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3 Commentaires

Les témoins: Vengeance aux deux visages

Les témoins: Vengeance aux deux visages
Alexandre LETREN

La review

La saison
6.5
Le casting
7.5
Le scénario
6.5
6.8

Hadmar et Herpoux signent une nouvelle belle série. C'est agréable!

Ils sont peu de scénaristes en France à pouvoir se vanter d’avoir fait de leur nom une marque, à l’instar de ces grands showrunners américains que l’on connaît tous.
Hervé Hadmar et Marc Herpoux sont de ceux là. Aussi, quand une nouvelle série arrive, c’est forcément un événement. 
Après Signature, Pigalle la nuit et Les oubliées, ils nous reviennent avec un nouveau polar sombre, Les témoins. Rencontré il y a quelques mois lors du Festival Série Séries, Hervé Hadmar me confiait « l’avenir de la fiction c’est la segmentation« (ici), une affirmation qui va vraiment bien aux séries qu’ils lancent. Alors pourquoi faut-il voir Les Témoins?

Le nord de la France. Des tombes profanées. Des morts qu’on déterre et qu’on installe dans des maisons-témoins. A chaque fois, une femme, un homme, une adolescente qui ne se connaissaient pas et qui forment à présent « une nouvelle famille ». Au milieu des corps, des meubles immaculés et des photos de familles idéalisées, Sandra Winckler, jeune flic chargée de l’affaire, découvre la photo de Paul Maisonneuve : une ancienne légende de la PJ de Lille qui va devoir « revenir aux affaires ». Qui déterre ? Qui installe ces corps ? Pourquoi et comment ? Sandra Winckler et Paul Maisonneuve. Une femme, un homme. Deux flics pour qui la vie ne sera plus jamais la même…

Grâce à cette nouvelle série, Hervé Hadmar et Marc Herpoux prouvent une nouvelle fois deux choses: ils aiment les séries et ils savent les faire. Et même si la fiction sérielle se développe bien et beaucoup en France, ils sont encore nombreux à ne pas nécessairement savoir les faire.
Ils épousent parfaitement ici le format série. Les personnages sont construits, les épisodes charpentés en actes comme si, à l’image d’une diffusion américaine rythmée par les coupure pub, il fallait relancer l’attention du spectateur toutes les 10-15 minutes avec une information percutante, un twist capable de l’embarquer dans une nouvelle direction. Une construction qui peut s’avérer case gueule car elle est fine la frontière entre narration rythmée et surenchère artificielle. Ça n’est jamais le cas ici. Hadmar et Herpoux ont très bien retenu les remarques qui avaient été faites à l’époque de Signature, série sans doute trop contemplative pour France 2 et sont parvenus à s’adapter sans jamais se trahir. Une grande qualité. En clair: Les témoins est une série d’auteurs, car c’est bien leur univers que l’on y retrouve, mais adaptée pour le grand public. L’écriture emmène, prend le spectateur par la main, lui donne ce qu’il souhaite trouver dans ce genre de programme….mais pour mieux l’embarquer après sur leur propre terrain ensuite. Onirisme, lien aux contes de fées (Le petit chaperon rouge ici), histoire et personnages troubles, puissance de la musique,…autant de marqueurs propres aux productions des deux hommes.

Les témoins Maisonneuve

Pour servir une intrigue forte mettant en scène une implacable vengeance, il faut qu’elle soit portée par un distribution solide. Marie Dompnier, dont c’est ici le premier grand rôle à la télévision est juste parfaite, forte et sensible à la fois, semblable à ces héroïnes nordiques que l’on aime tant. Incontestablement l’une des révélations de cette saison sérielle.
L’autre point fort du casting: Laurent Lucas pour incarner littéralement Kaz Gorbier (« un nom qui claque« , car on l’oublie vite mais un patronyme efficace pour de grands méchants iconiques du cinéma ou de la télévision est un élément hyper important). Le comédien a une aura magnétique incroyable et quelle belle trouvaille que ce « masque » dont il se recouvre quand il entre en action. Visuellement sublime, toute en demeurant terrifiant, il n’est pas sans rappeler les peintures tribales.
Je serai en revanche un poil plus réservé sur la prestation de Thierry Lhermitte. S’il ne fait aucun doute qu’il est parfaitement crédible dans le rôle, le détachement dont il fait preuve du début à la fin sans jamais réellement changé est un peu fatiguant. Il peine à offrir de vrais nuances à son personnage.

Quant à l’intrigue, ce n’est certes pas la plus originale que Hadmar et Herpoux nous aient offert, la construction nous rappelant certaines fictions que l’on a pu voir ces dernières années à la télévision française, mais le rythme est maintenu, la tension constante et l’on ne décroche jamais jusqu’à la fin de l’épisode 6. Sans rien révéler, je me demande juste si l’histoire n’est pas trop dense justement pour seulement 6 épisodes. Deux de plus n’auraient sans doute pas été de trop.

Bon vous l’avez compris, foncez voir Les témoins sur France 2, c’est une vrai réussite. Un vrai bon polar, bien écrit, globalement bien joué, et doté d’une mise en scène efficace. 
Hervé Hadmar et Marc Herpoux signent une nouvelle bonne série qui aura peut-être la chance de se décliner puisqu’en cas de succès, une saison 2 avec une nouvelle enquête de Sandra est déjà envisagée. Une bonne nouvelle en somme.

Crédits: © B. Barbereau