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Olmos y Robles, duo improbable (Espagne)

Olmos y Robles, duo improbable (Espagne)
Fanny Lombard Allegra

Il y a une vie télévisuelle en dehors des séries américaines ou britanniques. Quand elles inondent nos écrans, Season One résiste en mettant en avant les séries françaises, et on assiste à un intérêt croissant pour des productions issues d’autres pays : Australie, Israël, Suède, Norvège, etc. Une envie de variété et d’exotisme, mais pas seulement. Si ces fictions ont un ton ou un angle propres à une culture ou un état d’esprit, elles traitent de thèmes universels et nous racontent à la fois quelque chose de particulier et de général. La fiction espagnole connait actuellement une période de renouveau, tant en terme de quantité que de qualité. Après El Ministerio del Tiempo, Season One vous invite cette fois à découvrir Olmos y Robles, comédie policière de la RTVE.

Agent de la Guardia Civil, Sebastián Olmos (Pepe Viyuela) n’a jamais quitté sa ville natale d’Ezcaray au cœur de la Rioja. Dans cette petite localité tranquille où tout le monde se connaît, le crime reste rare, et la mort d’un cochon constitue déjà un évènement en soi, susceptible de mobiliser les forces de l’ordre… Tout change brutalement le jour où Olmos découvre par hasard le cadavre décapité d’un immigré russe, dans une ferme voisine. L’affaire, liée à une série d’assassinats perpétrés à l’étranger, fait grand bruit.  Le lieutenant Augustín Robles (Rubén Cortada), qui fait partie d’un groupe d’intervention armé travaillant en collaboration avec Interpol, est dépêché sur place pour prendre la tête de l’investigation. Homme d’action surentraîné, il écarte d’emblée le petit agent, qu’il considère comme un amateur. Mais il en faut plus pour décourager un Olmos plus malin qu’il n’y parait, et bien décidé à poursuivre l’enquête de son côté. Par la force des choses, les deux hommes que tout oppose sont contraints de  travailler ensemble – a fortiori lorsque Robles, une fois le meurtre résolu, est dégradé et muté à Ezcaray. L’improbable duo devra donc s’entendre pour élucider les affaires locales, sans perdre de vue le dossier qui les a réunis et qui, contrairement aux apparences, est loin d’être classé…

A la lecture du résumé, on comprend bien que le point de départ est un classique de la fiction : deux policiers, aux antipodes l’un de l’autre, sont obligés de collaborer pour résoudre les enquêtes qui leur sont confiées. Un argument vu et revu, au cinéma comme à la télévision – on songe pêle-mêle à L’Arme Fatale, Rush Hour, Very Bad Cops ou aux séries Deux Flics à Miami, Tango & Cash, Wes & Travis… Et l’on devine immédiatement les conflits et l’incompréhension que cet antagonisme va engendrer. Situation éculée et qui sent le réchauffé ? Peut-être, mais pourquoi s’en priver ? Elle a fait ses preuves, dès lors que le duo est formé par des personnages charismatiques et qu’un certain équilibre sous-tend la relation qui se met en place. A quelques réserves près, on peut dire que c’est le cas pour Olmos y Robles.

D’un côté, Sebastián Olmos, sorte de Michel Blanc ibérique. C’est le régional de l’étape, né à Ezcaray où il a toujours vécu avec sa grand-mère. Gauche et peu sûr de lui, mais sympathique et profondément gentil, on a vite fait de le prendre pour un benêt. Méfiez-vous des apparences : adepte des casse-tête et des énigmes en tous genres, cet autodidacte est un redoutable enquêteur, qui se fie à son instinct et s’avère capable d’appréhender une affaire dans ses moindres détails et de résoudre les mystères les plus obscurs, grâce à une approche « décalée ».   Entièrement dévoué à sa fonction, ce caporal-chef opiniâtre ne renonce pas facilement. Il est interprété par Pepe Viyuela,  acteur qui a débuté comme humoriste à la télévision avant de jouer au cinéma, au théâtre, et dans quelques séries. Face à lui, Augustín Robles, lieutenant du prestigieux GAR (équivalent de notre GIPN) est un Apollon aussi agréable à regarder que dangereux à affronter. Multi-diplômé et surentrainé, ce spécialiste du contre-terrorisme agit avec méthode et discipline et ne croit ni aux hasards ni aux intuitions. Sur le terrain, c’est un véritable bulldozer, capable de faire face à toutes les situations et préparé à toutes les éventualités (sauf à ce que Olmos l’affuble du surnom de Gus).  Mais froid et réservé, il a du mal à entretenir des relations sociales qui, de toutes façons, ne l’intéressent pas… Dans le rôle, on retrouve Rubén Cortada, ex-mannequin cubain muy caliente, déjà vu dans les séries Bandolera, El Tiempo entre costuras et surtout El Principe.

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Le décalage physique accentuant l’opposition des tempéraments, les deux comédiens s’en sortent bien et tirent facilement tout le profit possible de leurs personnages. Logiquement, les reproches qu’on pourrait leur adresser sont cohérents avec leurs rôles respectifs : Pepe Viyuela surjoue un peu, quand Rubén Cortada est parfois en demi-teinte. Comparé à son acolyte, il semble moins assuré et sa diction est un peu approximative. A sa décharge, Robles est un personnage beaucoup plus monolithique et uniforme, quand celui d’Olmos permet à son interprète d’aborder à la fois le registre comique et celui de l’émotion.  C’est peut-être le point faible du duo : plus complet et plus riche, Olmos prend progressivement une plus grande place, et la dynamique sort affaiblie de ce déséquilibre. Celui-ci est encore accentué par le choix, compréhensible mais maladroit, de réserver les scènes d’action à Cortada pour concentrer les séquences humoristiques sur Viyuela. Certes, le comédien est un excellent acteur comique – il rappelle même parfois Louis de Funès – mais l’absence de porosité entre les deux tons fragilise la relation, qui semble trop factice.

Dans sa construction, Olmos y Robles s’appuie là encore sur des fondamentaux, mais elle le fait bien et avec une certaine ambition. Dès le premier épisode se dégage une trame principale – la traque du « tueur des 7 infantes » – qui servira de fil rouge à l’ensemble de la saison, chaque épisode apportant son lot de révélations et faisant avancer l’enquête. Mélange surprenant de jeu de piste à la Seven, de complot international à la Dans la ligne de mire, et de scènes d’action à la 24, cet axe narratif est bien  construit et vraiment addictif, quoique prévisible dans son dénouement. Au premier plan, des intrigues indépendantes sont résolues au terme de la diffusion hebdomadaire. Pour le coup, ce sont de petites merveilles d’inventivité, les scénaristes prenant un malin plaisir à partir d’une trame traditionnelle et convenue pour la détourner en y transposant des situations complètement délirantes. La découverte d’une inconnue catatonique se transforme finalement en course-poursuite dans un couvent ; une menace d’attentat devient un jeu de pistes à travers tout le village et culmine par une partie de chaises musicales (au sens propre…) dans un bus ; une sombre histoire de trafic d’œuvres d’art vire au vaudeville lorsque quatre escrocs (ou cinq, ou six… On perd le compte !) endossent tour à tour l’identité du même expert, avant d’être assassinés ou enlevés par l’imposteur suivant…  Enfin, en arrière-plan, plusieurs récits croisés racontent les mésaventures des habitants d’Ezcaray – en général sans aucun lien avec l’enquête en cours. Catalina (Ana Morgade), la patronne de bar aux réparties bien senties ;  Isabel (Pilar Castro), amour de jeunesse d’Olmos, fragile et attachante, qui cherche à vendre sa propriété pour quitter la région ; le maire (Alex O’Dogherty), prétentieux et manipulateur ; la jeune et jolie Nuria (Andrea Duro) qui cache à son père (excellent Enrique Villèn), le chef de la Guardia Civil, qu’elle a abandonné ses études de médecine, et qui flirte avec un nouvel agent… Autant de portraits croustillants, qui composent une galerie de personnages truculents qui n’ont rien à envier aux deux héros.

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En s’appuyant sur ces trois axes – intrigue transversale, récit épisodique et chronique de la vie locale – Olmos y Robles tisse une trame complexe. La narration est toutefois maîtrisée, si l’on veut bien faire l’impasse sur quelques répétitions ou incohérences mineures. Les différentes strates sont aussi (et peut-être surtout) le prétexte à un mélange des genres aussi surprenant que rafraichissant, qui fait d’Olmos y Robles une sorte d’OTNI – Objet Télévisuel Non Identifié. Au sein d’un même épisode, on passe allègrement de la pure farce au polar, du film d’espionnage au film romantique, du thriller conspirationniste à la comédie de mœurs. Pour autant, la série tombe rarement dans l’outrance et jamais dans l’auto-parodie ; on n’est pas dans la caricature, mais plutôt dans une juxtaposition de genres et de registres différents. La démarche est originale, bien qu’on soit parfois décontenancé. Conséquence inévitable, l’ensemble est quelquefois un peu décousu et indigeste, et le passage d’un ton à l’autre manque un peu de fluidité.

Malgré tout, il y a par moments quelque chose de réjouissant, voire de jubilatoire pour les fans de séries et / ou de cinéma, car Olmos y Robles multiplie les références à d’autres œuvres bien connues… La scène d’ouverture du pilote aurait pu figurer dans Homeland ; on songe au Da Vinci Code à de multiples reprises ; Ezcaray ressemble parfois furieusement à Wisteria Lane ; le duo de petits vieux qui ponctuent les épisodes de leurs interventions évoque évidemment le Muppet Show; The Wire n’est pas loin lorsque Robles parcourt les rues du village en voiture, observant d’un œil torve les possibles suspects depuis le siège passager ; la scène finale de la saison ne déparerait pas dans un épisode de 24. Bref, il y a de tout dans Olmos y Robles, ça va à 100 à l’heure et on n’a pas le temps de s’ennuyer.

Mais si les idées générales sont bonnes, leur mise en œuvre est plus problématique. D’abord, certaines intrigues secondaires ont beau être divertissantes, elles alourdissent inutilement le propos. Ensuite, la succession de séquences relevant de genres différents ne fonctionne pas forcément, le mélange restant hétérogène et laissant le sentiment d’un récit artificiel. Et il y a surtout une disproportion gênante, l’aspect comique prenant nettement le pas sur le récit policier dans la plupart des épisodes. C’est un défaut, dans la mesure où l’humour, justement, n’est pas toujours très fin ni bien amené. Certaines blagues tombent à plat, plusieurs gags sont ridicules, et la série ne nous épargne pas certaines poncifs voire des caricatures grossières (Olmos travesti en bonne sœur ? Le maire qui se la joue Dr No en caressant son furet d’un air machiavélique ? Sérieusement ?!!) Cela tient précisément à cette position précaire entre drame, suspense et comédie, la série ayant du mal à trouver la juste dose et à maintenir un équilibre entre tous les genres qu’elle compte entrelacer. Enfin, on a déjà parlé de l’omniprésence de Pepe Viyuela, certains épisodes glissant ostensiblement vers le one-man-show…

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Restent malgré tout quelques trouvailles savoureuses et des scènes hilarantes (lorsque l’ensemble de la brigade part en roue libre à propos de saintes reliques sensées conférer l’immortalité, sous les yeux effarés d’un Robles qui ne parvient pas à raisonner ses collègues) ou plus touchantes (joli moment quand Olmos essaye vainement de pousser son acolyte à se confier à lui.) Il faut aussi souligner la qualité de la réalisation. Beaucoup plus soignée et aboutie que ce à quoi l’on pouvait s’attendre, Olmos y Robles s’inscrit en cela dans une évolution de fond, la fiction télévisée espagnole tendant vers une plus grande sophistication et une approche plus cinématographique et plus ambitieuse. Ici, cela se ressent surtout dans des scènes d’action remarquables : si le reste est inégal, on sent bien que c’est davantage en raison de moyens limités plutôt que par manque de créativité.

De l’autre côté des Pyrénées, un bon nombre de critiques ont assassiné Olmos y Robles. Cela n’a pas empêché la série de connaître un joli succès d’audience, en rassemblant en moyenne 2.5 millions de téléspectateurs le Vendredi soir – alors qu’elle devait faire face à la concurrence des matches de football… Cependant, on ignore encore s’il y aura une deuxième saison. Ce ne serait pourtant que justice : en dépit de quelques maladresses et bien qu’elle n’ait fondamentalement rien de bien original, Olmos y Robles parvient à concilier série policière et comédie avec une certaine fraîcheur et beaucoup de légèreté. Exempte d’ironie ou de sarcasme, elle n’a de toute évidence d’autre but que de divertir, et elle y réussit parfaitement bien. On n’en demande pas davantage à Olmos y Robles : quand la Guardia Civil répond au mot d’ordre « el honor es su divisa », pour Olmos et Robles, ce serait plutôt « el humor es su divisa »…

Olmos y Robles – série de la RTVE.

8 épisodes de 70 min. environ – exclusivement en Espagnol.

Disponible gratuitement sur le site de la RTVE. A noter que la page dédiée à la série regorge de reportages, interviews et bonus.

Crédit photos : RTVE