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Hervé Hadmar: « L’avenir de la fiction c’est la segmentation »

Hervé Hadmar: « L’avenir de la fiction c’est la segmentation »
Alexandre LETREN

Lors de la 3ème édition de Série Séries à Fontainebleau, Hervé Hadmar va montrer 3 minutes de la prochaine série qu’il a tourné pour France 2, et écrit avec son comparse Marc Herpoux.
Ces 3 minutes de Les témoins que nous avons pu voir sont vraiment TRES alléchantes, nous permettant d’être totalement dans l’ambiance et d’asseoir définitivement la légitimité de Thierry Lhermitte dans un rôle pour lequel on avait du mal à l’imaginer. Nous avons pu rencontrer Hervé Hadmar et parler avec lui de ce « polar nordique à la française » mais aussi de son regard sur la fiction télé. 

Season One: Ce petit trailer est vraiment très bien fait car en 10 secondes, les doutes que l’on avait sur la participation de Thierry Lhermitte sont totalement dissipés…

Hervé Hadmar: J’ai bien senti que tout le monde avait des doutes sur sa participation à ce projet et c’est bien normal. L’histoire de Les témoins c’est l’histoire d’un fantôme qui revient et le personnage de Lhermitte est un personnage très froid, un personnage qui porte un mystère en lui. C’est en voyant il y a quelques années le film Une affaire privée que j’ai eu envie de travailler avec lui. Quand on a fini avec Marc (Herpoux) le scénario de Les témoins, j’ai repensé à lui pour le rôle. Prendre un comédien comme lui et le mettre dans un rôle à contre-emploi créé du mystère et allait bien avec le personnage et ce qu’on découvre dès les 5 premières minutes de la série: une personne déterre des corps dans des cimetières et va recréer des familles dans des maisons témoins. Quand les flics arrivent sur place, ils découvrent sur la scène de crime la photo de Thierry Lhermitte. Et tout le mystère va tourner autour de ce personnage, de ce qu’il cache, de ses secrets. Le choc qui se fait avec Thierry Lhermitte dans ce rôle me sert à moi pour la narration.

Season One: Comment est né le projet Les témoins?

H.H: Il est né il n’y a pas si longtemps que ça en fait après un week-end pas loin de chez moi, dans la région du Tréport. J’ai trouvé que ce coin faisait un décor incroyable puisque je voulais faire une sorte de thriller nordique à la Broen. En plus de l’intrigue principale dont on a parlé, il y a ce personnage principale de la jeune flic dont on va aussi explorer la vie privée, un peu sur le modèle de ces séries scandinaves que l’on aime.

Season One: On retrouve dans ces premières images cette pointe d’onirisme qui fait la patte de vos séries.

H.H: Oui c’est vrai, il y aura ça aussi même si il y aura aussi beaucoup plus de rebondissements dans Les témoins qu’il n’y en avait dans Signature par exemple. La série a moins ce côté « character driven » (où l’on reste plus collé aux personnages), il y a plus « d’action » dans le sens de choses qui se passent. Il y a beaucoup de rebondissements, de suspense et l’enquête progresse vite. En voyant Broen, The killing, j’ai eu envie de faire quelque chose comme ça, avec toujours un peu d’onirisme mais au service de l’enquête. Je suis aussi très fier de la façon dont c’est filmé, vous verrez mais je trouve que la série est très belle, avec des décors sublimes.

témoins

Season One: Quel regard portez-vous sur l’évolution de la télévision depuis Les oubliées? Sur la façon de pouvoir ou pas proposer des choses un peu différentes? J’ai parfois la sensation qu’on avance sur certaines choses et que, à l’inverse, il y a un rétro pédalage sur d’autres.

H.H: Je suis pareil. Il y a des jours où je me lève en étant optimiste et d’autres où je me couche et je suis pessimiste. Je ne vais pas me plaindre, j’arrive à faire les choses telles que je veux les faire. Cela a vraiment été une collaboration avec France 2 sur Les témoins. On a vraiment travaillé ensemble sur ce projet ce qui n’empêche pas d’avoir parfois des discussions animées sur certains points. Mais j’ai peur que ce ne soit pas une règle pour tout le monde. Il y a encore de la frilosité même si les personnes au sein des chaînes avec qui on parle aiment les mêmes séries que nous. Mais, sans faire True Detective sur France 2 ce qui n’aurait pas de sens, on devrait pouvoir faire un certain type de séries et on y arrive pas (à part Broadchurch qui va se faire).

Season One: Cela vous aide d’avoir votre « signature » et d’être identifié?

H.H: Oui et non, c’est à double tranchant. On est identifié ce qui est très bien mais on fait aussi un peu peur avec notre univers, notre écriture. En leur proposant un thriller efficace, à notre manière bien sûr, basé sur le rebondissement, ils ont été rassurés. En clair, si j’étais arrivé en voulant faire la suite de Signature, ça aurait été non par contre. Donc ça aide car ils savent qu’on est capable de faire des séries, de les écrire et de les réaliser. Mais pas pour faire n’importe quoi non plus.
Et de toute façon, il ne faut pas dans le service public que du Signature. On a besoin de diversité, on a besoin aussi de séries comme  Fais pas ci fais pas ça, Les hommes de l’ombre, Un village français, de choses très grand public comme Candice Renoir. Il doit aussi y avoir des projets plus risqués, plus segmentants. Je suis convaincu que l’avenir de la fiction est la segmentation. Hannibal est une série de ce type aux Etats-Unis et on ne pourrait pas la faire en France par exemple. Même si on permet des choses avec le polar qu’on ne permettrait sans doute pas avec une étude sociétale. On peut aller plus loin avec le polar.

Season One: Avant même la grande mode des séries plus courtes que l’on voit se développer en ce moment aux Etats-Unis sur les networks, c’est un type de séries que vous faisiez déjà. En quoi ce format vous intéresse? 

H.H: Oui c’est vrai, c’est mon modèle. J’ai la chance qu’on me laisse faire comme ça, c’est un format qui me correspond bien pour raconter une histoire. Le 6×52 minutes, c’est une équation financière qui laisse plus de place à la prise de risques d’un point de vue éditorial. De plus, c’est un format que je comprend mieux maintenant que sur Les oubliées. J’ai calculé qu’en 7 ans, j’ai écris 34 épisodes de 52 épisodes (en comptant Pigalle la nuit saison 2 déjà écrit) et j’en ai réalisé 26, donc je connais un peu ce format maintenant. Cela permet aussi à certains acteurs qui ne viendraient pas sur des séries longues de s’impliquer sur une mini série, à des auteurs et des réalisateurs venant d’autres univers comme le roman de s’investir sur un projet court.

Season One: Quelle est pour vous la différence entre la série/ la mini série et le film découpé en épisodes?

H.H: Série ou mini série, ça reste de la série, ce n’est pas un film. Tout est question de vocabulaire. Par exemple, j’ai un projet avec Arte pour un 3×52 minutes. Cela reste de la série. Pour moi, dès qu’il y a plus de 2 épisodes, c’est une mini série. Même si c’est très difficile d’adapter les codes narratifs de la série ou de la mini série à 3 épisodes qui vont être diffusés dans la même soirée.
A l’intérieur de la mini série, il y a des 1, 2, 3 ou 4 épisodes. C’est d’ailleurs ce que j’écris dans mes scénarios, « Episode 1″, et non « Film 1″.
Je pense qu’aujourd’hui la défiance à l’encontre des séries n’existe plus. Ou alors je ne suis entouré que de gens qui aiment les séries. Quoi qu’en y repensant, il y a des gens que ça étonne encore. Quand je termine une série, il arrive qu’on me dise « Super tu vas pouvoir revenir au cinéma! ». Mais je ne le souhaite pas. Il m’arrive de repousser des projets de films au cinéma pour faire une série. Je m’éclate plus à faire Les témoins qu’à faire un mauvais film qui va se planter (ce que j’ai fais). Je crois que j’ai trouvé mon truc avec la série.

Crédits: France 3

Enregistrée à Série Séries 2014