour le moment le principal attrait de Second Chance, car la problématique a beau avoir déjà été traitée sur le petit écran, elle n’en est pas moins fascinante parce qu’universelle, et chacun peut s’identifier à un personnage passé à côté de sa vie mais qui se voit offrir, contre toute attente, une seconde chance et donc une opportunité de réparer ses erreurs et d’agir autrement. C’est d’ailleurs sur cet aspect qu’insiste la Fox, mettant en exergue le dilemme de Pritchard qui devra choisir entre se venger de ses meurtriers ou se réconcilier avec les siens , entre obtenir une sorte de rédemption ou retomber dans ses anciens travers.

Vous l’aurez bien compris, Second Chance laisse une première impression très mitigée. Mal équilibré, ce pilote maladroit peine à convaincre quant à l’évolution  de la série. Les ressorts de la trame dramatique semblent pourtant suffisamment riches pour développer une mythologie complexe et pertinente – à condition que Second Chance ne s’y laisse pas enfermer. Avec des scénarii mieux maîtrisés, davantage axés sur l’action que sur l’intrigue transversale, la série pourrait trouver  son rythme et son style, avec à la clé un résultat plutôt sympathique sans être révolutionnaire. Alors, oui : malgré tout, et avec beaucoup de réserves, on peut envisager de laisser une seconde chance à Second Chance ! (Décidément, on ne s’en lasse pas…)

Crédit photos : Fox

Second Chance – FOX

11 épisodes de 45 minutes – à partir du 13 Janvier 2016.

Pilote disponible sur la chaîne YouTube de la Fox jusqu’au 6 Janvier